CHAPITRE II
« démon peuple... » Ce texte, ainsi expliqué, permet de montrer que Henri de Villars, 1° mena une vie toujours réglée par la loi; 2° que son autorité fut toujours utile à l'église ; 3» que ses richesses furent toujours prodiguées aux pauvres.
En faisant l'éloge de son héros, Massillon est appelé à parler de l'épiscopat. Il se permet quelques hardiesses qui pourraient nous surprendre, si nous ne nous rappelions qu'il était jeune, qu'il était membre d'une congrégation religieuse et que le dix-septième siècle touchait à sa fm. Il trace d'abord un charmant tableau de l'aménité de l'archevêque de Vienne : a Je me représente notre prélat avec « cet air toujours affable et serein, toujours accessible, « toujours accueillant, mettant, pour ainsi dire, sa perte sonne et sa dignité à toutes les heures, ne retenant de « son rang que le privilège de pouvoir être importuné ; « je me le représente au milieu de vos familles, enveloppé « dans une aimable obscurité, goûtant avec vous les douce ceurs d'une vie privée, familiarisant l'épiscopat avec « les fidèles et ne se faisant pas une vaine bienséance de « se rendre invisible et de jouir tout seul d'une dignité « qui n'a été établie que pour les autres. y> Il pose ensuite une série de questions qui devaient rappeler à ses auditeurs tel ou tel prélat contemporain, et qui se terminent par une ironie dont la pointe est à peine émoussée par une allusion à une parabole de l'évangile : « Fallait-il, « pour pénétrer jusques à lui, acheter par des lenteurs <c éternelles une audience d'un moment et par mille pé- « nibles formalités, des refus encore plus pénibles?... a Le vîmes-nous jamais affecter ces moments sacrés de « solitude inventés pour ménager le rang ou pour hono- « rer la paresse ? Sa maison ressemblait-elle à ces mai- « sons d'orgueil et de faste, où ceux que les affaires y « attirent pensent presque plus au moyen d'aborder leur
ttjuge qu'à leur exposer leur droit et leur justice ; où, « dans un silence profond et avec un respect qui appro- (c che du culte, on attend que la divinité se montre ; où a mille malheureux souffrent moins de leur misère que (( de leur ennui; et où, comme autrefois dans la piscine <c de Jérusalem, après avoir attendu longtemps, cet autre « ange du Seigneur paraît enfin et guérit à peine un « malade ? »
Mâssillon appréciait ce qu'avait de fâcheux la 'situation faite à l'église de France par le pouvoir temporel. 11 s'en exprime avec une franchise qui ne nous permettra pas de nous étonner quand nous l'entendrons critiquer li,brement le règne de Louis XIV, dans son oraison funèbre du grand roi. Il déclare qu'il vit en un siècle « où les <( devoirs de l'épiscopat sont ou réduits par l'usage, ou « bornés par la puissance séculière, ou adoucis par le « dérèglement des Mêles ; » en un siècle ce où toute la « fermeté semble se réduire à ne pas se ménager à soi- « même des occasions de lâcheté ; )> en un siècle « où « l'épiscopat ne sert presque plus que de décoration aux « palais des rois ; où les cours semblent être devenues <c des diocèses communs ; où les sentinelles de Jérusalem « et les trompettes du temple ne voient et ne parlent plus « qu'avec des yeux et des bouches étrangères, et où l'on ({ voit souvent les princes de la tribu de Lévi, indignes « dépositaires de l'arche, l'imposer, comme les Phihsf( tins, sur des épaules viles, et la laisser errer à l'ace venture. » Aussi louera-t-il Henri de Villars d'avoir soutenu avec fermeté les lois de l'église. <c Sacrés prélats f( de nos Gaules, s'écrie-t-il, combien de fois le vîtes-vous <c dans vos assemblées, ignorer l'art nouveau de se taire, « redonner à l'épiscopat sa première liberté ; n'envisager (c sa fortune qu'à travers son devoir ; être le Gamaliel de « l'assemblée des princes des prêtres st savoir opiner dans