‹ MassillonChapitre 69 sur 215 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ner. « Femmes du monde, à quoi bon tout cet appareil, je ne dis pas seulement de faste et de vanité, mais d'immodestie et d'impudeur , avec lequel vous venez paraître dans cette maison de larmes et de prières?... Voulez-vous qu'il n'y ait pas un lieu sur la terre, le temple même, l'asile de la religion et de la piété, où l'innocence puisse être à couvert de vos nudités profanes et lascives (1) ? Le monde ne vous fournit-il pas assez de théâtres impurs, assez d'assemblées de plaisir où vous pouvez faire gloire d'être une pierre de scandale à vos frères? Vos maisons mêmes, ouvertes à la dissipation et à la joie, ne sufïisent-elles pas pour vous y montrer avec une indécence qui n'aurait convenu autrefois qu'à des maisons de crime et de débauche, et qui fait que, ne vous respectant pas vous-mêmes, on perd pour vous ce respect dont la politesse de la nation a toujours été si jalouse, parce que la pudeur seule est estimable. »

Ce que Massillon disait dans la chapelle de Versailles n'aurait pas trouvé sans doute une aussi juste application dans les diverses églises de Paris ou de la province.

(1) Avant de quitter Paris pour occuper le siège de Clermont, Massillon put voir à la modèle négligé. La tête nue, le corset échancré, le bout du pied jouant dans une mule, et, pour robe, une étoffe impalpable de l'Inde, telles furent les conditions d'un négligé. Un auteur contemporain évaluait à 12 onces le poids de tout l'habillement d'une femme. Ce furent les dames du plus haut rang, dit Lemontey, qui firent les premiers essais de cette liberté et qui affectèrent de l'étaler dans les lieux publics, pour mieux constater leur indépendance des ménagements vulgaires. — Du reste, cinquante ans avant Massillon, le P. Le BouX; qui fut depuis évêque de Péri- .^ueux, fit entendre, devant la cour, dans un sermon sur ie mariage, les plaintes moins élégantes mais aussi vives que celles que nous iivons citées. «On ne rougit pas d'étaler aujourd'hui jusqu'au pied les autels la plus affreuse nudité et de paraître sous un extérieur lui annonce une chasteté mourante, selon l'expression de saint Jéôme. Ministres du Dieu vivant, c'est ici que vous devez, à l'exemile de Jésus-Christ, votre divin maître, chasser ces objets vraiment candaleux. »

Là même, cependant, tout n'était pas irréprochable. Aujourd'hui que nul auditoire, dans une église, ne mériterait de semblables reproches , nous ne comprenons pas qu'un prédicateur, sous le règne de Louis XIV, ait cru devoir les adresser plusieurs fois. C'est que les mœurs et les habitudes ne sont plus les mêmes ; c'est qu'il n'y a plus maintenant de religion d'État. Ni les lois, ni les désirs du prince, ni les coutumes sociales n'obligent personne à donner des marques extérieures de piété en contradiction avec ses sentiments intérieurs. Chacun est complètement libre , devant les hommes , d'entendre un sermon ou de ne pas l'entendre, d'entrer dans une église ou de ne pas y entrer. Pour nommer quelqu'un aux plus hautes dignités, on ne demande ni quel est le culte qu'il professe, ni quelle est la place que la religion occupe dans sa vie. Une des conséquences de cette absence de pression morale, autant que de contrainte matérielle, est que les temples sont peuplés seulement par des chrétiens que leur piété y conduit. Ou Ton ne les fréquente pas ou l'on s'y tient avec respect.

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