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CHAPITRE III

pauvreté, des vues de luxe et d'abondance ; aller à Jésus- Christ, comme ce peuple charnel, non parce qu'il a les paroles de vie, mais parce qu'il multiplie un pain terrestre; renoncer à tout pour retrouver tout; ou plutôt ne quitter une barque et des filets que pour être les princes du peuple, c'est un motif criminel, qui l'ignore ? Et le crime, ô mon Dieu, pourrait-il être une marque de vocation au plus saint de tous les états ! »

Aujourd'hui les motifs humains qui décideraient à embrasser l'état ecclésiastique ne peuvent plus être d'un grand poids. Les recrues du sanctuaire deviennent trop rares en certains diocèses, et les évêques sont obligés de se préoccuper des moyens de favoriser les vocations ecclésiastiques. Maintenant, pour se consacrer au service des autels, il faut aspirer aux sacrifices ; mais du temps de Massillon, on pouvait aspirer aux bénéfices. Lorsque le clergé était un des trois ordres de la nation, les avantages matériels, la considération, les dignités pouvaient tenter de nombreux jeunes gens qui, n'attendant aucun héritage de leur famille, songeaient à s'assurer une part de l'héritage du Seigneur. Beaucoup de ces intrus de l'avarice déshonoraient l'Eglise en menant une vie toute mondaine, quelquefois même licencieuse. Ne remplissant aucune fonction sacerdotale, ils ne voyaient dans la possession d'un bénéfice qu'un moyen d'avoir de quoi vivre. Ils adoptaient par économie le costume ecclésiastique, mais ils le profanaient en le traînant dans des assemblées d'où ils auraient dû le tenir à jam^ais éloigné. Que n'a-t-on pas dit de ces abbés poudrés et musqués, maniant l'épée , aiguisant de bons mots, rimant des vers à Ghloris, fréquentant les boudoirs, se tenant bien à table, acceptés avec une tolérance intéressée dans les salons de la société élégante. L'abbé de Gondi, qui, devenu cardinal de Retz, a bien voulu nous

édifier sur sa conduite en écrivant ses Mémoires, avait eu de nombreux imitateurs. Les passions révolutionnaires et l'imagination des romanciers ont sans doute exagéré les scandales donnés par les abb^s de cour, mais ce que raconte l'impartiale histoire est plus que suffisant pour faire regretter que l'appât des riches bénéfices ait multiplié les demi ecclésiastiques. Gomment douter que Paris ne comptât plus d'un Aramis, quand on entend Massillon s'écrier : « On voit tous les jours dans le monde des ministres ( de l'Eglise) plus versés dans les règles et les affaires militaires que dans les fonctions et les règles de leur état; plus instruits des guerres qui ont troublé le monde que des erreurs et des doctrines perverses qui ont déchiré l'Eglise ; plus au fait de ce qui se passe dans les armées que de ce qui se passe dans le sanctuaire ; et, sous un habit saint, portant sur leur visage l'audace, la fierté, la dissipation de ceux qui sont engagés dans une milice profane (1). »

Lorsque Massillon enseignait aux ecclésiastiques de quelle manière ils devaient se conduire dans le monde, la société n'était pas aussi corrompue qu'elle le devint un demi-siècle plus tard, mais la décadence était déjà trèssensible. On n'affichait encore ni l'impiété ni le libertinage, mais on se permettait à huit clos tout ce que les roués devaient étaler au grand jour après la mort de Louis XIV. On se croyait obligé de garder une certaine réserve extérieure ; mais cet hypocrite respect des convenances ne trompait pas les yeux clairvoyants. Les salons n'étaient pas fréquentés comme le furent plus tard ceux de M"^* du Deffant, de M'^' de l'Espinasse. de M°^® de Tencin, mais ils ne gardaient plus trace de la pruderie et de la préciosité de l'hôtel Rambouillet. Ce n'était

(1) De la Conduite des clercs dans le monde. — 2» réflexion.

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