‹ MassillonChapitre 61 sur 215 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

il doit nous être permis de consacrer ici quelques lignes à sa mémoire .

Le P. Maure était né la même année que Massillon , dans l'antique ville d'Arles. Entré de bonne heure à TOratoire, il professa d'abord la rhétorique, puis fut destiné à la chaire par ses supérieurs , frappés de ses heureuses dispositions. Après s'être occupé uniquement pendant quelques années de l'étude de la religion , il donna aux villes de Gaen et de Rouen les prémices de son ministère. Le général de l'Oratoire se hâta de l'appeler à Paris. Il y obtint le même succès qu'en province. La cour voulut Tentendre. Il prêcha devant le roi l'Avent de l'année 1700 avec un succès qui dépassa les espérances de ses supérieurs. Il reparut devant la cour pendant l'Avent de l'année 1704. Dès ses premiers sermons, Louis XIV, après lui avoir témoigné sa satisfaction, lui demanda quel âge il avait. « — Sire, répondit-il, trente-six ans. — Vous avez bien employé votre temps , » lui dit Louis XIV. Le jour de Noël , le P. Maure adressa au grand roi un compliment qui fut regardé comme un chef-d'œuvre. On le lui demanda avec empressement pour le faire imprimer , mais il le refusa. Le duc du Maine lui promit de ne le faire voir qu'à la duchesse , qui ne l'avait pas entendu ; mais il ne put se résoudre à le lui donner par écrit ; il alla seulement le réciter à cette princesse qui parut satisfaite de sa complaisance. A cette époque, aucun sténographe n'allait s'asseoir traîtreusement au pied d'une chaire, afm de livrer au public des paroles qui n'étaient pas dites pour le public.

Pour donner une juste idée du talent de ce modeste prédicateur, il nous suffira de citer quelques hgnes d'une brochure qui parut en 1704, à Liège, sous ce titre : Caractère desRR. PP. Maure et Massillon : « Deux nouveaux orateurs , sortis d'une même province , élevés dans une

même congrégation , illustres par des talents différents , s'emparent des suffrages qui semblaient n'être dus qu'à Bourdaloue. Ils entrent en vogue le premier jour qu'ils montent en chaire; un Avent fait la réputation de l'un; un Carême place l'autre au-dessus de tous les hommes éloquents. Le P. Maure possède tous les avantages du dehors. Sa physionomie est agréable, sa voix nette et son action très-formée. Il prononce aussi bien qu'il écrit. Sa composition est délicate et sa manière de débiter trèsprévenante. Il excelle dans la morale. Ses discours ne sont guères moins solides que fleuris, ni ses descriptions moins vives que régulières. Son feu diminue rarement, sa justesse n'altère jamais la vivacité de son style. Il connaît parfaitement le cœur de l'homme. On se reconnaît dans les portraits qu'il ébauche, rien ne manque à ceux qu'il achève ; du reste ce ne sont point de ces peintures vagues ; la ressemblance y est entière. Ce ne sont point aussi des images profanes, plus propres à faire aimer le vice agréablement représenté qu'à en inspirer l'horreur. Il peint en orateur chrétien. Il n'imite pas ces hommes qui par un faux zèle subtilisent les traits d'une sainteté mondaine avec les douces corrections de l'Évangile. Trop jeune pour être consommé, mais doué d'un beau génie, il possède ce que les autres ne peuvent obtenir que des années et d'un long travail. Une heureuse invention lui tient lieu d'expérience. L'art n'est pas toujours également déguisé dans toutes ses pièces; elles font admirer son esprit, et, si j'ose le dire, elles le découvrent quelquefois un peu trop. D'aussi belles dispositions nous donnent de grandes espérances. Il aura peu d'égaux quand il les auia remplies; il pourra même les surpasser, et la cour où il a paru n'a pas été l'écueil de sa réputation (1). »

(1) Nous donnons ce portrait d'après un manuscrit de la bibliothèque d'Aix ; Vies des Pères de l'Oratoire. M. l'abbé Blampignon a

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