‹ MassillonChapitre 52 sur 215 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Rohan, qui ne voulait ni se priver d'un plaisir ni renoncer à un acte de piété, fit résoudre ce cas de conscience à son propre directeur. Le P. Desmaisons écrivit une lettre pour prouver par toute sorte de textes et de raisons que le bal et la communion ne sont pas incompatibles. A cette lettre, il fut fait réponse. On répliqua, on répondit de nouveau, et le livre d'Antoine Arnaud naquit de cette correspondance (1). Il fut publié en 164.3 par ordre de Saint-Gyran. Le grand docteur Janséniste déclare que nul ne peut recevoir l'Eucliaristie s'il n'a le plus pur amour de Dieu, sans mélange. Il établit qu'aucun pécheur ne doit être admis à la sainte Table avant d'avoir fait une longue pénitence, et chaque faute mortelle oblige à se tenir éloigné de la communion pendant plusieurs mois. Massillon est-il moins rigoriste? « Mes Frères, dit-il, si la communion ne fait pas naître J.-G. dans nos cœurs, elle l'y fait mourir; si elle ne nous rend point participants de son esprit et de ses grâces, elle est pour nous l'arrêt de notre condamnation ; si elle n'est pas pour notre âme un fruit de vie, elle est un fruit de mort : alternative terrible qui doit nous faire trembler, mais qui ne doit pas nous éloigner entièrement de la Table sacrée. » Arnaud n'aurait pas mieux dit. Pour l'orateur, comme pour le controversiste de la secte, point de milieu entre la dignité parfaite et l'indignité. Ils oublient que l'Eucharistie est devenue la nourriture des voya-

(1) Malgré sa conduite plus que mondaine, M™^ de Guéméné trouvait donc des jansénistes pour l'absoudre. Ces austères censeurs croyaient donc aussi « qu'il est avec le ciel des accommodements. » « Oh! Madame de G-uéméné, des deux partis, le meilleur pour vous eût été d'aller au bal et de ne pas communier. Vous êtes de celles qui détournent les moucherons et qui avalent les chameaux. D'après ce que de Retz nous raconte de vous, si vous vous étiez agenouillée dans le confessionnal de saint Alphonse, vous en seriez sortie sans l'absolution. » — {La sainte Communion, par le P. Dalgairus, eh. vni. Sévérité et rigorisme.)

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geurs, cibus viatorum, et se souviennent seulement qu'elle est le pain des anges. Quelle est la foi que Massillon exige de ceux qui désirent communier? Ce n'est point celle qui croit et qui aime, c'est celle qui croit et tremble. «.... Je parle de cette foi respectueuse qui est saisie d'une horreur de religion à la seule présence du sanctuaire. . . . qui, du plus loin qu'elle découvre Jésus- Christ sur Fautel, sent un éclat de majesté qui la frappe, l'interdit, la trouble, lui fait craindre qu'elle ne vienne s'y présenter sans son ordre. » Il rappelle, comme Arnaud, l'ancienne discipline de l'Eglise touchant la pénitence publique; il demande qu'entre Tabsolution et la communion s'écoule un certain temps d'épreuve. Il veut qu'on accoutume peu à peu le cœur à l'Eucharistie. « Il faut, dit-il, le préparer par la retraite, par la prière, par la fuite des occasions, par des victoires journalières sur vous-même, et par ces longues et sages épreuves, le fortifier et le rendre capable de recevoir Jésus-Christ. » Ainsi la communion n'est plus le remède des âmes faibles, c'est la récompense des parfaits, a Une vie molle et sensuelle ne peut être qu'un préjugé d'une communion indigne. La vie de la plupart des gens du monde, de ceux même qui ne sont pas dans le désordre ... est une vie qui n'annonce pas la mort du Seigneur, et qui dès lors vous exclut de ce mystère. ... Le pain de vie se change en poison pour la plupart des tidèles. . . L'autel voit presque plus de crimes que le théâtre, Jésus-Christ est plus outragé dans son sanctuaire que dans les assemblées des pécheurs ; les solennités ne sont plus que des mystères de deuil pour lui et des jours établis pour le déshonorer. »

On est vraiment affligé de rencontrer dans Massillon de si regrettables exagérations. Il n'y a rien de plus choquant dans le livre de la fréquente communion. Si un pa-

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