‹ MassillonChapitre 39 sur 215 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Dieu: n Entre Dieu et rhomme la partie n'était pas égale. Car, quelle proportion peut-il y avoir entre le trèsfort et le très-infirme, le tout-puissant et l'impuissant, entre l'inlini et le fini, le créateur et la créature, le tout et le rien, Dieu et l'homme? Ce sont deux extrémités beaucoup plus éloignées que le ciel de la terre, que le pôle arctique de l'antarctique, qi:e le temps de l'éternité . Soit que la cruche donne contre la pierre, soit que la pierre donne contre la cruche, toujours mal pour la cruche. Soit que le lion attaque le loup, soit que le loup attaque le lion, toujours mal pour le loup. Soit que l'aigle fasse la guerre à la chouette, soit que la chouette fasse la guerre à l'aigle, toujours mal pour la chouette, et soit que rhomme fasse la guerre à Dieu, soit que Dieu fasse la guerre à l'homme, toujours il en advient du mal à l'homme; misérable toujours, et encore un coup, toujours misérable sa condition (1). »

(]) Sermon pour le premier jeudi de l'A vent. — Le bon P. Isnard expose naïvement, dans la préface de son Avent, édité à Lyon chev. Jean Juilleron (1631), vingt-cinq méthodes <- pour faire des prédications en diverses façons. » Il livre ses secrets. Il apprend à faire promptement des divisions et à se servir de cadres tout prêts. <; C'est une très-bonne méthode, dit-il, de suivre l'ordre des trois vertus théologales, traitant : 1» De ce qu'il faut croire touchant le sujet dont il s'agit : 2° De ce qu'il faut espérer par suite de cette croyance; 3» Comment il faut s'exciter à l'amour de Dieu ». Il recommande également de suivre l'ordre des quatre vertus cardinales ou des sept dons du Saint-Esprit. « L'ordre des personnes divines, Père, Fils et Saint-esprit, est très-convenable pour exalter quelque vertu, quelque saint ou quelque mystère. En toutes les matières qui marquent quelque changement, on peut suivre trèsconvenablement les quatre saisons de l'année. L'ordre des trois vies dévote, purgative, illuminative et unitive, est aussi très-convenable pour traiter de quelque vertu, ou vice, ou mystère. Voulant représenter quelque chose au vif, vous le pourrez faire en proposant des tableaux. » Le P. Isnard n'a pas manqué d'employer cette dernière méthode. Il prouve que Dieu n'abandonne jamais ses serviteurs, à l'aide de quatre tableaux qui sont les quatre points du sermon : V^ tableau, Joseph; 2% Moïse ; 3«, David; 1% saint Paul.

L'église métropolitaine de Saint-Sauveur d*Aix n'avait pas seule le privilège d'entendre des prédications dont la bizarrerie, jadis très- goûtée, nous paraît maintenant burlesque ; l'Église de Lyon elle-même n'avait rien à lui envier. Dans un recueil de sermons publiés à Lyon en 1685, et dédié à Monseigneur de Vintimille, évêque nommé de Marseille, on rencontre à chaque page de choquantes singularités. Dans le sermon du jour de la Passion, à propos du baiser de Judas, le prédicateur s'écrie : « 0 baiser funeste I Judas baise la bouche de Jésus, et un peu auparavant Jésus baisait les pieds de Judas!... Nous lisons dans le Livre des Rois que Joab s'approchant d'Amasa le salua, et prenant de sa main droite le menton de ce favori de David, pour le baiser, il le frappa en même temps de son épée dans le côté, et le tua. Judas, comme un autre Joab, vint donner la mort à Amasa, je veux dire à Jésus-Christ. Osculo filium hominis tradisf Le baiser, dit saint Augustin, a donné la vie à Jésus-Christ dans l'éternité, et un baiser lui donne la mort dans le temps. C'est le baiser qui nous explique la puissance du Père, la sagesse du Fils et l'amour du Fils. Ce qui fait la grandeur du Verbe dans l'éternité c'est le baiser de son Père, si bien que la puissance produit la sagesse, et le Père et le Fils, par un baiser mutuel, produisent le Saint-Esprit. Le baiser de l'adorable Trinité produit la vie et l'amour, et le baiser de Judas ne produit que la mort et la haine. Quand Dieu, au commencement du monde , pétrit la terre pour en faire l'homme, l'on remarque qu'il y porta sa bouche pour lui donner la vie, inspiravit in faciem spiraculum vitœ. Le baiser de Dieu donne la vie, le baiser de Judas donne a mort. Jésus recevant ce baiser inspire un soufle de grâce dans le cœur de Judas, mais Judas, endurci dans son crime, repousse ce souffle divin, et ne pense qu'à

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