‹ MassillonChapitre 75 sur 215 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'une à l'autre, dont tous les raisonnements sont déduits avec une parfaite lucidité, dont la pressante dialectique ajoute une beauté de plus aux mouvements oratoires. Le seul reproche qu'on pourrait lui adresser serait de contenir trop de preuves et trop d'idées amoncelées dans un seul discours. On n'est pas habitué à rencontrer dans Massillon des sermons d'un tissu aussi serré et aussi riche de pensées. On regrette qu'il n'ait pas traité plus souvent de semblables sujets qui convenaient, ce semble, à son talent souple et facile, aussi bien que les sermons de morale et les homélies. Pour décider l'incrédule à courber sous le joug de la foi son orgueilleuse raison, Massillon établit que la religion est raisonnable, qu'elle estglorieuse, qu'elle est nécessaire. Sans doute, c'est la foi qui fait le chrétien, mais la raison conduit l'homme à la foi en lui faisant comprendre qu'il doit croire. Elle lui prouve: 1° que l'autorité qui exige la soumission du fidèle est la plus grande, la plus respectable, la mieux établie qui soit sur la terre, à cause de son ancienneté, de sa perpétuité, de son immutabilité; 2® que les vérités qu'on veut lui persuader sont les seules conformes aux principes de l'équité, de Thonnêteté, de la conscience, les seules qui aient corrigé dans l'homme les sentiments insensés de la divinité que lui inspirait l'idolâtrie, les sentiments peu raisonnables de lui-même que lui inspirait la philosophie, les sentiments injustes envers les autres hommes que lui inspirait la cupidité ; 3*^ que les motifs dont on se sert pour le persuader sont les plus décisifs, les plus triomphants les plus propres à soumettre les espris les moins crédules. Les principaux de ces motifs sont l'acomplissement des prophéties, la certitude des miracles, la conversion du monde païen. Qui peut rougir de se soumettre à une doctrine qui a soumis tout l'univers ? En même temps qu'elle est raisonnable, îa foi est glo-

rieuse, soit du côté des promesses qu'elle renferme pour l'avenir, soit par la situation où elle met le fidèle dans le présent, soit du côté des grands modèles qu'elle lui propose à imiter. Renoncera- t-on à cette triple gloire? Mais la foi est absolument nécessaire et c'est ce qui rend l'incrédule inexcusable. Dans les voies ténébreuses de cette vie, la foi est nécessaire à l'homme, parce que sa raison est faible et qu'il faut l'aider, parce que sa raison est corrompue et qu'il faut la guérir, parce que sa raison est changeante et qu'il faut la fixer. La foi est en même temps le secours qui aide la raison, le remède qui la guérit, le frein qui la règle et la fixe.

En développant ce vaste plan qui pourrait être celui d'un traité aussi bien que d'un discours, Massillon trace de l'incrédule un portrait que les lecteurs du xix' siècle trouveront peut-être vieilli et poussé au noir. « Savez-vous bien ce que c'est qu'un incrédule ? C'est un homme sans mœurs, sans probité, sans foi, sans caractère, qui n'a plus d'autre règle que ses passions, d'autre loi que ses injustes pensées, d'autre maître que ses désirs, d'autre frein que la crainte de l'autorité, d'autre Dieu que lui-même ; enfant dénaturé, puisqu'il croit que le hasard tout seul lui a donné des pères ; ami infidèle, puisqu'il ne regarde les hommes que comme les fruits d'un assemblage bizarre et fortuit, auxquels il ne tient que par des liens passagers ; maître cruel puisqu'il est persuadé que c'est le plus fort et le plus heureux qui atoujours raison. Car, qui pourrait se fier à vous ? Vous ne craignez plus Dieu, vous ne respectez plus les hommes, vous n'attendez plus rien après cette vie ; la vertu et le vice vous paraissent des préjugés de l'enfance et les suites de la crédulité des peuples. »

Massillon a décrit l'athée, non point tel qu'il est, mais tel qu'il devrait être. Qui ne sait qu'il y a peu d'incrédules dont toutes les actions soient la conséquence logique de

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