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CHAPITRE II

Les supérieurs de Massillon, persuadés qu'il se fesait illusion sur la voie où Dieu l'appelait, furent très-afïligés de son départ; mais il ne devait pas être à jamais perdu pour l'oratoire. Il rentra dans cette congrégation après avoir passé seulement quelques mois à l'abbaye de Sept- FoDts. En s'examinant dans le calme et le recueillement de la solitude, il comprit qu'il n'était pas fait pour la vie contemplative et qu'il devait se consacrer au ministère actif. Quant aux circonstances qui précédèrent la rentrée de Massillon dans l'Oratoire, nous ne savons s'il faut ajouter une foi entière au récit suivant de d'Alembert. « Le cardinal de Noailles adressa à l'abbé de Sept- Fonts, dont il respectait la vertu, un mandement qu'il venait de publier. L'abbé plus religieux qu'éloquent, mais conservant encore, au moins pour sa communauté, quelque reste d'amour-propre, voulait faire au prélat une réponse digne du mandement qu'il avait reçu. Il en chargea le novice ex-oratorien, et Massillon le servit avec autant de succès que de promptitude. Le cardinal, étonné de recevoir de cette thébaïde un ouvrage si bien écrit, ne craignit pas de blesser la vanité du pieux abbé en lui demandant qui en était l'auteur. L'abbé nomma Massillon et le prélat lui répondit qu'il ne fallait pas qu'un si grand talent, suivant l'expression de l'écriture, demeurât caché sous le boisseau. Il exigea que l'on fit quitter l'habit au jeune novice; il lui fit reprendre celui de Toratoire et le plaça dans le séminaire de Saint-Magloire , en l'exhortant à cultiver l'éloquence de la chaire (1). » Quoi qu'il en soit de cette anecdote, il est

toire, mais aucun document ne nous permet d'indiquer l'année pendant laquelle il y est venu. Ce ne peut être que pendant sa jeunesse.

(1) D'Alembert, qui écrivait trente ans après la mort de Massillon, nous dit qu'il remit son manuscrit aux pères de l'oratoire de la rue Saint-Honoré, en les invitant à lui faire part de leurs observa-

permis de croire que le P. de la Tour, général de l'Oratoire, ne négligea rien pour rendre à sa congrégation le sujet qui devait lui faire le plus d'honneur. De son côté, Massillon dut être heureux du bon accueil que lui fit l'oratoire, lorsqu'il reconnut qu'il s'était mépris sur sa vocation et que sa vie ne pouvait s'écouler dans Téternel silence d'une abbaye cistercienne. Cependant il emporta de cette tranquille retraite un consolant souvenir. Il aimait plus tard à se rappeler les jours de paix qu'il y avait passés. Durant ses dernières années on l'entendit souvent répéter : « Que je regrette ma cellule de Sept-Fonts ! »

tions et des traits honorables pour la mémoire de leur illustre confrère qui auraient pu lui échapper. Pourtant l'anecdote touchant la rentrée de Massillon à l'oratoire nous paraît douteuse. Elle contient une erreur de date. Selon d'Alembert. c'est en 1697 que le cardinal de Noailles plaça Massillon dans le séminaire de Saint-Magloire. Mais entré à Sept-Fonts vers la fin de l'année 1694, Massillon n'a pu j rester trois ans. De plus, il prêcha le carême à Montpellier en 1698. Or, ses conférences ecclésiastiques à Saint- Magloire sont antérieures à ce carême qui l'engagea définitivement dans la carrière de la prédication. Il nous reste de Massillon une lettre écrite de Paris, à Antoine Arcère, et datée du 2 février 1697.

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