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CHAPITRE III

devoirs propres aux ecclésiastiques, tantôt sur les charges et dignités de l'Eglise. Ces pieuses réunions se tenaient le mardi, dans la maison Saint- Lazare, depuis Pâques jusqu'à la Toussaint, et dans le collège des Bons-Enfants pendant le reste de l'année. Elles reçurent le nom de Conférences du mardi. Richelieu , qui comprenait tout le bien que pouvaient produire ces réunions, prenait note des ecclésiastiques qui les fréquentaient. Bossue t, qui s'y rendit assidûment durant sa jeunesse, n'en perdit jamais le souvenir. Cinquante ans plus tard il écrivait au pape Clément XI : « Elevé au sacerdoce, nous fûmes associé à cette compagnie de pieux ecclésiastiques qui s'assemblaient chaque semaine pour traiter ensemble des choses de Dieu. Vincent en fut l'auteur; il en était l'âme. Quand nous écoutions avidement sa parole, pas un qui ne sentît l'accomplissement du mot de l'apôtre : « Si quelqu'un parle, que sa parole soit comme de Dieu. » L'exemple donné par saint Vincent de Paul et les habitués des conférences du mardi fut imité comme il devait l'être dans un siècle où tant de grandes âmes travaillaient de concert à la sanctification du clergé. Chaque séminaire eut ses conférences ecclésiastiques. Celles de la maison de Saint-Magloire s'étaient acquises déjà une juste réputation lorsque Massillonleur donna un nouvel éclat, en y prononçant d'admirables discours sur les principales obligations de la vie sacerdotale.

Jamais peut-être Massillon n'a parlé avec une éloquence plus nerveuse, plus pressante, plus dégagée de toute amplification inutile, plus nourrie de la moelle de la Sainte-Ecriture et des Pères, que lorsqu'il s'est adressé aux jeunes lévites qui se préparaient, dans le séminaire de Saint-Magloire, à se consacrer au service des autels. Son auditoire, familiarisé avec les études théo-

logiques, avait moins besoin de phrases harmonieuses que de pressantes exhortations. Il fallait décider des eo clésiastiques habitués aux méditations religieuses à examiner attentivement leur vocation, à fuir un monde dangereux, ou à s'y conduire, quand ils étaient obligés de s'y trouver, comme il convient à des prêtres, à se dépouiller de toute ambition coupable, à faire un légitime usage des biens de l'Eglise, à déployer contre les scandales du siècle un zèle infatigable. Quand on lit ces conférences, où l'art de l'écrivain, toujours parfait cependant, s'efface davantage, et où la chaleur de l'orateur n'est jamais refroidie par la crainte de blesser des oreilles trop délicates, on est volontiers de l'avis du cardinal Maury, qui trouvait les discours sur les devoirs ecclésiastiques incomparablement plus originaux et plus ri ches en idées neuves et lumineuses que les sermons (1), En admirant ces discours, qui devaient impressionner profondément ceux qui les entendaient, on sent qu'ils ont été prononcés dans un temps bien différent du nôtre. Ils contiennent sans doute une doctrine générale qui convient à toutes les époques, et des conseils qu'il est bon de rappeler en toute circonstance, mais on y trouve aussi une foule de détails qui révèlent une situation de l'Eglise qu'on ne peut comparer à l'état actuel du clergé français .

Lorsque Massillon prononçait ses conférences à Saint-

(1) Essai sur Véloqvence de la chaire, note IX. — Après avoir rappelé les discours synodaux que Massillon prononçait tous les ans devant son clergé, Maury ajoute : « Les conférences qu'il avait composées ponr le séminaire de Saint-Magloire, à Paris, sont plus travaillées; et il me semble même qu'étant plus analogues à son genre, ulles deviennent aussi beaucoup plus éloquentes, à mesure que les sujets en sont moins effrayants. » Selon Marmontel, « les discours sur l'usage des revenus ecclésiastiques sont peut-être ce que notre langue offre de plus démosthénique. » Il faut en dire autant du discours sur la vocation.

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