‹ MassillonChapitre 6 sur 215 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ver ne s'en va sans la visiter. Quand on en a franchi le seuil on entre de plain-pied dans un appartement où se lit cette simple inscription : « Le vertueux et immortel évêque de Clermont, Jean-Baptiste Massillon, de l'Académie française, reçut le jour dans cette chambre le 24 juin 1663 (1). » Le propriétaire actuel de cette maison, où s'est conservé si fidèlement un glorieux souvenir, n'a pas toujours réussi à préserver le bois et la pierre de la rapacité proverbiale des anglais qui poussent jusqu'au fanatisme le culte des reliques littéraires, sans doute parce qu'ils ont proscrit le culte des reliques religieuses. On nous a montré une porte dont il a fallu remplacer les panneaux inférieurs, parce qu'ils avaient été dévastés par le couteau des ■ touristes anglais, désireux de remporter de leur voyage un morceau de la porte qui fermait la chambre de Massillon.

Très-sobres de détails sur ce qu'irnous importerait le plus de savoir, les premiers biographes de l'évêque de Clermont ont cru devoir nous dire que lorsqu'il était enfant, un de ses amusements favoris était d'aller, avec quelques-uns de ses condisciples, entendre laparole sainte. Le sermon fini, il les rangeait en cercle, se plaçait au milieu d'eux et leur répétait tout ce que sa mémoire lui rappelait du discours du prédicateur, animant son débit des grâces naturelles de son geste et de sa voix. Que d'enfants qui ne seront jamais des Massillon sont poussés par un instinct mné d'imitation à essayer de redire, devant un auditoire de leur âge ou dans un cercle de famille, les discours qu'ils ont entendus l Le père du

(1) C'est un ministre protestant qui a fait placer cette plaque, avec l'autorisation de l'arrière-neveu de Massillon, alors propriétaire de la maison où est né l'illustre orateur. Une autre inscription est gravée sur le côté de la plaque qui regarde la muraille, mais on n'a pas pu nous en faire connaître la teneur.

jeune orateur ne vit pas dans ces fragments de sermon récités par son fils un signe de vocation. Il l'avait confié de bonne heure aux pères de l'Oratoire, qui avaient à Hyères une maison florissante ; mais sa troisième achevée, il le retira du collège. 11 le destinait au notariat et pensait qu'il n'avait pas besoin de se livrer à de plus hautes études. Les goûts littéraires du jeune Massillon étaient déjà trop excités pour qu'il pût se conformer de bon cœur aux désirs de son père. Il le supplia de le laisser achever ses études. Les pères de l'Oratoire, qui avaient été frappés des rares aptitudes de leur élève, unirent leurs instances aux siennes. Vaincu enfin par de si pressantes sollicitations, le père cessa de s'opposer aux desseins de Dieu sur son fils. Massillon fut envoyé à Marseille pour y terminer ses études dans le collège que dirigeaient les pères de l'Oratoire.

Fondé en 1611 par le cardinal de Bérulle, la congrégation de l'Oratoire, dont nous aurons à parler plus d'une fois, s'était propagée avec une merveilleuse rapidité. Dès 1619, elle était répandue dans tout le Midi. Les Oratoriens étaient déjà établis à Marseille depuis sept ans, lorsque le collège de la ville leur fut remis, en ^625, par les consuls. Longtemps la jeunesse de Marseille n'avait été instruite que par des régents particuliers, des maîtres d'école recevant chez eux les enfants pour leur apprendre la grammaire ou les belles-lettres, sans autre contrôle et sans autre protection que celui de la co77i- 7nunauté ou des magistrats qui administraient la ville.

Vers le milieu du XIV" se forma une sorte de collège communal dont le directeur reçut de la ville une rétribution, à la charge de donner par lui-même ou par ses adjoints un enseignement déterminé. En ^ 543, le conseil municipal mit au concours la charge de grand-malire des écoles. Les gages annuels de ce grand -maître furent fixés

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