CHAPITRE III
Massillon à Saint-Magloire. — Ses conférences ecclésiastiques. — De la Yocation. — De la Fuite du monde. — Jugement de Massillon sur les prédicateurs de son temps. — Il va prêcher le carême à Montpellier. — La prédication en province.
Lorsque Massillon rentra dans TOratoire, cette congrégation religieuse possédait à Paris trois maisons. Elle avait acheté de la duchesse de Guise, dès l'année 1621, l'hôtel du Bouchage, qui avait appartenu auparavant à la duchesse de Montpensier et à Gahrielle d'Estrées. Sur l'emplacement de cet hôtel, rue Saint-Honoré, elle lit bâtir une église d'un travail achevé, où elle vénéra le tombeau de son illustre fondateur, le cardinal de BéruUe (1). C'est dans cette église que se firent entendre les plus célèbres prédicateurs de l'Oratoire : Sénault, Fromentières, Mascaron, Maure, Hubert, Terrasson, Soanen, La Roche, Massillon, Reinaud.
Les Oratoriens possédaient, en outre, dans ia rue Saint- Jacques, l'ancienne abbaye de Saint-Magloire, où
(1) Connue encore aujourd'hui sous le nom de l'Oratoire, cette église, où tant de voix éloquentes se firent entendre, fut souillée en 1791 par la consécration sacrilège des évêques intrus, qui consomma le schisme dans l'Eglise de France. Destinée, depuis cette déplorable époque, à des réunions populaires et aux usages les plus profanes, elle est devenue, en 1801, le temple du culte protestant. Le percement de la rue de Rivoli a dégagé l'élégant chevet de ce temple des bâtiments qui le masquaient.
le cardinal de Retz les avait introduits, en les chargeant d'instruire et d'entretenir douze boursiers ou séminaristes à la nomination de l'archevêque de Paris. Le séminaire de Saint-Magloire, le premier qui fut fondé à Paris après le saint concile de Trente, était plus particulièrement le séminaire de l'archevêque. La troisième maison des Oratoriens, située au-delà de la barrière des Chartreux, était un noviciat appelé l'institution. On y examinait la vocation des jeunes gens qui désiraient entrer dans l'Oratoire, et on les formait à la vie religieuse.
On connaît l'éloge que fit Bossuet de la maison de Saint-Màgloire, lorsqu'il prononça l'oraison funèbre du P. Bourgoing. « Là dans l'air le plus pur et le plus serein de la Ville, un nombre infini d'ecclésiastiques respire un air encore plus pur de la discipline cléricale. Ils se répandent dans le diocèse, et portent partout l'esprit de l'Eglise. » Ce fut cette maison de Saint-Magloire qui eut l'avantage de posséder Massillon à son retour de l'abbaye de Sepx-Fonts, Il fut chargé de former aux mœurs sacerdotales les jeunes clercs qui fréquentaient le sémiminaire, en les instruisant de tous leurs devoirs dans des Conférences ecclésiastiques. Déjà le P. Thomassin avait établi des conférences sur l'histoire de l'Eglise et sur les conciles, où il faisait profiter ses jeunes auditeurs de sa profonde connaissance de l'antiquité.
Les conférences ecclésiastiques avaient été une des plus heureuses institutions de saint Vincent de Paul, Sous sa direction, se réunissaient non-seulement les jeunes théologiens de l'Université, mais des prêtres qui comptaient déjà plusieurs années de sacerdoce, et quelquefois même des évêques. On conférait ensemble, comme autrefois les Pères du désert, tantôt sur une vertu générale, nécessaire à tout chrétien, tantôt sur les