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CHAPITRE XIV

VOUS ce que c'est que l'Eternité? C'est une pendule dont le balancier dit et redit sans cesse ces deux mots seulement dans le silence des tombeaux : Toujours, jamais, jamais, toujours! Pendant ces effroyables révolutions un réprouvé s'écrie : quelle heure est-il? Et la voix d'un autre misérable lui répond : l'Eternité! »

Massillon n'avait pas attendu la mission de Bridaine pour avoir présentes à l'esprit les années éternelles. Le 17 mars 1737, croyant toucher prochainement au terme de sa carrière et désireux de se préparer à la mort, il dicta son testament et le signa d'une main que la vieillesse rendait tremblante. Ce testament est un précieux témoignage de la foi et de la charité de Massillon. « Nous voulons mourir comme par la miséricorde de Dieu nous avons toujours vécu, dans la communion de la sainte Eglise catholique , apostolique et romaine , uni au saint-siége et à l'épiscopat, soumis de cœur et d'esprit à toutes les décisions reçues par le corps des pasteurs, persuadé qu'il n'y a point d'autre voie de salut, demandant tous les jours à Jésus-Christ qu'il calme les troubles qui agitent encore l'Eglise de France et qu'il daigne y rétabhr la paix que nous avons tâché de conserver dans ce grand diocèse.. . . Je nomme et institue pour me succéder... mes héritiers universels les pauvres du grand Hôtel-Dieu de cette ville de Clermont, à la charge d'accomplir et exécuter toutes les dispositions du présent testament. Tous ces biens appartenant en effet aux pauvres et à l'Eglise, nous leur rendons ce qui est à eux. »

L'année suivante, Massillon annonçant à ses curés la troisième visite générale de son diocèse, leur dit que ce serait la dernière fois qu'il aurait la consolation de passer par leurs églises. « La patience 4ivine, ajoutait-il, n'a déjà que trop prolongé la durée de notre épiscopat et différé de vous donner à notre place un pasteur selon

son cœur, qui répare nos fautes, qui coopère plus fidèlement que nous à ses desseins de miséricorde sur vous, et achève en vous l'œuvre de l'Evangile que nous n'avons encore que faiblement commencée. En attendant la fin de notre carrière, dont le terme ne saurait être loin, nous ne cesserons de vous porter dans nos entrailles paternelles, et les infirmités de Tâge n'affaibliront jamais le tendre amour que nous avons toujours conservé pour nos peuples. Trop heureux si notre tendresse vous avait été aussi utile qu'elle a été réelle et sincère ! »

En prolongeant la vieillesse de Massillon, la Providence prolongeait sa préparation à la dernière heure. Il ne fut pas surpris par la mort, quoique frappé par elle subitement. Il succomba à une attaque d'apoplexie dans sa quatre-vingtième année, le 18 septembre 1742. Les regrets et les larmes de son peuple honorèrent sa sépulture. De nombreuses voix louèrent à l'envi ses vertus et ses talents. Il laissait à son diocèse des exemples et des bienfaits qui ne devaient pas être oubliés. Il laissait à la littérature chrétienne des chefs-d'œuvre qui ne devaient pas être surpassés. Plusieurs années après sa mort, ceux qui l'avaient connu ne pensaient à lui qu'avec attendrissement. Un voyageur qui passait à Glermont désira voir la maison de campagne où le prélat passait la plus grande partie de l'année. Il s'adressa à un ancien grandvicaire qui, depuis la perte de son évêque, n'avait pas eu la force d'y retourner. Il consentit néanmoins à satisfaire le désir du voyageur, malgré la douleur profonde qu'il se préparait, en allant revoir des lieux si tristement chers à son souvenir. Ils partirent ensemble et le grandvicaire montra tout à l'étranger : Voilà, lui disait-il, les larmes aux yeux, l'allée où ce digne prélat se promenait avec nous... voilà le berceau où il se reposait en faisant quelque lecture... Voilà le jardin qu'il cultivait de ses

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