‹ MassillonChapitre 87 sur 215 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

par leurs passions jusqu'à la dernière heure, rien n'est plus vrai; que presque tous le soient, rien n'est plus faux. « Vous croyez, demande Massillon, qu'un impie qui a mis sa gloire dans sa confusion et qui a mille fois profané la sainteté de nos mystères par des dérisions sacrilèges, deviendra fidèle et religieux au lit de la mort (1) ? » D'abord on a vu plus d'une fois de pareils impies mourir avec les sentiments de la plus sincère componction. En second lieu, les impies qui meurent sans repentir, sont des exceptions, Massillon lui-même l'avoue ; on ne peut donc assimiler la mort du commun des pécheurs à celle de ces impies. Mais où le rigoriste prédicateur excède toute mesure, c'est lorsqu'il représente la conversion à la mort comme inutile^ lo parce que le pécheur au lit de mort est abandonné de Dieu ; 2° parce que les marques les plus touchantes de repentir qu'il pourra donner seront rejetées. Nulle part Massillon ne se fait plus sensiblement l'écho des sombres doctrines du jansénisme que dans la seconde partie du sermon sur l'impénitence finale. Il oublie la bonté de Dieu pour

(1) Les lignes qui suivent contiennent des allusions à des faits contemporains que les auditeurs de Massillon devaient aisément saisir. « Peut-être se fera-t-il honneur jusqu'à la fin d'une force d'esprit qui flattera sa vanité, peut-être voudra-t-il paraître au dessus des frayeurs vulgaires , peut-être laissera-t-il en mourant aux spectateurs le plaisir affreux d'un bon mot aux dépens de son salut, éternel. » On racontait alors que Saint-Evremond, mort en 1703, à l'âge de 90 ans, avait dit avant d'expirer : Je voudrais bien me réconcilier j et, comme on prenait ces paroles pour un retour de religion, avait ajouté : avec l'appétit. — Vers le même temps, le président K., une heure avant de mourir, disait, au prêtre qui l'exhortait à se préparer à la mort : On vous paiera tout de même de votre peine, mais laissez-moi en repos. Voilà du moins ce que nous apprend Deslandcs, dans un opuscule publié en 1714, sous ce titre : Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant. Ce littérateur, justement oublié comme tant d'autres, né à Pondichéry en 1690, mort à Paris en 1757, avait ordonné avant de mourir, qu'on brûlât son petit livre. « Et qui diable savait qu'il l'eût fait? » écrit Voltaire à Dalembert (6 décembre 1757).

s'absorber dans la pensée de sa justice, et quelle justice ! non point celle d'un père, mais celle d'un maître impitoyable et farouche. « Dieu doit à sa justice l'abandon du pécheur au lit de la mort. » Il ne craint pas de développer cette étrange théologie. « 0 mon Dieu! où serait donc cette justice qui trempe ses flèches dans le sang du pécheur, qui insulte aux larmes de l'impie mourant et qui se console dans sa vengeance?... Quand est-ce que Dieu se vengerait s'il ne se vengeait point alors. » Parfois l'âme tendre de Massillon se révolte contre les doctrines de l'école qu'il représente en chaire. « Lorsque j e vois d'un côté le pécheur mourant chercher son Dieu et lever vers lui ses mains suppliantes, et de l'autre, le Dieu vengeur s'éloigner de lui et fermer ses oreilles aux cris de sa douleur et à toutes les marques de sa pénitence, j'avoue que je me sens saisi d'une secrète horreur. » On le serait à moins. S'il avait écouté ce témoignage d'une âme naturellement anti-janséniste, il n'aurait pas terminé son sermon par deux dialogues dont on ne sait dire quel est le plus faux ou le plus odieux.

Le premier nous montre les pécheurs mourants criant inutilement vers Dieu^ du fond de leur misère et de leur repentir: «.... Vous lui direz: ô Dieu plein de bonté! vous n'êtes venu que pour sauver les pécheurs, et il vous répondra qu'il n'y a point de salut pour l'impie. Vous lui direz : ô Sauveur des hommes, je ne mets ma confiance que dans vos miséricordes infinies, et il vous répondra que l'espérance du pécheur périra avec lui. Vous lui direz: ô divin Pasteur de nos âmes, vous ne rejetez pas les brebis égarées qui reviennent à vous, et il vous répondra qu'il y a un temps de pardonner et un temps de punir. Vous lui direz: ô Jésus, je remets mon âme entre vos mains, et il vous répondra qu'elle ne lui appartient point, et qu'il ne la reçoit que pour en faire la

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