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CHAPITRE III

Magloire, l'Eglise de France était très-riche. Elle possédait d'innombrables bénéfices (1). On en distinguait de trois sortes. Aux uns, tels que les cures, était attachée la charge d'âmes. D'autres, sans avoir cette charge, obligeaient à la résidence, tels étaient les canonicats. Un très-grand nombre, qu'on appelait plus communément en France bénéfices simples, tels que les chapelles, les prieurés en commende, n'entraînaient ni la charge d'âmes ni l'obligation de la résidence. Les possesseurs des bénéfices simples n'étaient tenus qu'à la récitation de l'office divin. Ils pouvaient se contenter de recevoir la tonsure, et ne jamais s'engager dans les ordres sacrés. A quatorze ans on pouvait devenir possesseur d'un bénéiicesimple, porter le titre d'abbé, résidera Paris, n'exercer aucune fonction ecclésiastique, et s'acquitter de toutes ses obligations en récitant l'office (2). De là d'inévitables abus. On entrait souvent dans l'Eglise pour y jouir d'un tranquille repos, pour hériter d'un ample bénéfice dont un parent était pourvu, pour se frayer un chemin aux plus hautes dignités. Les cadets des grandes maisons se partageaient le revenu des abbayes. Le nom d'abbé, qui désignait jadis une vertu consommée, était devenu « la qualité de tous les cadets, en sorte que ce n'était plus un nom de dignité ni de mérite, mais un nom d'avarice et d'ambition (3j. » Les Pères d'un con-

(1) Avant 1789, l'Eglise de France comptait 18 archevêchés, 113 évêchés, 1,922 abbayes, 1,200 prieurés, 37,800 cures ou vicariats, 828 chapitres ou collégiales, 2,760 canonicats. Son revenu approximatif était de 200,000,000 de francs. Le seul archevêché de Paris jouissait d'un revenu de 200,000 francs. Il comprenait 12 abbayes dont le revenu collectif s'élevait à 386,000 francs.

(2) Le Parlement demandait quatorze ans pour les canonicats des églises cathédrales, et le grand conseil se contentait de dix ans. Pour les commendes, le Parlement exigeait quatorze ans ; le grand conseil ne demandait que sept ans accomplis.

(3) UAhhé commendataire , par le sieur de Bois-j'rancs.

cile tenu à Bordeaux en 1624 se plaignirent de ce que les gens du monde considéraient l'état ecclésiastique comme une ressource pour la décharge de leurs familles et s'empressaient d'y jeter ceux de leurs enfants qu'ils regardaient comme moins propres aux emplois de la société, et qui auraient été le rebut des autres conditions (1).

Lorsque tant de motifs humains pouvaient diriger vers le sanctuaire des jeunes gens plutôt élus par leur famille qu'appelés par Dieu, on comprend que Massillon, dans ses conférences, ait fortement insisté sur la nécessité de la vocation. Il a traité deux fois ce sujet, et l'a repris ensuite sous une autre forme en parlant de l'ambition des clercs. Il conjure ses auditeurs d'examiner si l'espérance de trouver dans le sanctuaire une situation plus douce, plus honorable et plus commode qu'au milieu de leur famille a décidé de leur choix ; si leur vocation ne doit sa première origine qu'à la cupidité de leurs parents. « Ne s'engager dans un ministère terrible que pour recueillir la succession d'un bénéfice que ceux de notre nom ont possédé de tout temps; que parce que nos espérances, du côté de l'Eglise, sont plus sûres et plus brillantes que du côté du siècle ; que parce qu'on porte un nom a pouvoir aspirer à tout; parce que nos proches selon la chair, comme cette mère des enfants de Zébédée, ont déjà demandé pour nous les premières places dans le royaume de Jésus-Christ; en un mot, pour le dire encore plus nettement, porter pour toute marque de vocation à un ministère d'humilité des désirs d'élévation; à un ministère de travail et de sollicitude, des espérances de repos et de mollesse ; à un ministère de

(l)Innulla re profecto magis élaborant hujus sœculi homines quam ut filii praecipue déformes et ad saecularia negotia inepti ad sortem Domini assumantur.

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