‹ MassillonChapitre 23 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Il ne se déPe pas assez de sa tendance à l'amplification et remplace volontiers la richesse des pensées par la richesse des images. Il se demande ce qu'est un évêque peu soigneux de faire revivre la grâce de la consécration épiscopale, et il répond : « C'est un arbre deux fois mort a et déraciné et qui occupe le plus bel endroit d'ime (c terre sacrée; c'est un roseau que le vent agite et sur « qui cependant, comme sur une colonne sainte, repose « tout l'édifice de la maison du Seigneur ; c'est une nuée (( destinée^ comme autrefois, à faire paraître la grâce du « Seigneur dans le temple et qui nous la dérobe par sa « noirceur; c'est un astre errant qui, destiné à nousgar- « der parmi les obscurités des sens et de la foi, ne peut « cependant que nous écarter de la route ; c'est un ser- « peut d'airain élevé pour guérir nos blessures et qui, « placé dans le temple, nous devient une occasion d'ido- <c latrie et de mort... » L'amplification, qui plaira toujours aux esprits moyens, dont se compose la majorité de l'auditoire des prédicateurs, est la grande tentation des orateurs du second ordre. Cicéron en abusait quelquefois, Démosthènene s'y abandonnait jamais. Hâtonsnous d'ajouter que l'oraison funèbre, dont nous présentonsl'analyse, contient une admirable prosopopée (1), qui dut produire une vive impression, et où se trahit le véritable orateur.

Massillon n'a pas eu recours aux citations profanes, pour donner à son discours un ornement que le goût du temps ne dédaignait pas. Il était persuadé que c'est à l'Ecriture sainte que l'éloquence sacrée doit emprunter sa parure et sa force. Les allusions bibliques surabondent dans cette première œuvre d'un auteur qui s'est fait toujours remarquer par ses justes applications et

(1) « Prêtre éternel, prince des pasteurs, etc.. Pieux prélat, si dans le sein d'Abraham, etc... ;>

ses très-heureux commentaires du texte sacré. Je signalerai cependant un rapprochement qui n'est pas du meilleur goût. L'orateur raconte ainsi la maladie qui précéda la mort de l'archevêque de Vienne : « La main du Sei- « gneur s'étendit sur lui et elle le frappa, mais si légèrece ment, qu'à peine parut-il qu'elle l'eût touché. C'était, « ce semble, pour tromper notre douleur : le coup fut (( presque tout insensible : l'histoire du songe de Daniel <c s'accomplit une seconde fois et nous vîmes une pierre « légère, détachée des montagnes éternelles, venir heur- « ter faiblement contre une des jambes de cette statue préce cieuse, dont la structure semblait promettre une si ce longue durée, et la réduire d'abord en poudre. » A la vérité, il était difficile de rappeler en style solennel, que l'archevêque était mort à la suite d'une plaie à la jambe, mais était-ce nécessaire ?

L'exorde, un peu long peut-être et donnant trop de place aux précautions oratoires, nous apprend que Massillon avait déjà évangélisé le diocèse de Vienne et prêché souvent devant l'archevêque, qui ne lui permettait pas de lui adresser des compliments du haut de la chaire. (( Contraint tant de fois par sa modestie à supprimer ses c( louanges dans la chaire évangélique, fallait-il que je (( ne fusse autorisé à les publier que par sa mort ! » Se conformant à des procédés de rhétorique et à des habitudes ayant force de loi, dont il secouera bientôt le joug, Massillon divise son discours en trois parties, et il tâche de justifier sa division par les paroles de la sainte Écriture, qu'il a choisies pour texte et qu'il traduit ingénieusement : Ambulavit pes meus iter rectum ajuvenlute med... <i Zetatus sum bonum et venter meus conturbatus est^prop- <c terea bonam possidebo possessioncm ; J'ai marché dans a la droiture depuis ma jeunesse, j'ai eu du zèle pour le « bien et mes entrailles se sont émues sur les misères

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