CHAPITRE VT t
avec une merveillense connaLssanoe du cœur humain, pour montrer comment les mauvais chrétiens sont pousses vers l'incrédulité, non par la force de leur raison, mais par la faiblesse de leur cœur corrompu; comment ils s'efforcent de s'étourdir, en redisant, chaque fois que le remords les aiguillonne, que les menaces de la religon sont de puériles frayeurs. Il les compare à a un homme (]Tii a peur la nuit et qui chante en marchant tout seul dans les ténèbres pour se rassurer lui-même. »
Nous citerons quelques fragments de ce sermon, non point lesplus éloquents, mais ceux où nous pouvons saisir une précieuse indication des mœurs du temps. Dès les premières années du xvm* siècle , l'athéisme fut i'assailent obligé du hbertinage, dans certaines compadissolues. Massillon ne l'ignorait pas : * Ahn que la déhanche soit de bon air, il faut y ajouter l'impiété et le libertinage, autrement ce serait être débauché en novice ; il faut rétre en impie et en scélérat. On laisse à ceux qui ne sont point exercés dans le crime à craindre encore un enfer et ses peines : ce reste de religion parait se sentir encore un peu trop de l'em'ance et du goUége. Mais quand on a fait un certain chemin dans la débauche, ohî il faut se mettre au-dessus de ces faiblesses vulgaires. » Mais on tombait dans d'autres faiblesses. La superstition la plus étrange acompagnait souvent l'incrédulité. On ne dMalgnadt pas la magie. On consultait Cagliostro, en attendant de se plonger dans le baquet de Mesmer. Les tables ne parlaient pas encore et les médium n'étaient pas encore venus d'Amérique, mais on croyait aux songes, aux cartes, aux petits points ^l' • Sachant bien qu'on était
Çl) Saiat-Simon. apr^s avoir raeonté la mort de la maréchale de Clérambault, ajoaire : « Madame fat d'autant plus touchée de la perte de cette ancienne amie, que les pems points avaient toujours prédit qaelle lui survivrait, mais que ce serait de forï peu. En eîTet elle la suivit de ton près . >
Tennemi de Dieu, on n'aurait pas été l'éiché d'avoir le diable pour ami. Le duc d'Orléans passait pour ne pas reculer devant les évocations et les plus eiïrayants mystères delamagie noire (1). Nous avons vu cesprétendus esprits forts qui refusent de consulter les oracles des saints prophètes consulter des devins, accorder aux hommes la science de l'avenir qu'ils refusent à Dieu : donner dans les 'crédulités puériles, tandis qu'ils se révoltent contre la majesté de la foi ; attendre leur élévation et leur fortune d'uu oracle imposteur et ne vouloir pas espérer leur salut des oracles de nos livres saints ; en un mot croire ridiculement aux démons, tandis qu'ils se font un devoir de ne pas croire en Dieu. »
Pour se rassurer contre son incrédulité, qui n'étouffait pas entièrement les remords de la conscience, on voulait voir de vrais impies, les entendre, les toucher, s'assurer qu'il y avait réellement des gens qui ne croyaient à rien. Le magister dixit avait changé d'application. On doutait en écoutant la voix dix-huit fois séculaire de l'Eglise ; on ne doutait pas en écoutant l'enseignement d'un maître en impiété. Indigné d§ cette crédulité de l'incrédule. Massillon, en faisant ressortir tout ce qu'elle a de honteux, se permet, contre son habitude, une personnalité : «Pourquoi croyez-vous que les prétendus incrédules dont nous parlons souhaitent si fort de voir des impies véritables, fermes et intrépides dans l'impiété ; qu'ils en cherchent, qu'ils en attirent même des pays étrangers, comme un Spinosa; si le fait est vrai, qu'on l'appelle en France pour le consulter et pour l'entendre?.... (2). Un Spinosa,
(1) On raconte que, pendant plusieurs nuits, le duc d'Orléans et le duc de Mirepoix évoquèrent le diable dans les carrières de Vanvres ei de Vaugirard. Le duc de Richelieu se compromit pendant son ambassade de Vienne, par une folie du même genre.
(2) Spinosa, fils d'un juif portugais, naquit à Amsterdam, en 163-2, ot mourut à la Haye, à l'âge de 13 ans. Il publia son Traite theologico-