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CHAPITRE III

faire mourir celui qui veut mourir pour le faire vivre (1). »

Ce manque de goût, cette érudition hors de propos, ces froides antithèses n'étaient pas des exceptions ; on les retrouvait dans tous les sermons qui émerveillaient la province et que leurs auteurs faisaient imprimer afin que les lecteurs pussent ajouter leur admiration à celle des auditeurs. Il serait trop facile de multiplier les exemples. Nous ne citerons plus qu'un fragment du panégyrique de sainte Madeleine, prêché vers l'année 1687 par le P. Lefehvre, théologal de l'église cathédrale d'Arras. L'orateur montre d'abord la pécheresse possédée par sept démons. « Elle en avait un dans ses yeux dont elle brûlait le cœur de ceux qui l'approchaient, et qui ne sortaient jamais de sa présence sans en rapporter une plaie dont les atteintes étaient mortelles. Un autre était caché dans ses cheveux, qui lui servaient d'instrument et de piège pour y surprendre ceux qui se laissaient éblouir à leur vue. Cette bouche, dont les paroles étaient autant d'oracles, et qui prononçaient à ses adorateurs des arrêts de mort et de vie, n'était que l'organe d'un autre démon qui donnait le branle et le mouvement à ses lèvres. Un autre reposait sur son sein pour attirer sur lui des regards impudiques, et donner ainsi la mort par les yeux à ses spectateurs. Ses bras et ses mains étaient occupés par deux autres qui se servaient de leur fatale nudité pour perdre les gens qui les regardaient. Enfin le dernier démon régnait sur tout le corps de cette captive, pour faire de tous ceux qui la voyaient autant de criminels qui couraient à grands pas à leur perte. »

Le tableau de Madeleine pénitente n'est pas inférieur

(1) Sermons sur les principaux mystères de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge, par le P. Claude Lion, prêtre de l'Oratoire de Jésus. Lyon, Jean Certes 1685, p. 237.

à celui de Madeleine pécheresse. Le prédicateur dépeint ses témoignages de repentir aux pieds du Sauveur. « Toutes les larmes qu'elle verse sont autant de preuves de son amour, mais la manière en est sans exemple. At-on jamais vu pleurer sur des pieds? Je ne crois pas que depuis que le soleil éclaire la terre et les mers, on ait jamais vu personne qui fût capable de cet amour et de ce transport.... Mais a-t-on jamais vu dans l'histoire profane qu'on ait jamais employé des cheveux pour essuyer des pieds? Madeleine, vous pouviez prendre votre mouchoir ou les pans de votre robe, ou du moins trouver dans ce banqn et quelque linge pour cet usage. Non, mesdames, elle veut prendre sur son corps et sur ellemême de quoi lui rendre ce service, pour lui témoigner davantage la violence et la force de son amour (1). »

Ainsi régnait encore en province le mauvais goût que Bourdaloue et Bossuet n'avaient pu chasser complètement des chaires de Paris, lorsque Massillon prêcha le Carême à Montpellier. Cette ville, bon juge de l'éloquence, comme toutes les villes méridionales, put admirer dans toute sa fraîcheur le premier épanouissement d'un nouvel orateur sacré dont la jeune réputation devait, dès l'année suivante, balancer celle de ses illustres devanciers. Nous n'avons aucun détail sur ce premier Carême de Massillon, mais il nous paraît certain qu'il donna, pour ainsi dire, à Montpellier une première édition des sermons qui furent plus tard écoutés avec tant de faveur à Paris et à la cour, et qui forment son Grand Carême.

(1) Sermons sur diffc-rents sujets, pr^-chés par le P. Lefebvre. prévôt et théologal de l'église cathédrale d'Arras et aumônier de la reine. Paris, Ednie Couterot, 1087.

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