CHAPITRE V
plusieurs d'entre eux des points de vue qui ne manquent ni de sagacité, ni de profondeur. On trouve quelquefois dans un seul discours la matière et les divisions de plusieurs sermons, et on peut assurément en extraire plus d'or que Virgile n'en trouvait dans Ennius.
Une rapide analyse du sermon de Saurin sur la manière d'entendre la parole de Dieu et d'étudier la religion, achèvera de donner une exacte idée de son éloquence. Il prend pour texte un verset de Fépitre de saint Jacques qu'il traduit ainsi : « Celui qui aura regardé attentivement dans la loi parfaite , qui est celle de la liberté, et qui aura persévéré, n'étant point un auditeur qui oublie, mais mettant en effet l'œuvre, celuilà sera heureux en ce qu'il aura fait. » Ce langage est barbare, mais les protestants voulaient que la Bible fût traduite en langue vulgaire. Selon sa coutume, Saurin commence par expliquer longuement son texte. « Attachons de justes idées aux expressions de l'Apôtre, dit-il; celle qui a le plus besoin d'être expliquée est celle-ci : La loi parfaite qui est celle de la liberté. » Il montre comment, d'après ces paroles, 1» la religion est une loi et par conséquent une science pratique ; 2° une loi parfaite. Elle émane d'un pouvoir légitime,- — elle est praticable,— elle est soutenue de grands motifs ; 3^ une loi de liberté, car être asservi aux lois de l'Evangile et être affranchi de l'esclavage du péché, c'est une seule et même chose. Après ce préambule, Saurin entre dans son sujet. Quatre sortes d'hommes écoutent mal la parole de Dieu et ne peuvent obtenir le bonheur dont parle saint Jacques. En effet, pour être heureux, d'après le texte de l'Apôtre, il faut : 1° regarder attentivement dans la loi parfaite ; or, il y a des auditeurs qui s'arrêtent à l'écorce de la loi ; 2*^ il faut avoir persévéré ; or, il y a des auditeurs qui se lassent dans les travaux qu'ils entre-
prennent pour étudier la religion; 3* il ne faut être point un auditeur qui oublie ; or, il y a des auditeurs dont les idées s'effacent incontinent après qu'ils les ont reçues; 4° il faut mettre en effet l'œuvre ; or, il y a des auditeurs qui négligent de pratiquer la doctrine qu'on leur enseigne. Tels sont les quatre points du sermon. En les développant, Saurin se permet diverses digressions. Ainsi, pour montrer comment il faut persévérer dans l'étude de la religion, il suppose qu'il est chargé d'instruire un enfant d'un heureux naturel, et il déroule tout un plan d'éducation. Il donne quelques conseils pratiques aux auditeurs qui oublient ce qu'ils apprennent au sermon, parce qu'ils n'ont pas une bonne mémoire. Enfin, il combat les prétextes allégués parles auditeurs qui ne veulent pas mettre en pratique la doctrine qu'on leur expose. Ici le sermon touche à sa fin, et Saurin quitte le ton du professeur pour prendre le ton oratoire. Il a des mouvements très- heureux et son style se ressent de la chaleur soudaine de son âme . Nous citerons textuellement un passage qu'on peut rapprocher de la première partie du sermon de Massillon sur la parole de Dieu.
« Troisième prétexte : La parole de Dieu est mal prêchée. Les sermons n'ont pas toute |la justesse, toute la profondeur qu'il est nécessaire pour inculquer la religion. Vains discours encore. La parole de Dieu est mal prêchée, dites-vous ; mais vous qui vous donnez la licence déjuger des sermons en dernier ressort, avez-vous, pour la plupart, des idées saines de la prédication? Savezvous distinguer ce que c'est que bien prêcher et ce que c'est que mal prêcher ? Des gens qui n'ont ni principes, ni éducation, des gens nourris d'illusions etdepréjugés, des gens qui ne connaissent nos sermons que par l'ennui qu'ils leur ont causé, des gens qui ont l'esprit rempli