‹ MassillonChapitre 60 sur 215 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

pour de plus grandes choses que pour servir Dieu, que pour sauver son âme, que pour mériter un royaume immortel, que pour être reçu dans cette cité éternelle où tous les citoyens seront rois , et où, toute grandeur anéantie, ils jouiront seuls de l'immortalité et de la gloire (1).

La première Passion de Massillon est célèbre par le beau commentaire qu'il a fait de la parole que le Sauveur prononça sur la croix avant d'expirer ; consummatum est, tout est consommé. On a dit que cette heureuse application du texte sacré ne lui appartenait pas et qu'elle avait été développée avant lui dans plusieurs ouvrages. Massillon a pris son bien où il l'a trouvé. Il a rencontré dans un traité ascétique une idée qui l'a frappé. Il a donné à cette idée un développement oratoire que personne avant lui n'avait songé à lui donner. Dans les méditations sur les sublimes excellences du Verbe incarné, livre substantiel que Bossuet lisait souvent, et où le P. Bourgoing se montre digne disciple du cardinal de BéruUe et du P. de Gondren, le consummatum est est ainsi expliqué : « La consommation accomplie par Jésus-Christ à été multiple. IMl a consommé les promesses de Dieu, les prophéties et les figures de l'ancienne loi. 2° Il a consommé les volontés

(1) Dans le second sermon pour le jour de Pâques nous ne trouvons aucun passage qui prouve aussi clairement qu'il a été prêché devant la cour, mais une allusion au quiétisme peut nous donner sa date approximative. Pendant les premiers siècles chrétiens, dit Massillon, « on n'avait pas encore fermé le sein de la gloire aux fidèles pour les en rendre plus dignes ; on n'avait pas encore fait une perfection monstrueuse d'être indifférent aux promesses de la foi, pour y arriver plus sûrement ; on aurait eu horreur de penser que le salut dût être le fruit du désespoir ou de l'indifférence pour le salut même. » Le quiétisme fut condamné à la fin de l'année 1699. Ce n'est pas cinq ans après que Massillon a pu songer à faire allusion à cette erreur. Il est probable qu'il écrivit ce sermon pour la fête de Pâque lorsqu'il eut à prêcher le Carême dans l'église de l'Oratoire, en 1699j et qu'il le répéta ensuite devant la cour en 1701.

1H massïllon

de son père céleste. 3° Il a consommé les labeurs de sa vie mortelle et les douleurs de sa passion. » Evidemment il y a là le germe de la magnitique division de Massillon, mais il fallait le génie de l'orateur pour savoir le développer, llfautêtrecréateuretnonpointsimplementimitateur, pour animer ces lignes arides et en tirer tout un discours de l'effet le plus puissant, dont ces quelques mots indiquent tout le dessin: « La mort du Sauveur renferme trois consommations qui vont nous expliquer tout le mystère de ce grand sacrifice dont l'Église honore le souvenir : une consommation de justice du côté de son père, une consommation de malice de la part des hommes, une consommation d'amour du côté de Jésus-Christ. Ces trois vérités partageront tout ce discours. » Le simple rapprochement du plan de Massillon et du texte du P. Bourgoing prouve que les prédicateurs peuvent tirer un grand profit de la lecture des auteurs ascétiques. Eclairés par une lumière surnaturelle, dans leurs pieuses méditations, ces auteurs expriment souvent en quelques paroles brèves et sans art les plus hautes pensées. C'est à l'orateur à les découvrir et à comprendre qu'il ne faut qu'une étincelle jaillie d'un cœur éloquent pour dilater ces pensées, pour leur donner Tampleur et la magnificence d'expression dont elles sont susceptibles, pour impressionner par elles un auditoire, fournir à sa ferveur un aliment ou fortifier ses convictions.

Pour la seconde fois , en 1701 , Massillon monta dans une chaire d'où venait de descendre le P. Maure, écouté alors avec une faveur unanime dans la chapelle de Versailles, comme dans l'église de l'Oratoire. Massillon eut besoin de tout son mérite pour réussir après le P. Maure. Ce prédicateur, dont les sermons n'ont jamais été imprimés, est oublié aujourd'hui, malgré la célébrité qui entoura justement son nom quand il parut à la cour; mais

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