CHAPITRE XIV
faire un peu plus de bruit, et d'écrire un nouveau pamphlet. En adressant ses remerciements à un évéque qui avait publié un livre de piété et lui en avait offert un exemplaire, il lui disait : « Je l'ai lu avec beaucoup de plaisir et de consolation. J'y trouve un esprit de paix, de modération et de charité dont je suis charmé; et au fond ce doit être là l'esprit épiscopal. Nous n'écrivons pas en docteurs, nous écrivons en prêtres, pour instruire, ramener et fortifier les faibles (1). »
Pourtant il est des circonstances où les évêques qui ont reçu de Dieu plus de talent que les autres et qui peuvent défendre plus utilement la vérité, à cause même de la gloire qu'ils ont acquise, doivent écrire en docteurs. On a reproché à Bossuet, si ardent à étouffer le quiétisme à sa naissance, de n'avoir pas écrit sur le jansénisme nn de ces traités lumineux et décisifs qui auraient terminé la discussion. Que de troubles auraient été prévenus, si ce beau génie, dont la voix était écoutée comme un oracle, avait employé à Féclaircissement des questions qui se rattachaient à V Augustinus et aux Réflexions morales, les trésors d'érudition, de dialectique, d'éloquence que lui a coûtés réclaircissement des questions qui se rattachaient aux Maximes des saints. Il est permis, pareillement, de regretter que Massillon ait gardé un si profond silence lorsqu'il était temps de parler. Il a laissé défendre la bulle et l'autorité des décisions de l'ÉgUse par des évêques dont la science égalait sans doute la sienne, mais qui étaient loin de posséder l'art d'écrire au même degré. Un seul traité écrit du style des Conférences ecclésiastiques eut, plus fait pour convaincre les esprits et mettre un terme aux disputes
(1) Extrait du catalogue de la collection de lettres autographes de M. Lazariette, ancien receveur des finances à Nantes. — N« 2046.
que les instructions pastorales de Tévêque de Laon, de Me^ de Belzunce, du cardinal de Bissy. Massillon a cru peut-être sincèrement qu'il ne possédait pas les talents et les lumières nécessaires pour prendre une part utile à la discussion. Retenu d'aillCjUrs par les liens qui l'attachaient aux jansénistes, il pensa qu'il pouvait se borner à faire accepter la bulle dans son diocèse sans exhorter à la soumission tous les opposants. Du reste, Massillon devait à l'éducation théologique qu'il avait reçue dans l'oratoire d'être fortement imbu de cet ensemble d'opinions qui constituait le gallicanisme. Il n'était pas, si je puis m'exprimer ainsi, un évêque de l'avenir. Ms'" de Belzunce parlait et agissait comme devaient le faire la plus part des évêques de France, un siècle plus tard. Il voyait dans le parlement non-seulement « un des trois fléaux de la Provence » mais un corps ambitieux qui aspirait à étendre son autorité même sur les consciences, et qui devait à la fm produire la constitution civile du clergé. Il a passé sa vie à combattre les empiétements de ce pouvoir illégitime qui voulait soumettre à la fois l'Eglise et la royauté. Il a déployé dans cette lutte le courage et l'énergie qu'il fit admirer pendant que la peste ravageait son diocèse et qui ont rendu son nom immortel. Il pouvait prendre, lui aussi, pour devise le mot de saint Anselme : « Dieu n'aime rien tant que la liberté de son église (1). »
(]) Les jansénistes n'ont pas épargné à Mgr de Belzunce les accusations, les pamphlets, les épigrammes en latin, en français et en provençal. Ils ne pouvaient lui pardonner la répulsion que lui inspirait l'obstination des Oratoriens et sa préférence, trop marquée peut-être, pour les jésuites. Comment l'Oratoire n'aurait-i. pas été suspect à Mgr de Belzunce. Dans l'assemblée générale de cette congrégation tenue en 1746, les opposants signèrent une protestation où on lisait : « Je ne reconnais point que Dieu veuille d'une volonté intérieure et formelle sauver tous les hommes... Je crois que N. S. J. C. n'a point prié et par conséquent offert le