‹ MassillonChapitre 59 sur 215 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pelle du château la prédication du P. Massillon, prêtre de l'Oratoire. y> Du reste, il suffit de rapprocher le grand Carême et les sermons sur les mystères pour se convaincre que Massillon a dû prêcher devant la cour deux stations quadragésimales. Il nous a laissé deux sermons sur la passion et deux sermons pour la fête de Pâques. Nous chercherions en vain, dans ses œuvres, deux sermons pour la fête de la Pentecôte ou pour celle de la Toussaint. Il y a plus, le carême, à la cour, s'ouvrait le jour de la fête de la purification. Or, nous trouvons précisément deux discours pour cette fête dans les sermons sur les mystères. Pour aucune autre fête, Massillon n'a écrit deux sermons. De ces observations nous pouvons conclure que Massillon a composé deux Carêmes complets qui ont du. être prêches l'un et Tautre devant la cour. L'éditeur, au lieu de partager les sermons de son oncle en deux Carêmes distincts, les a tous réunis, en les rapportant aux divers jours de la semaine. Il y a joint les plus beaux sermons pour le vendredi saint et pour la fête de Pâques et il a donné à cette collection le nom de grand Carême. Il a publié ensuite, sous le titre de « sermons pour les mystères » tous ceux qu'il n'avait pas fait entrer dans ce recueil : les deux sermons pour la purification, la seconde passion et le second discours pour la fête de Pâques (1).

La seconde Passion de Massillon est beaucoup moins connue que la première. Elle est cependant plus fortement pensée, quoiqu'elle ne puisse attendrir si profondément l'auditeur. Elle se rapproche du genre de Bourdaloue et doit avoir été prêchée pendantle Carême de 1701.

(1) M. l'abbé Blampignon, dans son édition de Massillon, indique avec beaucoup de sagacité quels sont les sermons qui appartiennent, sûrement ou probablement, au premier Carême, et quels sont ceux qui appartiennent au second.

Massillon nous présente la Passion d'abord comme a la plus grande preuve de l'opposition du monde pour la vérité, » puis comme « le plus grand témoignage rendu à la vérité par Jésus-Christ. » Tel est son plan, déjà préparé par son texte : Ad hoc veni in mundum ut testimonium perhibeam veritati. Le monde prouve son opposition à la vérité pendant la passion du Sauveur. Les apôtres se montrent opposés à la vérité de sa doctrine. Les prêtres et les docteurs de la loi se montrent opposés à la vérité des Écritures, le peuple juif se montre opposé à la vérité des miracles du Sauveur, Pilate se montre opposé à la vérité de son innocence, Hérode à celle de sa royauté. Tandis que le monde s'aveugle et résiste à la vérité, Jésus-Christ lui rend, pendant sa passion, un éclatant témoignage. Il confirme la vérité des Écritures en les accomplissant par sa mort, il confirme sa doctrine par ses opprobres et ses souffrances, il rend témoignage à la vérité de ses miracles en les renouvelant, il donne une preuve suprême de son innocence en priant pour ses ennemis , il confirme sa royauté en conquérant le monde par sa croix. Un passage de ce sermon nous semble indiquer suffisamment qu'il a été prêché à la cour. Après avoir raconté comment Hérode fit revêtir le Sauveur d'une robe blanche ainsi qu'un insensé, Massillon ajoute : c( Voilà, mes frères, comme Jésus-Christ dans ses serviteurs est tous les jours traité dans le monde, et surtout à la cour des rois. Si les gens de bien s'y dispensent de certains plaisirs; s'ils se taisent à certains discours; s'ils ne se conforment pas à certains usages ; s'ils se font un scrupule de certains abus que l'exemple commun autorise; loin d'admirer en eux la force de la grâce et la grandeur de la foi, qui peut résister au torrent des plaisirs et des exemples, on traite leur piété et la magnanimité de leur vertu de petitesse d'esprit. . . On se croit né

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