‹ MassillonChapitre 78 sur 215 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ce monstre qui, après avoir embrassé différentes religions fmit par n'en avoir aucune, n'était pas empressé de chercher quelque impie déclaré qui l'affermit dans le parti de l'irréligion et de l'athéisme. Il s'était formé à lui-même ce chaos impénétrable d'impiété, cet ouvrage de confusion et de ténèbres, où le seul désir de ne pas croire en Dieu peut soutenir l'ennui et la confusion de ceux quile lisent, où hors l'impiété, tout est inintelligible, et qui, à la honte de l'humanité, serait tombé en naissant dans un oubli éternel et n'aurait jamais trouvé de lecteur s'il n'eut attaqué l'Etre suprême. Getimpie, dis-je, vivait caché, retiré, tranquille; il faisait son unique occupation de ses productions ténébreuses, et n'avait besoin, pour se rassurer que de lui même. Mais ceux qui le cherchaient avec tant d'empressement, qui voulaient le voir, l'entendre, le consulter, ces hommes frivoles et dissolus, c'étaient des insensés qui souhaitaient de devenir impies, et qui, ne trouvant pas dans le témoignage de tous les siècles, de toutes les nations et de tous les grands hommes que la religion a eus, assez d'autorité pour demeurer fidèles, cherchaient dans le témoignage d'un homme obscur, d'un transfuge de toutes les religions, d'un monstre obligé de se cacher aux yeux de tous les hommes, une autorité déplorable et monstrueuse qui les affermît dans l'impiété et qui les défendît contre leur propre conscience. »

politique, en 1670, et laissa un volume à'œuvres posthumes qui furent imprimées l'année même de sa mort. Les hypothèses des Juifs, touchant les prophéties messianiques, ne contentèrent pas son esprit, à la fois subtil et positif. Il quitta le judaïsme et se fit calviniste. Mais la doctrine des Arminiens ne le satisfit pas plus que celle des rabbins. Il s'absorba dans ses méditations, vécut solitaire et s'éblouit de ses propres pensées. L'a-t-on vraiment appelé à Paris pour apprendre de lui un système qui anéantissait toute religion ? Le fait n'est pas suffisamment prouvé. Il est plus probable qu'on est allé le trouver dans sa solitude. La Hollande était alors le refuge de toutes les erreurs et on y accourait de tout côté pour en faire provision.

Cette sortie virulente de Massillon a pour excuse les tristes ravages qu'exerçait alors le panthéisme de Spinosa, si justement appelé un athéisme déguisé. Fénelon, le P. Lami, Glarke et une foule d'autres philosophes chrétiens réfutèrent ce système, dont l'apparente simplicité pouvait séduire les simples, ou plutôt ceux qui tenaient à simplifier leurs croyances pour que leurs passions n'en fussent pas gênées. Sans nier directement une divinité toute puissante, la théorie panthéiste dénature la notion d'un Dieu personnel, libre, créateur de toutes choses et distinct de ses créatures, en n'admettant qu'une seule et unique substance dont tous les êtres sont les multiples développements. Il est facile d'entrevoir les funestes con» séquences de ce système dans l'ordre moral. Si l'homme n'est qu'une émanation de la divinité, comme les astres qui l'éclairent, comme les animaux qui servent à sa nourriture, s'il n'est qu'une partie du grand tout, il n'a plus de personnalité, plus de libre arbitre, tous ses actes sont des actes divins fatalement accomplis. Le bien et le mal, le vice et la vertu n'ont plus de différences réelles, ce ne sont que des distinctions idéales. Plus de responsabilité, plus de mérite et de démérite, plus de devoir. Tout ce qui arrive dans l'homme et hors de l'homme n'est que. le résultat des évolutions du grand tout,^ont nous ne pouvons comprendre le sens parce que nous ne sommes que d'infimes parcelles de cet être infini. Massillon a raison d'appeler le livre de Spinosa un ouvrage de confusion et de ténèbres. Ce n'est pas la clarté qui caractérise cet opiniâtre raisonneur, dominé par une idée fixe . Il n'a pas inventé le panthéisme qui fait le fond de la religion des Indiens et qu'enseignaient en Grèce certaines écoles de philosophie, mais il a essayé de l'appuyer sur une démonstration semblable aux déductions géométriques. Posant en axiome une fausse notion de la substance qu'il

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