‹ MassillonChapitre 71 sur 215 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sans fin et les interprétait avec une ingénieuse sagacité . Avant Bossuet, la controverse était fréquente dans ]a chaire chrétienne. Il fallait prémunir les fidèles contre les séductions de l'hérésie. Les doctrines des réformateurs du XVI» siècle étaient encore propagées avec toute l'ardeur des premiers jours. Le protestantisme, à cette époque, n'était pas ce qu'il est devenu aujourd'hui : une sorte de philosophie ou de religion naturelle, enseignée d'office par une hiérarchie de ministres reconnus par l'Etat. C'était une secte jeune et militante, pleine d'espérances et d'illusions, se flattant de conserver les dogmes fondamentaux du christianisme, croyant faire de l'unité avec la révolte, comme on a cru, de nos jours, faire de l'ordre avec le désordre, puisant une ardeur nouvelle dans le sentiment de soii petit nombre et de Tantipathie, pour ne pas dire la persécution, dont elle était l'objet en France, où elle ne parvenait pas à se naturaliser et à perdre les traits de son origine étrangère, écrivant des in-folio et des pamphlets, prêchant partout où elle pouvait se faire entendre, tenant des conciliabules, des synodes, des assemblées de tout genre, demandant la liberté de conscience quand elle était en minorité, opprimant la conscience des catholiques dès qu'elle avait pour elle la raison du plus fort. Répandues de tout côté avec un zèle de propagande infatigable, les doctrines protestantes, accompagnées des plus étranges accusations touchant l'Eglise romaine, troublaient les âmes qui n'étaient pas préparées aux objections soulevées contre la présence réelle, contre l'honneur rendu aux reliques, le culte des saints, les sacrements et les autres points controversés. Les prédicateurs durent exposer souvent et longuement la doctrine catholique, la justifier des attaques des calvinistes, combattre à leur tour la secte nouvelle, et montrer qu'elle ne pouvait pas être la véritable

Eglise de Jésus- Christ. C'est ce que firent les orateurs sacrés, depuis saint François de Sales jusqu'à Bossuet. Pour ne pas remonter jusqu'au cardinal Duperron, que de fois, dans Lingendes, le protestantisme est pris à partie! Que de fois est établie la doctrine catholique sur l'Eucharistie ! Que de fois sont réfutées les explications luthérienne, zuinglienne, calviniste de ce texte si précis : Hoc est corpus meum. C'était le besoin du moment. La fin du xvi'' siècle et le commencement du suivant réclamaient des conférences contre l'hérésie , comme notre siècle réclame des conférences contre l'incrédulité. On sait quels travaux a imposé à Bossuet la nécessité de défendre la vraie foi et de réfuter les calvinistes. Outre ses controverses avec les ministres Jurieu , Claude et Ferry, il a dû publier six avertissements aux protestants, une défense de la tradition, une histoire des variations des diverses sectes de la réforme, une exposition de la doctrine catholique. Mais ce rude jouteur, quia opposé une digue si puissante au progrès du protestantisme en France , a rarement porté la controverse en chaire. Durant ses prédications de l'Avent et du Carême, il développait avec bonheur, devant des auditeurs pleins de foi , les sublimités du dogme chrétien et leurs conséquences morales. Il ne réfutait l'hérésie qu'eu passant et par occasion. Nous chercherions vainement dans ses sermons une démonstration suivie du catholicisme contre les protestants : encore moins faut-il songer à y trouver une démonstration du christianisme contre les incrédules. Bossuet ne dédaigne pas de les stigmatiser d'un mot quand il les rencontre sur son, passage (1), mais ils sont trop peu nombreux dans son

(1) Ainsi dans le sermon sur la divinité de la religion, pour le 2° dimanche de l'Avent : « Les entendrai-je toujours et les trouveraije toujours dans le monde ces libertins déclarés, esclaves de leurs

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