‹ MassillonChapitre 207 sur 215 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

l'autel que du voisinage de la tombe. Du reste, dans les psaumes, comme dans la vie, les cris de joie sont plus rares que les soupirs de douleur. Pour donner une idée du style des paraphrases on peut choisir au hasard. Partout la même éloquence harmonieuse, la même douce chaleur, la même abondance d'idées accessoires autour de l'idée principale. La défaillance d'un main glacée parla vieillesse ne se fait sentir nulle part. Ces réflexions à propos des psaumes sont presque toujours pieuses et rarement philosophiques. Mais de temps en temps Massillon se souvient avec tristesse des progrès de l'incrédulité. Le règne de Voltaire commençait. La littérature et la science allaient se hguer contre la religion. Les esprits décidés à ne plus être chrétiens se partageaient entre Tathéisme et le déisme. Quoique éloigné de Paris depuis vingt ans, Massillon n'ignorait pas l'état de la société. Il a tracé le tableau de l'impiété de son temps en commentant ces paroles du psaume xxv : Odivi ecclesiam malignantium et cum impiis non sedebo. « La foi s'altère et s'affaiblit tous les jours parmi les hommes. A force de vouloir que tout soit clair dans la religion, tout y devient douteux. Le monde est plein de ces hommes insensés à qui tout ce qu'ils ne peuvent comprendre parait suspect. Ils se font au dedans d'eux-mêmes un tribunal impie, auquel ils appellent, ô mon Dieu, de votre autorité même, des oracles de vos prophètes, des merveilles que vous avez opérées pour délivrer l'ancien peuple ou pour appeler le nouveau à la connaissance de l'Évangile parle ministère de douze pauvres; et enfin de tout ce qu'il y a de mieux établi et de plus hors d'atteinte à l'incrédulité sur la terre. Ils forment au milieu du monde une affreuse société , où ils vomissent en secret leurs blasphèmes contre la majesté de votre culte et la piété de vos serviteurs. Rien n'est sacré pour leurs langues im-

pures : le joug respectable de la foi leur paraît une servitude puérile que la faiblesse et la superstition du genre humain s'est imposée. Ils veulent eux seuls être les arbitres de leur religion et de leurs devoirs comme de leur destinée. Hommes dignes de l'exécration de l'univers et cependant honorés souvent comme des sages et des génies sublimes. Esprits faibles et extravagants, trouvant encore moins de fonds et de solidité dans les ténèbres et les abîmes incompréhensibles de l'impiété que dans les vérités de la foi ; et cependant sacrifiant leur salut éternel à des doutes frivoles et à une incrédulité dont les contradictions révoltent encore plus la raison que les mystères ineffables de votre doctrine. Et qu'y a-t-il en effet, ô mon Dieu, de plus insensé que de croire ou que le hasard seul ait produit toute la race des hommes sur la terre et que la structure si admirable de leurs corps ne doit son arrangement qu'à un assemblage fortuit et bizarre de la matière, ou que si vous les avez vous-même tirés du néant, et animé leur boue d'un soufûe d'immortalité qui les rend capables d'aimer et de connaître, vous les ayez jetés sur la terre comme des ouvrages de rebut, sans vouloir vous mêler de ce qui les regarde, sans leur prescrire ni les hommages qu'ils vous doivent, ni les devoirs qui les lient aux autres hommes ; les laissant ici-bas sans destination, sans loi, sans espérance, guidés par la seule impétuosité de leurs passions, et n'ayant point (l'autre frein, comme les animaux, qu'un instinct brutal et la liberté universelle de le satisfaire, quand ils n'y trouvent aucun obstacle. »

Pourquoi faut-il que Massillon se soit contenté de combattre l'incrédulité par ses prières et par quelques pages disséminées ça et là dans ses paraphrases morales des psaumes? Pourquoi n' a-t-il pas doté le xvin® siècle, si riche en livres impies et si pauvre en chefs-d'œuvre re-

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