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CHAPITRE IV

Massilloii prêche l'Avent de 1699 devant la Cour. — Son premier exorde. — La mort des pécheurs et la mort des justes.

— Le délai de la conversion. — Paroles adressées à Louis XIV.

— Teinte de jansénisme dans le sermon sur les dispositions à la communion. — De la divinité de Jésus-Christ.

Les heureux fruits de salut produits par le Carême que Massillon avait prêché à Montpellier permirent au général de l'Oratoire de ne pas essayer plus longtemps en province un prédicateur digne de se faire entendre à Paris. En 1699^ Massillon dut prêcher le Carême dans l'église de TOratoire de la rue Saint-Honoré, où le P. Maure venait de prêcher l'Avent avec « un applaudissement extraordinaire (1). » Paris, toujours décidé à changer d'admiration, fut vivement impressionné en entendant pour la première fois une parole qui ne ressemblait en rien à l'éloquence qu'on avait coutume d'admirer. L'attrait de la nouveauté était cependant, au jugement de tous, le moindre charme de cette prédication inattendue. Désireuse de consacrer une réputation naissante qui promettait d'éclipser les autres, la cour voulut entendre Massillon et le juger. 11 prêcha devant elle l'Avent de cette même année, la dernière du siècle. Il parut sans orgueil comme sans crainte sur ce grand

(1) Le P. Bougerel.

et dangereux théâtre. Son début y fut des plus brillants, et l'exorde du premier discours qu'il y prononça est un des chefs-d'œuvre de l'éloquence moderne (1). »

Lorsque Massillon prononça cet exorde fameux, Louis XIV n'était plus à l'apogée de sa gloire ; cependant l'adversité ne lui avait pas infligé assez de rudes leçons pour qu'il pût renoncer à son orgueilleuse devise : Necpluribus impar. Il n'avait rien perdu de son goût pour les profusions inutiles et pour les magnificences qui rehaussaient sa majesté. Mais le règne régulier de M™^ de Maintenon avait succédé au règne illégitime de M^^ de Montespan ; les folles réjouissances d'autrefois avaient fait place à une austère gravité. La cour était condamnée à une étiquette dont l'ennui n'était pas égayé par de splendides amusements. Les vices que l'exemple du souverain avait d'abord autorisés à se montrer au grand jour, n'avaient pas imité son repentir, et se contentaient de se résigner provisoirement au silence et au mystère. Les hommes de génie qui ont fait du xvn^ siècle notre grand siècle littéraire appartiennent à la première époque du règne de Louis XIV. A la fin de l'année 1699, la plupart avaient cessé de vivre, les autres avaient cessé d'écrire. Molière avait disparu des premiers (1673); Corneille avait prolongé jusqu'en 1684 sa verte vieillesse; Racine était mort le 22 juin 1699, fatigué d'une gloire qu'il avait si chèrement achetée ; Boileau , dégoûté du monde après la mort de son ami;, se retira dans son jardin d'Auteuil. Le temps n'était plus où il pouvait s'écrier : « Grand roi, cesse de vaincre!... » Il ne vécut plus que de souvenirs et de regrets jusqu'en 1711. Pascal n'avait pu achever le monument que méditait son génie pour se faire pardonner d'avoir eu trop

(1) D'Alerabert. Eloge de Massillon.

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