CHAPITRE XIV
copat, et que vous n'avez rien à craindre tout seul? J'en dis de même de tous vos adhérents; vous êtes seuls, comparés au reste de l'Église. Vous avez été élevé dans son sein, vous y avez vieilli, ne doit-il pas être douloureux pour vous, à la fin de votre carrière, de la voir armée contre vous et de mourir dans sa haine et sa disgrâce? Remettez-vous-en à elle des intérêts de la vérité que vous croyez soutenir. Gonflez-lui vos peines et vos alarmes, non comme un maître qui veut lui prescrire des lois, mais comme un enfant qui veut écouter ses instructions. N'attendez point cette Église à venir assemblée pour lui donner des marques de votre docilité. Vos jours sont trop avancés pour vous flatter de la voir jamais. Donnez-les à l'Église que vous voyez et qui est une et toujours la même, qu'elle soit assemblée ou dispersée. Vous réjouirez les anges du ciel. Votre exemple sera peut-être le remède que Jésus-Christ prépare aux maux de l'Église.
« Quelle consolation pour vous, Monseigneur, de mourir dans son baiser de paix ! Quelle joie pour moi de voir rentrer dans le port an confrère chéri que la tempête avait exposé à un triste naufrage ! N'écoutez là-dessus que les mouvements de votre piété ; fermez Toreille aux sollicitations étrangères. Ce sont des hommes nourris dans le trouble ou dans l'amour de la dissention dont ils sont remplis.
« Je crois que j*aurai cet été la consolation de vous aller voir à la Chaise-Dieu. Comme je n'y ferai point une visite épiscopale, rien n'y tirera à conséquence pour la prétendue exemption de cette abbaye. J'y trouverai un ancien confrère que tant de liens d'éducation et de caractère me rendent extrêmement cher. Quelle joie pour moi de pouvoir os ad os loqui et vous marquer le respect et l'attachement avec lesquels je suis, etc.
« P. S. Vous comprenez bien, mon cher seigneur, que mes lettres ne sont que pour vous seul. Vous m'ôteriez la consolation d'avoir jamais aucun commerce avec vous, si je croyais qu'elles pussent passer en d'autres mains. »
Soanen a dû écrire, de son côté, plusieurs lettres à Massillon. Malheureusement nous n'en connaissons qu'une (1)-. Elle répond brièvement à celles qu'on vient de lire et n'entre dans aucune discussion. Elle est datée du 18 avril 1729.
« Ayez pour agréable, Monseigneur, que je vous renouvelle les assurances de mon dévouement par la bouche de R. P. Prieur de cette abbaye, qui va vous rendre ses devoirs et qui a bien voulu se charger des miens. Je ne puis vous parler par un plus sûr interprète de ma vénération pour vous que par celui à qui j'ai confié ma conscience et mes sentiments pour Dieu. Je me joins à ce cher Père pour vous demander, Monseigneur, la continuation de vos bontés pour les jeunes ordinands de cette abbaye, dont tous les sujets m'édifient beaucoup par leur piété et leur charité.
« Je ne vous dis rien. Monseigneur, au sujet de vos dernières lettres du 14 et du 19 janvier 1729, non pas parce qu'elles n'étaient qu'une réponse à ma dernière, car je ne compterai jamais avec vous, me faisant un devoir de vous prévenir en amitié, mais uniquement parce que je me tiendrai avec joie à la règle si sage et si aimable que vous m'avez proposée, en me marquant, avant vos dernières lettres, que vous vouliez conserver avec moi l'union de votre cœur, malgré la différence de vos sentiments, me disiez- vous, et de votre conduite.
« Je me ferai une douce loi de votre maxime qui, dans le temps présent, est plus nécessaire que jamais. D'ail-
(1) C'est la 295 du recueil des lettres de l'évêque de Séez.