‹ MassillonChapitre 25 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« les conjonctures où il ne fallait savoir que consentir ! » Après l'oraison funèbre de l'archevêque de Vienne, qui promettait à la chaire un orateur de plus, Massillon fut invité à prononcer l'éloge de l'archevêque de Lyon (1). Oamille de Neuville de Villeroi avait gouverné l'aîi tique église de Lyon pendant quarante ans. Il s'était fait une loi de la résidence et avait mérité la reconnaissance de ses diocésains, pendant son long épiscopat, par un grand nombre de fondations. Massillon n'avait pas eu avec l'archevêque de Lyon les mêmes rapports qu'avec Henri de Villars. Aussi , ne pouvant mettre tout son cœur dans cette seconde oraison funèbre, il y a mis toute sa rhétorique. Cette œuvre, sensiblement inférieure à la précédente, ne doit pas nous arrêter longtemps. La division en est commune. Les développements révèlent trop l'artifice d'une composition littéraire écrite sans inspiration. On y remarque un emploi trop fréquent de l'apostrophe, moyen factice de donner à un discours languissant un peu de mouvement et de chaleur. Les précautions oratoires, après avoir rempli l'exorde, ralentis-

(1) Dans toutes les éditions de Massillon, l'oraison funèbre de M. de Villeroi est imprimée après celle de M. de Villars. Cependant ce dernier, mort le ^ décembre 1693, n'avait pas précédé dans la tombe l'archevêque de Vienne, mort le 3 juin de la même année. Dans l'avertissement dont le neveu de Massillon a fait précéder les oraisons funèbres, en donnant la première édition complète des œuvres de son oncle, nous lisons ces lignes : « Il était extrêmement jeune lorsqu'il fit celle de Henri de Villars, archevêque de Vienne, et peu de temps après celle de Camille de Neuville de Villeroi, archevêque de Lyon, et, néanmoins, quels applaudissements ces deux pièces ne reçurent-elles pas! » Pour faire concorder ce renseignement si précis, donné par un éditeur qui devait être bien informé, avec les dates que nous avons rapportées, il faut admettre que Massillon prononça l'oraison funèbre de l'archevêque de Lyon, à Toccasion d'un service funèbre qui eut lieu plusieurs mois après la mort de ce prélat. Bougerel se trompe, croyons-nous, lorsqu'il place l'oraison funèbre de l'archevêque de Lyon après le carême prêché par Massillon à Montpellier en 1698.

sent trop souvent la marche de l'orateur dans le corps du discours. Le style, dont la mélodie caresse agréablement l'oreille, présente toujours l'élégante abondance qu'on admire dans Massillon. Quel autre que lui aurait eu recours à cette énumération pour expliquer ce que sont les talents dont la foi ne règle pas l'usage? «... Ce (c sont des dons de Dieu qui nous éloignent de lui ; « des ressources de salut qui facilitent notre perte ; des « lumières étendues qui nous aveuglent sur les objets « que la foi nous met comme sous l'œil ; des distinctions « de la nature qui nous confondent dans la multitude « des méchants; des penchants d'immortalité, que nous « usons après des ombres qui périssent; des semences « de vérité que nous étouffons par les sollicitudes du « siècle ; des attentes de grâce que la cupidité remplit ; ce des amusements brillants qui nous font perdre de vue « notre unique alTaire ; un art de se damner avec un peu « plus de contrainte et de solennité; des fleurs, enfin, « qui le matin brillent et sèchent le soir sur un tombeau, « terme fatal où tout aboutit ; abîme éternel, où tout « va se perdre ; écueil inévitable, où, après plus ou moins (t d'agitations, vient enfin se briser le fantôme qui nous c< joue et que nous croyons si solide. » A n'en juger que par ces lignes, on rencontre aussi dans cette oraison funèbre de nombreuses antithèses. Nous n'en signalerons plus qu'une, qui accompagne une apostrophe : « Sacrés dispensateurs de la parole évangélique, com- « bien de fois, en vous ouvrant la bouche pour annoncer « toute vérité, vous la ferma-t-il sur celles qui la re- (( gardaient! »

La transition entre la première et la seconde partie, n'est pas heureuse, ou plutôt il n'y en a aucune. Après avoir montré quel usage fit de ses talents l'archevêque de Lyon, Massillon va rappeler quelles furent ses vertus,

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