‹ MassillonChapitre 58 sur 215 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

torien et l'exhorter à marcher résolument dans la voie qu'il venait de se frayer . Quel autre que ce prédicateur' si habile à donner un tour élégant et persuasif aux pensées les plus graves, pouvait Taider plus puissamment à convertir la cour comme elle avait converti le roi? La station de l'Avent n'était d'ordinaire que le prélude de la station du Carême. Massillon prêcha deux Carêmes devant Louis XIV, l'un en 1701 et l'autre en 1704, année fatale qui vit descendre dans la tombe les deux maîtres les plus illustres de l'éloquence de la chaire : Bôssuet et Bourdaloue (1).

Un mot de la préface des sermons de Massillon, écrite par son neveu, qui devait être, ce semble, mieux informé que personne, pourrait faire supposer qu'après l'Avent de 1699 l'illustre Oratorien n a prêché qu'un Carême devant Louis XIV. « En 1704, lisons-nous dans cette préface, il parut pour la seconde fois à la cour. » Il faut ajouter, croyons-nous : « pour y prêcher le Carême. » Plusieurs critiques ont conclu de cette phrase que Massillon n'avait pas été chargé de la station de 1701. Le P. Bougerel, dans sa -trop courte notice, ne parle que du Carême de 1704 prêché à la cour et ne dit rien de celui de 1701. Ce point reste à éclaircir, dit M. Sainte-Beuve. Cependant il se range de l'avis des biographes qui font monter deux fois Massillon dans la chaire de Versailles, comme prédicateur du Carême. Il suffit de quelques textes et de quelques observations pour éclaircir ce point.

La péroraison du sermon pour le jour de Pâques prouve

(1) L'Avent et le Carême furent prêches d'abord devant la cour par un des huits prédicateurs du roi, choisis parmi les plus habiles théologiens du royaume. Plus tard, à chaque station, un prédicateur fut désigné par le grand aumônier qui appelait tour à tour les prédicateurs les plus en renom, quand il n'était pas obligé d'appeler les plus en faveur.

qu'il a été prononcé en 1704. L'orateur, terminant sa péroraison par une prière, demande à Dieu de sanctifier la duchesse de Bourgogne, Adélaïde de Savoie. Cette princesse allait mettre au monde un fils qui reçut le titre de duc de Bretagne et ne vécut que huit mois. « Sanctifiez cette princesse qui porte en son sein l'espérance de l'État et qui en fait elle-même l'amour et les plus chères délices. » Du reste si Massillon avait terminé autrement son sermon nous saurions qu'il a prêché le Carême à la cour en'l 704, par ces mots d'une lettre de Madame de Coulanges à Madame de Grignan, en date du 3 mars 1704 : « Le P. Massillon réussit à la cour comme il a réussi à Paris, mais on sème souvent dans une terre ingrate, quand on sème à la cour. C'est-à-dire que les personnes qui sont fort touchées des sermons sont déjà converties et les autres attendent la grâce souvent sans impatience ; l'impatience serait déjà une grande grâce. » Le Carême de 1704 ne peut donc faire Tobjet d'aucun doute.

Quant au Carême de 1701, nous en avons pour garant le journal de l'abbé Ledieu, où nous lisons : « Mardi 1^'^ mars 1701, coucher à Versailles, jeudi, séjour à Versailles, et vendredi (4 mars 1701), il (Bossue t) y entendit le sermon de la samaritaine prêché par le P. Massillon, dont il fut très-content. 5) A ce témoignage nous ajouterons celui de Dangeau, qui écrit le 17 mars 1700 : « Le roi a nommé pour TA vent le P. Maure qui n'a jamais prêché ici, mais qui est en grande réputation, et pour le Carême le P. Massillon qui prêcha ici J'Avent dernier; ces deux prédicateurs sont pères de l'Oratoire. On choisit toujours les prédicateurs en ce temps-ci, afin qu'ils aient le loisir de travailler à leurs sermons. » Enfin nous lisons dans la Gazette de février 1701 : « Le 13, premier dimanche de Carême, le Roi, accompagné de Madame la duchesse de Bourgogne, entendit dans la cha-

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