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CHAPITRE VII

Or, dans un champ cultivé avec soin, l'ivraie n'a jamais été plus abondante que le bon grain. Il la compare à la séparation des mauvais poissons d'avec les bons ; à quel pêcheur est-il arrivé de prendre moins de bons poissons que de mauvais ? De dix vierges appelées aux noces, cinq sont admises dans la compagnie de Fépoux, dans la parabole des talents , deux serviteurs sont récompensés , un seul puni (1). ))Les paroles : Multi enim sunt vocati, pauvi cero électif dont peuvent abuser les prédicateurs, qui « se permettent facilement, dit Mgr Gousset (2), des exagérations sur le petit nombre des élus » se lisent à la fin de deux paraboles rapportées par saint Mathieu (ch. xx et ch. xxn). — Le père de famille a loué dès le matin des ouvriers pour travailler à sa vigne. D'autres y sont amenés à différentes heures. I^e soir venu, le maître donne à chacun la même récompense. Les premiers se plaignent; le père de famille leur répond : « Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers, car beaucoup sont appelés mais peu sont élus. y> La plupart des saints pères entendent par ces premiers et ces derniers les saints qui occuperont dans le Ciel divers degrés et divers états. Beaucoup sont appelés à jouir du bonheur céleste, mais ceux qui sont élus pour être élevés aux premiers degrés sont peu nombreux. — Un roi a préparé les noces de son fils. Ses serviteurs sont envoyés auprès des invités pour les presser de venir. Les invités refusent sous divers pré^ textes; il en est même qui maltraitent les serviteurs. Le roi, irrité, ordonne de faire entrer dans la salle du festin tous ceux qu'on rencontrera dans les rues et les carrefours. Mais à la table s'assied un homme qui n'est pas revêtu de la robe nuptiale. Le roi l'aperçoit, l'interroge et ne recevant aucune réponse , il ordonne à s6s servi-

(1) Traité de la vraie Religion.

(2) Théologie dogmatique, tome 11. Traité de Ditu, article 111.

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teurs de lui lier les mains et les pieds et de le jeter dans les ténèbres extérieures, « car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. » Parmi ces convives recueillis dans les rues et aussi nombreux que les invités qui ont refusé de venir, un seul est chassé. Appelé comme les autres, il aurait été élu comme les autres s'il avait eu la robe nuptiale et si, au lieu de garder le silence, il eût imploré le pardon du roi.

Pour ne pas borner tout le fruit de son sermon à prouver seulement que très-peu de personnes se sauvent, Massillon recherche quelles sont les causes qui rendent le salut si rare. Sans se tracer un plan solidement enchaîné, il en marque trois principales et les expose dans un ordre qu'il aurait pu facilement intervertir. Peu de gens se sauvent, dit-il, 1» parce qu'on ne fait pas assez pénitence, 2* parce qu'on suit les maximes du monde, incompatibles avec le salut , 3** parce qu'on ne suit pas les maximes de l'Evangile, malgré les promesses solennelles du baptême. Telles sont les trois parties de son sermon. Les deux dernières présentent çà et là plus d'une phrase qu'on pourrait noter, mais en somme, comme conseils de perfection, elles n'ont rien que d'acceptable. On n'exhortera jamais assez les chrétiens à fuir le monde, à conformer leur vie aux maximes de l'Evangile, à s'élever de vertu en vertu jusqu'à la plus sublime sainteté. C'est surtout dans la première partie que Massillon expose une doctrine qui serait fausse, si elle était prise à la rigueur.

Il n'y a que deux voies de salut : l'innocence et la pénitence. « Or, mourir innocent est un privilège où peu d'âmes peuvent aspirer; vivre pénitent est une grâce que les adoucissements de la discipline et le relâchement de nos mœurs rendent presque encore plus rare. » Malgré le mot presque, cette dernière proposition est évidemment exagérée. Massillon ne regarde pas comme pénitents ceux

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