‹ MassillonChapitre 7 sur 215 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

à cent écus d'or. Il reçut en outre dix écus pour son logement. On lui imposa l'obligation d'avoir trois bacheliers « de bon exemple et bien morigénés, un pour les petits enfants et les autres deux pour les grammairiens et les humanistes. » L'enseignement comprenait la grammaire, la poésie et l'art oratoire. Il était complètement gratuit pour les Marseillais. Les étrangers devaient donner deux sous par mois, et quatre s'ils recevaient des leçons de grec. Les consuls s'engagèrent à user de tout leur pouvoir pour interdire dans la ville les établissements particuliers d'instruction et obliger ainsi les écoliers à suivre les cours de l'école communale.

Par lettres-patentes du 16 août 1571, Charles IX permit aux Marseillais, sur leur réquisition, d'ériger un collège à l'instar de ceux de Paris, avec défense de tenir des écoles particulières. Déjà les villes de province tournaient leurs regards vers Paris pour y chercher des modèles, mais elles conservaient encore leur vie propre. Chacune avait son collège qui faisait partie de ses institutions. Elle déterminait le nombre des professeurs, elle les examinait et jugeait leur enseignement : elle s'appliquait à donner à ses écoles un éclat qui contribuait à sa gloire. La centralisation] n'étendait pas alors sur toute la France le même niveau. L'Etat ne s'attribuait pas les fonctions naturelles des communes. L'université n'avait pas encore remplacé les universités. Le collège de Marseille eut d'abord quelque peine à s'élever à la hauteur de ceux de Paris. En 1616, l'administration mnnicipale en donna la direction à messire Olivier, docteur en théologie, à la charge par lui d'entretenir huit régents ou professeurs. Il y eut alors deux classes de philosophie, une de rhétorique, une d'humanité et quatre de grammaire. Les régents furent tenus de faire chaque jour deux leçons de deux heures chacune. L'enseignement

fut déclaré tout-à- fait gratuit. Les étrangers eux-mêmes furent dispensés de toute rétribution. On renouvela les défenses contre les instituteurs privés, mais seulement en ce qui concernait la philosophie, la rhétorique et les humanités. Lorsque les Oratoriens eurent fondé de nombreuses maisons dans le Midi de la France, le conseilmunicipal de Marseille jugea qu'une corporation religieuse dirigerait le coUége avec plus de succès qu'un particulier. On litdansla délibération du 18 février 1625 : « L'assemblée faisant considération aux mérites des pères de l'Oratoire qui font profession d'endoctriner le peuple, délibère que l'exercice, conduite et direction du collège leur sera remis et donné à perpétuité, à condition qu'ils seront tenus de tenir toutes les classes de philosophie et de rhétorique et aultres des humanités, à toujours garnies et pourveues de bons docteurs et capables régents, qu'ils ne pourront établir pour régents aulcuns estrangers et establiront des François de nation et subjects du Roy (1). D

Dès qu'il fut remis entre les'^mains des pères de l'Oratoire, le collège de Marseille put rivaliser avec tous les établissements du même genre. On y fit des études sérieuses ; il fut fréquenté par de nombreux élèves. Les directeurs n'épargnèrent rien pour donner à la fois aux jeunes gens qui leur étaient confiés une instruction profonde et une solide piété. Pourtant ce collège ne put pas échapper entièrement aux dangers qu'entraîne toujours

(1) V. Augustin Fabre : Notice historique sur les anciennes rues de Marseille démolies en 1862 pour la création de la rue Impériale, p. 229 et suiv. — Le contrat de cession perpétuelle du collège de Marseille fut passé le 26 février 1625, entre les consuls et le P. Pierre de Coreys, supérieur de la maison de l'Oratoire, assisté de Paul Matezeau, docteur en théologie, stipulant tous les deux pour leur congrégation, en vertu du pouvoir dont ils étaient investis. Ce contrat fut ratifié par Pierre de Bérulle et confirmé par lettres-patentes de Louis XIII.

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