CHAPITRE V
d'objets grossiers et matériels, des gens qui n'apportent à nos exercices qu'une attention superficielle et qui sont plus occupés, en nous écoutant, de cette partie de jeu qu'ils viennent de quitter et de celle qu'ils s'apprêtent à lier, que des vérités qu'on leur annonce, des gens de cet ordre savent-ils ce que c'est que bien prêcher ? Est-ce à des gens de cet ordre de déterminer si un homme raisonne avec précision ou s'il se perd dans les espaces des généralités et des idées vagues, s'il cite avec exactitude ou s'il forge lui-même ses autorités, s'il enseigne selon « l'analogie de la foi, » ou s'il débite ses propres chi~ mères? La parole de Dieu est mal prêchée! Mais entrez dans votre conscience ; rappelez le souvenir des sermons qui vous ont paru les moins supportables et qui étaient en effet les moins réguliers. En avez-vous entendu quelqu'un qui ne pût vous être utile? En avez-vous entendu quelqu'un qui ne fût propre à vous inspirer de sérieuses réflexions sur vous-mêmes, si vous l'aviez écouté dans le dessein de vous connaître et de vous corriger? La parole de Dieu est mal prêchée! Ah! si cette manne dont vous êtes si dégoûtés parce qu'elle tombe tous les jours à vos portes, si cette manne était accordée à ces pauvres réformés qui éprouvent l'effet de la menace que Dieu faisait autrefois à l'ancien peuple : Je leur enverrai une famine^ non pas une famme de pam^ mais une famine d'ouïr la parole de Dieu ; si le moindre de ces sermons dont vous êtes si las était adressé à nos pauvres frères, si le plus petit de ces pasteurs qui vous prêchent était envoyé à ces brebis égarées de la maison d'Israël qui ont été arrachées du bercail du Seigneur et qui n'y rentreront peut-être jamais, qu'elles regarderaient avec d'autres yeux le ministère dont vous jouissez ! La parole de Dieu est mal prêchée ! et que ne faites-vous chacun vos efforts pour qu'elle soit prêchée avec plus de force?
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Que ne destinez-vous au saint ministère ceux de vos enfants en qui vous trouvez les talents propres à le remplir avec édification et avec éclat? Que n'avez-vous de la vénération pour un emploi que votre Rédempteur et votre Dieu n'a pas dédaigné lui-même d'exercer ? Que ne formez- vous des établissements pieux en faveur de ceux qui, voulant se vouer à cette charge, manquent de facultés pour fournir aux frais de l'étude ?. .. . »
Ce passage est certainement éloquent. Il y a dans ces répétitions, dans ces interrogations multipliées, Ténergique vivacité d'une âme indignée d'avoir à combattre sérieusement de pitoyables prétextes. Saurin termine souvent ses longs discours par de pareils mouvements oratoires; mais le style laisse toujours à désirer. Lorsqu'on lit un sermon de Massillon après un sermon de Saurin, on mesure la différence qui sépare l'éloquence qu'admirait la cour de Louis XIV de l'éloquence qu'admiraient les Hollandais (1).
Après le sermon sur la parole de Dieu, il faut lire
(1) Que les protestants appellent Saurin leur Chrysostôme, c'est leur droit, s'ils n'ont pas d'autre bouche d'or. Mais le pasteur Van Oosterzee dépasse toute mesure quand il écrit que « les catholiques romains eux-mêmes s'accordèrent à élever Saurin au-dessus de l'illustre phalange de leurs orateurs français. » Nous le défions de citer un seul écrivain catholique qui ait mis Saurin, non pas au-dessus, mais seulement à côté de nos grands prédicateurs. Tout critique sérieux confirmera le jugement de Maurj, que le même auteur trouve injuste et qui est très-impartial. Du reste, le pasteur Van Oosterzee a détruit lui-même refi"et de ses exagérations en rapportant l'anecdote suivante : « Nous croyons entendre cette question bien naturelle : recommanderiez-vous Saurin comme modèle du prédicateur pour notre époque? .... Il n'est pas difficile de répondre. « Etudiez-vous vous-même, disait un jour Van des Palm (célèbre professeur de Leyde) à un jeune homme qui lui demandait quel modèle il devait surtout étudier. Comme ce jeune homme ne se contentait pas de ce conseil plein de sens. Van des Palm reprit : « Eh bien, étudiez Massillon ! » {Jacques Saurin, par Van Oosterzee, pasteur à Rotterdam, p. 117).