‹ MassillonChapitre 88 sur 215 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

victime éternelle de sa justice : et vos gémissements infructueux et vos supplications inutiles ne seront plus qu'un doux spectacle pour sa fureur et sa vengeance. » Je doute qu'il y ait dans V Augustinus ou dans les Réflexions morales un tableau plus révoltant et plus digne d'être censuré. Mais peut-on refuser aux orateurs ce droit de tout oser qui, d'après Horace, a toujours été accordé aux peintres et aux poètes (1).

Sentant que Dieu repousse son repentir, le pécheur mourant appelle un confesseur; mais il ne demande pas un moliniste, il ne veut plus de dangereuse complaisance. Il appelle du fond de sa retraite « quelque homme de Dieu. î> Croyant qu'il ne lui est pas permis de répondre ce que la religion l'oblige de penser, l'homme de Dieu a recours à de nécessaires restrictions mentales. « Pourquoi m'avez-vous obligé à sortir de ma retraite ? il n'est plus temps de recourir au Seigneur, il vous a abandonné... Voilà ce que pense le ministre du Seigneur (s'il est bon janséniste). Il vous exhorte à ne pas désespérer, mais 11 n'espère pas beaucoup lui-même. Il vous parle des miséricordes du Seigneur, mais il adore en secret les ordres terribles de sa justice sur vous. Il vous ouvre le sein de la gloire, mais il voit l'abîme déjà ouvert sous vos pieds. ... » Non ! telles ne sont point les pensées des ministres du sacrement de pardon, auprès du lit de mort d'un pécheur, si coupable qu'ait été sa vie . J'en appelle à ceux qui ont rempli la difficile et consolante mission de réconcilier avec Dieu et d'accompagner à l'échafaud les condamnés à mort.

S'il est presque impossible aux pécheurs, d'après MassiUon, d'obtenir le pardon de leurs fautes au lit de la

(1) Pictoribus (ajoutons : oratoribus) atque poetis

Qnidlibet audendi semper fuit aîqua potestas.

(HoR. Jrt poët.)

mort, il ne leur est pas très-facile de l'obtenir dans le cours de la vie. C'est pour eux sans doute que Jésus- Christ a institué le sacrement de pénitence, et ils peuvent le recevoir toutes les fois qu'ils ont besoin d'être purifiés de la souillure du péché mortel. Mais dans la troisième partie de son sermon sur la confession, Massillon exige des pécheurs une contrition extraordinaire . Pour qu'une confession soit bonne, il faut, dit-il avec raison, que le pécheur examine avec soin sa conscience, qu'il fasse de ses fautes un aveu sincère, et qu'il ait un véritable repentir. En quoi consistera ce repentir? Dieu exige-t-il du commun des pécheurs des sentiments de contrition qu'il est très-difïicile d'éprouver, ou se contente-t^il, dans sa bonté^ de cette douleur que toute âme impressionnée par la grâce et par la considération des grandes vérités de la foi ne peut manquer de ressentir ?' L'Eglise enseigne que la contrition nécessaire au pécheur, pour que l'absolution prononcée sur lui, après le sincère aveu de ses fautes, lui rende la vie de la grâce, doit être surnaturelle, c'est-à-dire fondée sur des motifs plus élevés que notre vie naturelle dans le temps, et se rapportant à Dieu et à notre éternité. Deux sentiments composent nécessairement cette contrition surnaturelle: le sentiment de l'amour de Dieu, dont le péché a outragé la perfection, et le sentiment de la crainte des peines de l'enfer et de la privation du ciel. Point d'amour de Dieu dans le pécheur repentant, sans une crainte réelle de ne pas le posséder ; point de crainte de l'enfer, sans un réel commencement d'amour de Dieu. Il est impossible à l'homme de faire complètement abstraction de sa personnalité et de vivre dans un état de quiétisme où il aimerait tellement Dieu pour lui-même, qu'il resterait indifférent à son bonheur éternel. De même, comme dit Bossuet, « le désir de posséder Dieu à titre de récompense

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