‹ MassillonChapitre 28 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« orages peut-être et à son effort pour en triompher qu'il « faut attribuer sa retraite à l'abbaye de Sept-Fonts. )> Assurément, ces écarts que l'on suppose pour expliquer rentrée de Massillon dans une austère abbaye, ne sont pas impossibles, mais ils ne sont prouvés par aucun document vraiment historique. Nous croyons que les anecdotes qui se rapportent à la jeunesse de Massillon, sont aussi peu véridiques que celles qui se rapportent à une autre époque de sa vie et dont M. Sainte-Beuve a si bien dit qu'il faut non pas les discuter mais les repousser. Puisque la conduite de Massillon fut « odieusement incriminée » après 1704, pourquoi ne l'aurait-ellfe pas été avant 1694? Du reste, ne soyons pas trop surpris de la retraite du jeune prédicateur à Sept-Fonts. 11 ne fut pas, en ce moment, le seul oratorien qui alla s'enfermer dans cette solitude. Plusieurs y entrèrent pour n'en plus sortir, surtout parmi les oratoriens de Provence qui avaient pu, comme Massillon, connaître le P. Marrot et subir l'influence de sa sévère direction.

Dès le mois d'octobre de Tannée 1688, le P. Joseph Marrot s'était retiré à Notre-Dame-des-Anges, âpre solitude située au milieu des collines, à quelques lieues de Marseille. Il passa dans cette thébaïde les trente dernières années de sa vie et y fit revivre les austérités des pères du désert. Le nombre des solitaires qui vinrent se fixer à Notre-Dame-des-Anges, ou y passer quelques jours dans la retraite, s'accrut au point que la maison des pères de l'oratoire et celle qu'on avait bâtie dans un endroit séparé, ne suffirent plus pour loger les uns et les autres. On fut obligé d'agrandir les bâtiments. On menait dans cette solitude une vie frugale et pénitente. On y consacrait à la prière et à d'autres exercices de piété un long espace de temps. Les heures mômes de délassement y étaient employées à des occupations utiles. Il s'exhalait

de cette maison un parfum de sainteté qui attirait de nombreux visiteurs, de tous les pays d'alentour. L'abbé de Forbin-d'Oppède, filleul de Louis XIV, chanoine de l'église d'Aix, y vint, poussé par la curiosité, en compagnie des dames d'un château du voisinage. Il entra dans l'église au mome^nt où le P. Marrot y faisait à haute voix une méditation. Chaque parole pénétrait son âme comme un trait de feu. Touché par lagrâce, il résolut d'embrasser, lui aussi, les austérités de la pénitence. Craignant d'être trop près de sa famille s'il restait à Notre-Damedes-Anges, il demanda au P. Marrot, dans quelle solitude éloignée il pourrait s'eiisevelir. Le P. Marrot, qui connaissait Eustache de Beaufort, et qui n'était jamais allé à Paris sans passer quelques jours de retraite àSept- Fonts (1), conseilla au fervent converti cette sainte maison. A l'exemple de l'abbé Forbin-d'Oppède, cinq ou six autres pénitents du P. Marrot, prirent aussi le parti de se retirer dans l'abbaye de Sept-Fonts. Ils se soumirent avec joie à l'austérité de la règle et persévérèrent jusqu'à la mort dans la pratique des plus héroïques mortifications. Massillon connaissait le P. Marrot. Il avait passé quelque temps à Notre-Dame-des-Anges. Il a dû recevoir, comme tant d'autres pénitents du P. Marrot, désireux de travailler à leur perfection, le conseil de se retirer à l'abbaye de Sept-Fonts. Il est naturel qu'il ait suivi ce conseil (?).

(1) Le P. Marrot porta une fois à l'abbaye de Sept-Fonts une aumône de quatre mille livres, « ce qui fit tant de plaisir au pieux abbé et à sa communauté qui se trouvait manquer de tout dans le moment, qu'on chanta un Te Deum en action de grâce, et on permit à ce généreux bienfaiteur de parler à chaque religieux, chose qu'on n'accorde que très-difficilement. » — Vie manuscrite des pères de l'Oratoire, h la bibliothèque d'Aix.

(2) Une tradition fidèlement conservée à Notre-Dame-des-Anges. nous apprend que Massillon a séjourné dans cette maison de l'ora-

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