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CHAPITRE IV

d'esprit. Les questions religieuses étaient devenues de chétives querelles entretenues avec plus de passion pour de vulgaires intérêts que de zèle pour la vérité. Bossuet, si admirable dans ses controverses avec Claude et Jurieu, qui valurent à l'apologétique VExposition de la Foi et V Histoire des variations^ Bossuet venait de déployer, pour faire condamner le quiétisme de Fénelon, une excessive et âpre énergie, qui formait un contraste pénible avec la modération, pour ne pas dire le silence, dont les jansénistes pouvaient le remercier (1).

Les grandes illustrations militaires s'étaient évanouies aussi bien que les grandes illustrations littéraires. Des généraux plus habitués à réussir à la cour qu'à triompher sur un champ de bataille, faisaient regretter Turenne et Condé. Le maréchal de Luxembourg obligeait encore la victoire à rester fidèle à ses drapeaux ; mais après les

(1) L'affaire du quiétisme eut cependant plus d'un heureux résultat. Fénelon, en se soumettant au jugement du Pape, sans en appeler au futur concile, montra aux jansénistes comment ils devaient se conduire. <■- Exemple peut-être unique dans l'Eglise, dit d'Aguesseau, d'une querelle de doctrine terminée sans retour par un seul jugement, qu'on n''a cherché depuis ni à faire rétracter, ni à éluder par des distinctions spécieuses. » Bossuet, en pressant le Pape de condamner le livre des Maximes des saints, condamnait lui-même la déclaration de 1682. Il prouvait que si l'on peut bâtir les théories gallicanes sur la distinction de l'indéfectibilité et de l'infaillibilité, comme sur une pointe d'aiguille, il faut recourir, en pratique, au centre de l'unité. « Le roi trouva bon, dit naïvement d'Aguesseau, quoique ce fût une espèce de plaie aux libertés de l'Eglise gallicane, qu'une affaire née dans le royaume n'y fût pas décidée avant d'être portée à Rome. » (Œuvres de d'Aguesseau, t. VIII, p. 200, 201.) Il est vrai que le roi « trouva bon » aussi de soumettre le bref du Pape cà l'approbation des évêques de France, et de le revêtir ensuite de lettres-patentes, enregistrées au parlement, pour lui donner force de loi. <; Fénelon se soumit, dit D'Aguesseau, étonné de cette conduite, avant que le roi eût fait la moindre démarche pour autoriser le bref dans ses Etats.... Il lit une de ces fautes heureuses qu'il n'appartient qu'aux grands hommes de hasarder. » Voilà bien le gallicanisme peint par lui-même.

Vendôme, les Villars, les Gréquy, vinrent les Villeroi, les Tallard, les Lafeuillade. Les hommes formés par le gouvernement absolu de Louis XIV ne valaient pas les héros de la génération précédente. Les affaires publiques étaient remises entre des mains incapables d'en soutenir le fardeau. Colbert et Louvois n'avaient point laissé d'héritiers de leur génie. La paix de Ryswick , signée deux années auparavant, n'avait pas été aussi favorable à la France que la paix de Nimègue. Plus d'une victoire glorieuse l'avait précédée, mais déjà d'humiliantes défaites n'avaient que trop prouvé à la coalition européenne, qu'irritait l'ambition de Louis XIV, que la France n'était pas invincible. La révocation de l'édit de Nantes avait fomenté de sourdes colères, qui n'attendaient pour éclater qu'une occasion. Après la déclaration de 1682, par laquelle Louis XIV obhgeait les catholiques à reconnaître à son autocratie le droit de faire accepter ou refuser dans son royaume les jugements doctrinaux du Saint-Siège, l'édit de 1685, qui faisait cesser le spectacle d'une secte indépendante sous un gouvernement absolu, n'avait rien que de naturel. Mais les calvinistes perse • cutés devinrent d'implacables ennemis . Ils tournèrent leurs regards vers l'Angleterre , où la révolution de 1688 avait porté le prince d'Orange qui promettait de donner à la ligue protestante un chef habile et résolu . a Outre les nouveaux convertis, écrivait à cette époque M°^^ de Lafayette, il y a beaucoup d'autres gens mal contents dans le royaume qui se joindraient à eux si la fortune penchait plus du côté des ennemis que du nôtre. Le roi voit tout cela aussi bien qu'un autre, et l'on serait, inquiet à moins (1). »

Tel était donc l'état des esprits , telle était la situation

(1) Mémoires de la Cour de France, collection Petitot. toni. LXV, pag. 45.

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