‹ MassillonChapitre 38 sur 215 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

selon que la matière l'exigerait. Par là, l'on s'épargnerait la torture des divisions, l'inconvénient des deux exordes : on irait au cœur.... Je ne puis désavouer que ces divisions et ces subdivisions auxquelles nous sommes accoutumés ne fournissent divers endroits brillants qu'il est plus facile de ranger sous plusieurs chefs que sous un seul, mais la nouvelle méthode que je propose me paraît d'ailleurs avoir des avantages si essentiels , que je n'hésiterais pas à lui donner la préférence. » Si Massillon n'a pas rempli exactement le programme tracé par le P. Cheminais, il s'en est du moins singulièrement rapproché.

En 1698, Massillon alla prêcher le Carême à Montpellier. La province eut donc les prémices de son talent. Il était juste qu'elle eût une idée de la vraie éloquence de la chaire. Si la foule des prédicateurs méritait encore de sévères critiques à Paris, quelles licences ne se permettait-elle pas en province? Le P. Raynoard, de l'Oratoire, nous donne une étrange idée de l'éloquence des provinciaux contemporains de Massillon en nous faisant connaître celle de M. de Megrigny, qui devint évêque de Grasse en 1711 . « Sa facilité à prêcher lui nuisait beaucoup , aussi bien qu'à son auditoire , qui ne trouvait ni édification, ni instruction dans ses sermons. Il y faisait entrer tout ce qui lui était arrivé en sa vie. Les plaisanteries inconvenantes et les discours les plus badins, les proverbes de halle, les bouts de vaudeville y avaient leur place. Il contrefaisait le cri d'une fille, d'un petit garçon, d'un vieillard, dans ses contes en chaire. Je lui ai entendu imiter le baragouin des Irlandais, l'aboiement d'un chien, le son des cloches, enfin chanter par deux fois toile lege au panégyrique de saint Augustin (1). »

(1) Lettres et entretiens philosophiques du P. Reynoard, de l'Oratoire. Manuscrit de la bibliothèque de Marseille,

Le facétieux prédicateur n'a pas fait imprimer ses sermons, mais nous pouvons juger, par des livres qui ont eu dans leur temps quelque succès, où en était, au dix -septième siècle, l'éloquence de la chaire en province .

L'année même où le P. Sénault, commençait, à Paris, àréformer la prédication, le P. Etienne Isnard, de l'ordre des Minimes, prêchait l'Avent à l'Eglise métropolitaine de Saint-Sauveur d'Aix. Voici le plan de son sermon pour la fête de Noël : <c La méthode suivie en la présente prédication est celle d'une pastorale spirituelle. — Acte premier.

— Scène 1er. Montrant que les hommes avant l'incarnation étaient des brebis égarées et sujets à mille misères. fScène 2^ Les désirs de l'incarnation qu'avaient ces brebis égarées, désirant leur pasteur. Scène 3®. Dieu et les anges le désiraient aussi. — Acte IL — Scène 1". Le céleste pasteur vient chercher les brebis perdues pour satisfaire aux désirs de Dieu, des anges et des hommes. Scène 2^ Il vient comme un agneau. Scène 3e. Il assemble les pasteurs par un ange, lequel est aussi un pasteur. — Acte IIL — Scène 1^^. Toute la Sainte-Trinité se réjouit en ce mystère. Scène 2^ Les anges aussi s'en réjouissent. Scène 3^. Ils chantent le Gloria in Altissimis. — Acte IV. — Scène l^^ La Vierge immaculée se réjouît à la naissance du Sauveur. Scène 2e. Saint Joseph s'en rejouit aussi. Scène 3e. Les bergers en sont très-joyeux.

— Acte F. — Scène l'"^. Nous devons aussi nous en réjouir, parce que ce mystère prouve la gloire de Dieu. Scène 2^. Parce qu'il contribue au profit des hommes. Scène 3^ Parce qu'il tourne aussi à la perfection de l'univers. »

Le style de l'ingénieux minime est aussi original que ses plans de sermons. Voici comment il montre que l'homme est devenu malheureux en violant la loi de

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