‹ MassillonChapitre 84 sur 215 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

(Jui, après avoir reçu le pardon de leurs fautes, par le sacrement de pénitence, ne commettent plus de péchés mortels. « Où sont ceux, demande-t-il, qui expient leurs crimes par les larmes et les macérations? » Il ajoute : « On peut satisfaire à l'Eglise sans subir les peines publiques qu'elle imposait autrefois : on ne peut satisfaire à Dieu sans lui en offrir de particulières qui les égalent et qui soient une juste compensation. » Massillon oublie le purgatoire. Le plus grand criminel peut être sauvé, pourvu. qu'il se repente de ses iniquités , les confesse et reçoive l'absolution. Il lui reste sans doute à satisfaire la justice de Dieu, mais s'il ne le fait point en cette vie, il le fera dans l'autre. Un élu est celui qui meurt pardonné et n'est pas condamné à l'enfer. « Ce sont les obligations d'une âme innocente, continue Massillon, de recevoir avec soumission les coups dont Dieu la frappe, de remplir avec courage les devoirs de son état, d'être fidèle aux lois de l'Eglise ; mais vous, qui êtes pécheur, ne devez-vous rien au-delà ? » Pour aller au ciel sans passer par le purgatoire, le pécheur pardonné doit, sans doute, beaucoup au-delà; mais, pour ne pas être damné, il suffit qu'il remplisse les devoirs de son état et qu'il observe fidèlement les commandements de Dieu et de l'Eglise. Massillon confond la perfection , à laquelle tous les chrétiens doivent tendre, avec l'état de grâce, seul nécessaire pour être sauvé, lorsque il s'écrie : « Si vous faisiez attention que, devant aimer Dieu de tout votre cœur et de toutes vos forces, un seul désir qui ne peut se rapporter à lui vous souille , si vous le compreniez , vous vous trouveriez un monstre devant ses yeux. . . Si cela est ainsi, ô mon Dieu, qui donc pourra se sauver? Peu de gens, mon cher auditeur... » Il est permis à l'éloquence de viser quelquefois au-delà du but, mais quand il s'agit de doctrine sur un point délicat, il faut être prudent et ne rien outrer. Gon-

cluons avec le P. Gratry que « le discours de Massillon sur le petit nombre des élus, admirable au point de vue oratoire, est théologiquement inexact, et noté comme tel dans toute l'Eglise. Les exagérations sur le petit nombre des élus qui ont encore quelque cours parmi nous sont un fruit du jansénisme. Jamais Rome ne les a proposées ni admises ; elle les a toujours combattues (1). »

Après avoir montré combien peu de pécheurs expient par de courageuses pénitences les fautes dont ils ont reçu le pardon , combien peu se séparent du monde , suivent strictement les maxiûies de l'Evangile et renoncent complètement au démon, à ses pompes et à ses œuvres, Massillon arrive à sa fameuse supposition qui glaça d'efiroi son auditoire et qu'on ne peut lire sans faire sur soi-même un sérieux retour, a Je suppose que c'est ici votre dernière heure et la fin de l'univers, que les cieux vont s'ouvrir sur vos têtes, Jésus-Christ paraître dans sa gloire au milieu de ce temple et que vous n'y êtes assemblés que pour l'attendre , et comme des criminels tremblants, à qui l'on va prononcer une sentence de grâce ou un arrêt de mort éternelle : car vous avez beau vous flatter, vous mourrez tels que vous êtes aujourd'hui. (Encore une exagération...) Or, je vous demande, et je vous le demande frappé de terreur , ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre et me mettant dans la même disposition où je souhaite que vous entriez; je vous demande donc : Si Jésus-Christ paraissait dans ce temple, au milieu de cette assemblée, la plus auguste de l'univers, pour nous juger, pour faire le terrible discernement des boucs et des brebis, croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à la droite? croyezvous que les choses du moms fussent égales? croyezvous qu'il s'y trouvât seulement dix justes, que le Sei-

(1) Philosophie du Credo, par le P. Gratry, de l'Oratoire.

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