CHAPITRE XIV
Pères qui nous ont paru les plus propres à nous instruire de nos devoirs.. . Nous n'avons rien laissé de fabuleux, ni même de douteux dans la vie des saints que l'Eglise nous propose pour modèles et pourl'objet public de notre culte. » Massillonne se doutait pas qu'un jour toate l'Eglise de France reviendrait à l'unité de la prière ecclésiastique. Il n'était pas frappé des inconvénients qui résulteraient de la liberté laissée à chaque évêque de modifier, selon ses opinions personnelles, le bréviaire et le missel. Les divisions dont gémissait l'Eglise de France auraient pu lui faire comprendre que tel ou tel diocèse courait risque d'avoir tantôt une liturgie moliniste et tantôt une liturgie janséniste. Il croyait bien faire, user d'un droit et même accomplir un devoir. Lorsqu'il annonça le nouveau bréviaire de Clermont, aucun blâme ne se mêla aux félicitations qu'il reçut de tout son clergé. En présentant à ses prêtres ce nouvel olfice public, Massillon leur recommanda une fois de plus l'habitude et le goût de la prière, qui est l'âme du sacerdoce et qui fait elle seule toute la force et tout le succès de son ministère. « Un pasteur qui ne prie pas, leur dit-il, qui n'aime pas la prière, n'appartient plus à l'Eglise qui prie sans cesse ; il n'est plus lié à son esprit de prière et de charité ; c'est un arbre sec et aride qui occupe en vain le champ du Seigneur. » Massillon avait le droit de parler ainsi. Ses exemples confirmaient ses discours. C'est dans la prière qu'il cherchait sa consolation lorsqu'il se sentait comme accablé sous le poids de sa charge et de sa responsabilité. Il n'écrivait plus que pour prier. En dehors de ses discours synodaux, il n'a composé, pendant son épiscopat, que des paraphrases morales de plusieurs psaumes, en forme de prière. D'autres avaient commenté savamment les psaumes, recherchant à la fois leur sens littéral et leur sens mystique. Massillon cou-
sidéra uniquement ces hymnes sacrés comme des supplications qui expriment tous les sentiments dont une âme recueillie devant Dieu peut être remplie. Il a développé ces supplications et a présenté aux chrétiens des modèles parfaits de prières en rapport avec leurs diverses situations morales. L'accent particulier de chaque psaume et le sens général de chaque verset lui donnent le ton de la louange, de l'action de grâce ou du repentir, lui tracent un thème qu'il suit librement, variant ses modulations selon les effusions de son cœur. Il exprime tantôt le bonheur d'une âme qui après avoir été engagée dans les passions du monde s'en désabuse et revient à Dieu , tantôt la prière d'une âme innocente qui souffre l'oppression et la calomnie, tantôt les sentiments d'une âme pénétrée de l'énormité de ses crimes passés et en même temps pleine de confiance en la miséricorde du Seigneur.
Ces paraphrases sont essentiellement l'œuvre d'un prédicateur. Massillon ne les a écrites sans doute que pour sanctifier ses loisirs et pour mettre un jour sur les lèvres des fidèles des prières capables d'émouvoir leur cœur. Mais plusieurs de ces paraphrases pourraient être prêchées. Elles donneraient à un sermon de la vie et de l'éclat. On y retrouve plus d'un développement, plus d'un mouvement oratoire semblable à ceux qu'on admire dans le Grand et dans le Petit-Carême. Le style de Massillon, dans cette œuvre des dernières années de sa vie, est aussi correct, aussi riche, aussi brillant que celui de ses premiers chefs-d'œuvre. L'ampleur y ressemble quelquefois à la diffusion, mais ce défaut est moins sensible dans des élévations de l'âme à Dieu que dans un discours. L'onction et la douceur ne manquent pas à ces commentaires qui semblent des méditations écrites, mais c'est la tristesse chrétienne qui en est la note dominante. On dirait que Massillon s'est moins inspiré du voisinage de