‹ MassillonChapitre 53 sur 215 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

reil rigorisme devenait général, la Sainte Table serait bientôt désertée. Qui pourrait se flatter d'avoir toutes les dispositions exigées par l'école janséniste ? Les jésuites prêchaient une doctrine à la fois moins sévère et plus orthodoxe. Ils comprenaient que décourager les âmes et les tenir éloignées de l'autel, c'était ruiner lentement, mais sûrement, la pratique de la religion, et avec elle la foi catholique . Ils aimaient mieux être trop faciles que trop rigides. Le concile de Trente, disaientils, a déclaré que, selon la coutume observée de tout temps dans l'Eglise, l'épreuve que l'apôtre saint Paul demande par ces paroles : Probet autem seipsum homo, consiste en ce que nul ne doit s'approcher de l'Eucharistie, s'il se sent coupable de quelque péché mortel, sans s'être confessé et avoir reçu l'absolution. Donc, 1° tout homme qui, après avoir examiné sa conscience avec soin, n'y reconnaît aucun péché mortel, peut communier utilement, puisqu'il s'est éprouvé, et n'a rien trouvé qui puisse le rendre incapable du corps et du sang de Jésus-Christ; 2° celui qui, sentant sa conscience chargée d'un ou plusieurs crimes, se confesse et se réconcilie avec son Dieu, peut communier utilement, puisqu'il a pratiqué l'épreuve que l'Eglise ordonne, selon la déclaration du concile de Trente (Session 13, chap. 7). « Pourquoi l'empêcher de recevoir son Créateur en cet état ? Pourquoi différer longtemps sa communion? Ne vaut-il pas mieux serrer le nœud de sa réconciliation le plus tôt possible? Le père de l'enfant prodigue tarda- 1il de l'admettre au banquet de réjouissance après lui avoir pardonné sa faute ? N'est-il pas mieux de se prémunir contre des tentations qui pourraient amener des rechutes, et de se fortifier contre les faiblesses de sa chair par celle du Sauveur ? A quoi bon ces délais de tant de semaines, de tant de mois, et quelquefois de tant

d'années ? sinon pour priver d'un remède ceux qui en ont besoin (1). »

Quelques expressions inusitées permettraient de croire que Massillon a écrit le sermon sur les dispositions à la communion pendant sa jeunesse, et lorsqu'il subissait l'influence de la théologie enseignée à l'Oratoire. « Notre esprit ne pourrait s*en désoccuper, nous ne verrions plus que Jésus-Christ. » — « Vous le mettez dans un cœur usé que des passions envieillies ont affaibli. » Mais on ne peut douter que ce sermon n'ait été prêché plusieurs fois. Évidemment ce sont des événements postérieurs à 1699 qui ont inspiré à Massillon cette belle prosopopée à propos des châtiments célestes qui punissent les sacrilèges : « Ah! vous nous frappez depuis longtemps, Seigneur ; vous versez sur nos villes et sur nos provinces la coupe de votre fureur ; vous armez les rois contre les rois et les peuples contre les peuples ; on n'entend parler que de combats et de bruits de guerre ; vous faites pleuvoir du ciel la stérilité sur nos campagnes ; le glaive de l'ennemi dépeuple nos familles et ôte aux pères la consolation de leurs vieux ans... »

Nous devons signaler, dans l'Avent de Massillon, deux sermons dont Jésus-Christ est l'objet direct. Le premier, pour le jour de Noël, ne dépasse pas la mesure des prédications ordinaires. Il expose les bienfaits que la naissance du Sauveur est venue apporter à la terre. L'hymne chantée par les anges au-dessus des collines de Bethléem fournit une division naturelle et pour ainsi dire obligée qui prête à de beaux développements oratoires. La naissance de Jésus-Christ a rendu à Dieu la gloire que les hommes avaient voulu lui ravir; elle a rendu aux hommes la 'paix qu'ils n'avaient cessé de se ravir à eux-

(1) Sermons du P. François Duneau , de la Compagnie de Jésus. . I, p. 456.

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