CHAPITRE IV
attendons la grâce efficace. Tout ce', que nous ferions sans elle serait inutile, et dès qu'elle arrivera, nous ne pourrons lui résister. Massillon est obligé de combattre ce prétexte qui se trouvait malheureusement trop appuyé par la théologie janséniste, dont l'Oratoire lui-même n'avait pas su se préserver. De toutes les grâces, la plus nécessaire est la foi. Beaucoup se plaignaient de l'avoir perdue. La réponse que Massillon leur adresse serait sans doute moins décisive aujourd'hui qu'elle ne l'était de son temps ; elle atteint cependant plusieurs de ceux qui, de nos jours, déclarent qu'ils n'ont pas la foi : « Ah ! ce n'est pas la foi qui vous manque, c'est la volonté de remplir les devoirs qu'elle vous impose ; ce ne sont pas vos doutes qui vous arrêtent, ce sont vos passions. Vous ne vous connaissez pas vous-même ; vous êtes bien aise de vous persuader que vous manquez de foi parce que ce prétexte, que vous opposez à la grâce, est moins humiliant pour l'amour-propre que celui des voies honteuses qui vous retiennent. Mais remontez à la source ; vos doutes ne sont nés que de vos dérèglements ; réglez donc vos mœurs, et la foi ne vous offrira plus rien que de certain et de consolant. Soyez chaste, pudique, tempérant, et je vous réponds de la foi que vous croyez avoir perdue. Vivez bien et il ne vous en coûtera plus rien de croire.... La foi ne vous paraît difficile que parce qu'elle règle des passions et non parce qu'elle propose des mystères. C'est donc la sainteté de ses maximes qui vous révolte, plutôt que l'incompréhensibilité de ses secrets ; vous êtes donc corrompu, mais vous n'êtes pas incrédule. »
Le prédicateur ne monte pas en chaire uniquement pour toucher les pécheurs et les convertir ; il doit aussi affermir les justes et les aider à marcher dans les voies de la piété. Massillon, dans son Avent^ a rempli ce second devoir en exhortant ses auditeurs à se rési^rner à leurs
afflictions et à les transformer en mérites ; à recevoir la communion avec des dispositions dignes de la grandeur de celui qui se donne dans l'Eucharistie ; à être fidèles à la grâce, soit en la conservant avec une vigilante attention^ soit en suivant ses inspirations ; à remplir généreusement leurs devoirs envers la vérité, à ne la rejeter, à ne la dissimuler, à ne la persécuter jamais. C'est en exposant la conduite différente que tiennent les mages, les prêtres de Jérusalem et l'ambitieux Hérode , lorsqu'une étoile miraculeuse eut annoncé la naissance du Sauveur, que Massillon apprend à recevoir la vérité avec une âme docile et sincère, comme les rois de l'Orient, et non avec une âme lâche et dissimulée, comme les prêtres consultés par Hérode, ou avec une âme endurcie, comme ce roi cruel. Ce sermon, je pourrais dire cette homélie pour la fête de l'épiphanie, est un modèle d'exhortation pieuse, fondée sur ^explication d'un fait évangélique. 11 serait difficile de tirer parti plus ingénieusement et plus éloquemment des moindres circonstances du récit sacré.
Dans le sermon sur les afflictions nous trouvons un passage que Massillon, assurément, n'a pas prononcé lorsqu'il a prêché sa première station devant la cour, en 1699, et qu'il a évidemment ajouté plus tard au texte ^ primitif. La soudure, quoique très-habile, ne peut échapper à un regard attentif. Après avoir rappelé que Dieu éprouve ceux qu'il aime, Massillon console les affligés en leur disant que moins leurs afflictions ressemblent à celles des autres hommes, plus ils doivent les regarder comme les afflictions des élus de Dieu. Tout à coup, il s'adresse à Louis XIV. « Des batailles perdues, lors même que la victoire nous paraissait assurée ; des villes imprenables tombées en la présence seule de nos ennemis ; des états et des provinces conquises sur nous ; un royaume, le plus florissant de l'Europe, frappé de tous