‹ MassillonChapitre 79 sur 215 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

définit : « Tout ce qui nepeut pas être conçu comme n'existant pas, » il en déduit une série de propositions et de corollaires qui aboutissent à la confusion du fini et de l'inlini dans une seule substance, dont la pensée et l'étendue sont les deux nécessaires attributs. Ses théorèmes latins ont subi une première transformation en Allemagne. Ils ont ensuite passé le Rhin ; on les a présentés aux lecteurs français sous une forme à peu près accessible. La théorie de l'unité de substance séduit encore de nos jours un assez grand nombre d'esprits ; mais cette théorie, si simple au premier aspect, présente, à qui veut l'approfondir, beaucoup plus d'obscurités que le dogme chrétien, ou plutôt le dogme universel d'un Dieu personnel et créateur. Tant que le sens Commun , qui est après tout le fondement de la logique scientifique aussi bien que de la logique usuelle , sera compté pour quelque chose, il sera aisé de prouver avec évidence l'absurdité du panthéisme. Il suffira toujours de déduire les conséquences pratiques de ce système pour le réfuter victorieusement.

Si le doux Massillon, dans son indignation contre Spinosa, n'a pas craint de l'appeler par deux fois un monstre, qu'aurait-il dit de Voltaire, cinquante ans plus tard? Le panthéisme était du moins un système exposé scientifiquement, dont la réfutation faisait ressortir le caractère rationnel du dogme chrétien; mais que répondre à la moquerie, àTinsulte, au blasphème? Dans ce xvm* siècle, si pauvre en hommes de génie, les prétendus philosophes qui riaient de tout, suscitèrent des apologistes dignes d'être écoutés, tels que : Bergier, Guénée, Nonotte, Barruel. Malheureusement, les livres de ces courageux défenseurs de la foi, trop savants pour des esprits qui voulaient être amusés, ne furent lus que par ceux qui n'avaient pas besoin de les lire. Les orateurs sacrés ne pouvaient pas introduire en chaire les spiri-

tuelles railleries des Helviennes, ni relever toutes les erreurs de Voltaire. Ils ne pouvaient pas même discuter avec des adversaires qui n'avaient d'autre argument que le sarcasme. Il ne leur restait qu'une ressource : l'anathème; ils ne l'employèrent pas. Au lieu de tonner contre l'incrédulité, la plupart ne s'appliquèrent qu'à se faire accepter par elle. Ils prêchèrent trop souvent sur des sujets qui auraient pu être aussi bien traités dans le salon de Madame du Deffand que dans une église. Ils voilèrent les sévérités de l'Evangile et ne lui empruntèrent que la partie de sa morale qui pouvait ressembler à de la philosophie.

Il fallait à l'impiété voltairienne une réponse foudroyante : la révolution s'en chargea. Devant l'échafaud en permanence, les éclats de rire cessèrent, ils furent remplacés par les gémissements, les larmes, le règne de la terreur. L'immense catastrophe sociale qui termina le xviii* siècle rendit à la France le sérieux qu'elle avait perdu. L'orsqu'un peuple instruit par le malheur se rassembla de nouveau aux pieds des autels, Chateaubriand fit admirer à ceux dont les pères avaient tant ri du christianisme le divin génie de cette religion , éternel foyer du vrai, du bien et du beau. Tous les esprits ne furent pas convaincus par cette poésie soudaine qui élevait à la hauteur d'une question religieuse l'ancienne querelle littéraire des anciens et des modernes ; mais du moins tons les esprits étaient graves et la discussion devenait possible. Trois ou quatre sermons adressés aux incrédules, durant le carême, ne pouvaient plus être considérés comme un enseignement suffisant. Mgr de Frayssinous comprit qu'il fallait offrir à ceux qui cherchaient de bonne foi la vérité une exposition méthodique de la doctrine chrétienne et une réfutation scientifique des erreurs qui lui sont opposées. Il eut l'honneur de jeter

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