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CHAPITRE VII

comme souverainement bon, qu'il lui semblait facile d'arriver à l'amour désintéressé. Mais les jansénistes m'étonnent. Ils s' appliquaient à représenter Dieu comme souverainement redoutable, comme un juge terrible et menaçant, puis ils disaient aux pécheurs tremblants d'effroi : Si vous voulez que la confession vous purifie, ne vous contentez pas de ce sentiment de crainte; aimez tendrement ce Dieu peu aimable dont nous vous rappelons sans cesse l'impitoyable justice, et que vous ne pourrez aimer tant que vous n'aurez pas reçu la grâce efficace, qu'il accorde ou refuse selon son bon plaisir.

Un jour Boileau, s'improvisant théologien, écrivit une épître sur l'amour de Dieu, dans un style auprès duquel l'ode sur la prise de Namur est un chef-d'œuvre de poésie. Déjà, trouvant plus facile de chanter les dieux do rOlympe que de chanter le Dieu du Calvaire, il avait prétendu que

De la foi d'un chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles.

Mais l'amour de Dieu ne peut pas être compté au nombre des mystères terribles de notre foi. Boileau devait donc, sinon égayer son épître, du moins la parer de quelques ornements qui auraient empêché de la trouver lourde et froide comme un bloc de glace. Il y a plus de poésie dans une strophe des cantiques de saint Fançoisd' Assise que dans toute cette épitre sur un sujet aussi sublime que l'amour de Dieu. Boileau ne se propose pas de nous faire entendre les touchantes effusions d'un cœur pieux; il veut seulement combattre la contrition suffisante, l'attrition, et prouver que l'amour de Dieu est né- Mais du moins il ne regardait l'amour pur que comme le partage des parfaits. Il n'exigeait des pécheurs repentants, pour les absoudre, que l'amour de concupiscence ou d'espérance. II s'efforçait ensuite de les élever par degrés jusqu'à l'amour parfait.

cessaire au pécheur pour que l'absolution le purifie. Il ne combat que des chimères. Qui doute que les chrétiens doivent aimer Dieu ? Il s'agit de savoir quel est le degré d'amour de Dieu qui suffit au pécheur, avec le sacrement de pénitence pour recevoir le pardon. Boileau reste dans l'équivoque « maudite ou maudit. » On n'en sort que par des distinctions et des définitions et Boileau ne veut pas en entendre parler. Abely, qu'il prend à partie, n'a jamais nié

Qu'il faut pour être absous d'un crime confessé, Avoir pour Dieu du moins un amour commencé.

En quoi consiste cet amour commencé, sinon dans cette crainte qui est le commencement de la sagesse parfaite ? Gomment craindre d'être séparé éternellement de Dieu sans désirer de lui être éternellement uni ? Et qu'est-ce donc que l'amour de Dieu, sinon le désir d'être toujours avec lui. Boileau ne s'explique pas très-clairement. Il dit d'abord :

Par cette ardeur si sainte Que je veux qu'en un cœur amène enfin la crainte, Je n'entends pas ici ce doux saisissement, Les transports pleins de joie et de ravissement Qui fond des bienheureux la juste récompense Et qu'un cœur rarement goûte ici par avance.

Et quelques vers plus bas, il semble se contredire. Il ne veut pas

Donner le nom d'amour au trouble inanimé Qu'au cœur du criminel la peur seule a forn;è. L'ardeur qui justifie et que Dieu nous envoie, Quoique ici-bas souvent inquiète et sans joie, Est pourtant cette ardeur, ce même feu d'amour Dont brûle un bienheureux en l'éternel séjour.

Boileau suppose un pécheur qui n'a d*autre sentiment que la peur du supplice éternel, quand il pense à Dieu,

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