CHAPITRE VII
n'empêche pas de Taimer pour lui-même. » Ainsi en estil de la crainte de ne pas le posséder. Le sentiment de l'amour peut dominer, dans le repentir, le sentiment de la crainte ; c'est ce que les théologiens appellent la contrition parfaite. Elle peut suppléer le sacrement de la pénitence, lorsqu'il y a impossibilité de le recevoir. De même le sentiment de la crainte peut dominer, dans le repentir, le sentiment de l'amour. C'est ce que les théologiens appellent la contrition imparfaite ou attrition. Elle suffit au pécheur pour recevoir, avec l'absolution, le pardon des fautes qu'il a sincèrement avouées (1).
Les jansénistes voulaient être plus sévères que l'Eglise. Ils prétendaient que pour recevoir le pardon, au tribunal de la pénitence, les pécheurs devaient donner des signes extraordinaires de repentir, avoir une contrition évidemment parfaite, ressentir un amour de Dieu plus sensible que la crainte de l'enfer. « 11 en est, dit Massillon, qui prennent la douleur qui forme le repentir pour ce trouble qui nait de la crainte toute seule des peines éternelles ; ce trouble qui, ouvrant l'enfer et tous ses tourments au pécheur, ne lui découvre rien de plus odieux dans l'iniquité que la punition dont elle est suivie.. . L'amour tout seul qui a fait les pécheurs peut former des pénitents. L'amour tout seul qui a ravi notre
(11 Le catéchisme ad parochos définit simplement la contrition, comme les Pères du concile de Trente : « Animi dolor ac detestatio de peccato commisso cum proposito non peccandi de cœtero. » Il formule comme une vérité de foi la distinction de la contrition imparfaite, qui ne suffit pas sans le sacrement pour obtenir le pardon, mais suffit avec le sacrement, et de la contrition parfaite, qui entraîne avec elle le pardon, indépendamment du sacrement. « Ex fidei catholica doctrina, omnibus credendum et constanter aflârmandum est : si quis ita animo affectus sit ut peccatta admissa doleat, simulque in posterum non peccare constituât, etsi ejusmodi dolore nonafficiatur qui ad impetrandam veniamsatis essepossit, ei tamen, cum peccata sacerdoti rite confessas fuerit, vi clavium scelera omnia remitti ac condonari.
cœur à Dieu peut le lui rendre ; l'amour tout seul, qui faisait tout le dérèglement de notre volonté, peut y rétablir l'ordre et faire notre justice, et vous ne sauriez vous réconcilier avec Dieu, si vous ne commencez du moins à l'aimer plus que les vaines créatures qui vous avaient éloigné de lui. » Cette dernière phrase est seule exacte. L'orateur n'y demande qu'un commencement d'amour de Dieu, précisément ce qui est inséparable de la crainte d'une éternelle séparation. Du moment qu'un pécheur se repent de ses fautes passées et prend la résolution de ne plus les commettre, il commence à aimer Dieu plus que les créatures qui l'en avaient éloigné. Ne lui dites donc pas que sa contrition n'est pas suffisante pour que l'absolution le purifie. Ne lui dites donc pas : « Si vous n'êtes pas vif dans la douleur de votre repentir, comme vous l'avez été dans vos désordres, c'est que vous n'êtes qu'un faux pénitent. » Si Fénelon eût enseigné l'insuffisance de la crainte de l'enfer et la nécessité d'un tendre amour de Dieu dans les pécheurs qui demandent l'absolution, je ne serais pas surpris de cette exagération pieuse (1). Il était tellement habitué à considérer Dieu
(1) Fénelon distingue subtilement cinq amours de Dieu :
1° On peut aimer Dieu pour des biens purement temporels qu'il promettrait à ceux qui l'aimeraient ; c'est l'amour servile;
2" On peut aimer Dieu comme l'instrument de son bonheur, en sentant qu'on ne peut être heureux qu'en possédant Dieu ; c'est l'amour de concupiscence ;
3" On peut aimer Dieu pour soi, mais en y mêlant un commencement d'amour de Dieu pour lui-niême ; c'est Vamour d'es'péra?icej
4° On peut aimer Dieu pour lui-même, en conservant encore un degré d'amour de Dieu pour soi ; c'est l'amour de charité, mais intéressé;
5" Enfin on peut aimer Dieu uniquement pour lui-même, sans retour sur soi, sans penser qu'il fera notre bonheur, sans aucun motif de crainte et d'espérance; c'est Vamour désintéressé oti pur. C'est le quiétisme raffiné du livre des maximes des saints. — Fénelon se trompait en croyant à la possibilité de vivre dans un état d'entier oubli do soi-même. On ne peut vouloir aimer sans vouloir exister.