‹ MassillonChapitre 208 sur 215 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

ligieux, d'une apologie de la religion ou d'une exposition de la foi telle qu'il pouvait la concevoir et l'écrire? On dirait que la gloire littéraire effrayait Massillon, toujours est-il qu'il ne l'a pas recherchée. Il n'a pas rédigé ses paraphrases avec l'intention de les publier lui-même ; elles n'ont été imprimées qu'après sa mort, à la suite de ses sermons. C'était un ouvrage qu'il quittait et reprenait suivant les loisirs que lui laissait sa charge et suivant l'inspiration du moment. Il ne l'a pas achevé. Sa paraphrase ne va pas au delà du psaume xxxi. Il ne consacrait pas beaucoup de temps à la composition de ses mandements. La plupart sont fort courts. Ils ont le plus souvent pour objet de faire chanter un Te Deum^ soit à la suite d'une victoire, soit à l'occasion du mariage du roi, soit après le rétablissement de sa santé. Gomment faire autre chose que du style offciel ? Ça et là cependant on rencontre des réflexions déjà justifiées par l'histoire et qui devaient l'être plus encore par la suite des événements ; celle-ci par exemple à propos de la guérison du roi : « Les successions des branches régnantes n'ont jamais manqué parmi nous que dans les temps où la corruption des cours et le débordement des mœurs publiques attiraient sur nous la colère du ciel. Le sang royal cessait alors de couler des pères aux enfants ; Dieu livrait à l'esprit de révolte et de discussion les grands et le peuple, et la confusion publique expiait les crimes publics. Les tristes exemples des siècles passés doivent devenir une instruction pour le nôtre. » En ordonnant une procession générale pour remercier Dieu de la naissance d'un Dauphin (Mand. du 14 septembre 1729), Massillon dit aux fidèles de son diocèse : 't Toutes les nations qui nous sont connues, après une certaine révolution de temps et d'années, ont plus d'une fois changé de maîtres; de nouveaux noms y sont montés sur le trône à la place

des anciens, dont la postérité était ou éteinte ou chassée par des usurpateurs de l'héritage de ses pères. Les guerres, les dissensions domestiques, le renversement même de la foi ; en un mot la désolation des peuples et dés empires a presque toujours été le fruit de ces tristes mutations. »

Le dernier mandement de Massillon (1742) annonça aux habitants de sa ville épiscopale l'ouverture d'une mission. Les provinces du midi de la France étaient parcourues depuis quelques années par un apôtre infatigable dont le nom vivra autant que celui des plus illustres orateurs sacrés, et qui est resté comme le type le plus achevé du prédicateur populaire. Bridaine réunissait toutes les qualités de l'âme et tous les dons extérieurs nécessaires pour produire sur les multitudes qui accouraient à sa voix les effets les plus prodigieux de l'éloquence (i). Animé d'une foi vive et d'un zèle ardent pour le salut des âmes, doué d'une puissante imagination, nourri de la lecture de la Bible et des vies des saints, sa robuste santé lui permettait de supporter sans en être épuisé les fatigues de sa vie de missionnaire. Sa voix forte et tonnante ébranlait les cœurs comme un prélude des trompettes du jugement. Les églises étaient quelquefois trop petites pour contenir la foule avide de l'entendre. Quand il était obligé de prêcher en plein air, sa parole aux sons éclatants arrivait sans efforts jusqu'à l'extrémité de son immense auditoire. Après une préparation sérieuse, rendue facile par l'habitude, il s'abandonnait à son inspiration. Il effrayait, il attendrissait, il menaçait, il consolait. Tout à coup des sanglots éclataient autour de lui. L'orateur et l'auditoire vivaient de la même vie, des mêmes pensées, des mêmes sentiments. Personne ne

(1) Né en 1701, Bridaine mourut en 1767, après avoir prêché deux cent cinquante-six missions.

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