CHAPITRE VII
Et souhaite en son cœur que ce Dieu ne soit pas.
Massillon, de même , suppose des chrétiens « qui dans le secret de leur cœur sont fâchés que Dieu soit juste et qui, sans l'enfer et ses tourments, mourraient comme des athées, » car^ « l'enfer est la seule divinité qu'ils craignent. » Il est évident que dans cette hypothèse, il n'y a aucune douleur de l'âme, aucun commencement d'amour de Dieu, mais plutôt un commencement de haine, et par conséquent ni contrition ni attrition.
L'auteur du Lutrin se ferait volontiers le disciple de Fénelon, quoique il n'ait pas le cœur bien tendre , pour promulguer en vers
L'indispensable loi d'aimer Dieu pour lui-même.
Il est plus précis et plus vrai quand il prête à Dieu ce langage :
Qui fait exactement ce que ma loi commande
A pour moi, dit ce Dieu, l'amour que je demande.
Voilà l'amour sufQsant etlacontrition sufiGlsante. Se repentir de n'avoir pas fait ce que la loi commande, être résolu à le faire à l'avenir, c'est réellement tout ce que Dieu demande pour pardonner au pécheur au tribunal delà pénitence. Massillon a tort d'exiger des signes extraordinaires de repentir : a Lespréludes d'une conversion et d'un renouvellement entier de mœurs ont je ne sais quoi de si vif et de si marqué qu'il se fait d'abord sentir et ne laisse rien d'équivoque : des larmes, des combats, des agitations, des vues nouvelles, dès démarches sérieuses et pénibles ; que sais-je encore ? quelque chose qu'on n'avait pas encore senti et que ceux qui nous fréquentent n'avaient pas encore vu... Il n'est que des douleurs d'un certain caractère qui annoncent la naissance du nouvel homme dans nos cœurs. » Le cathéchiëme du Concile de Trente est moins sévère. Il dit aux confesseurs qu'ils peuvent ab-
180 MASSILLUN
soudre le pénitent lorsque ils jugent qu'il ne manque pas tout à fait de soin diligent pour énumérer ses péchés, ni de douleur pour les détester (1). Massillon aurait pu recevoir du P. La Chaise la leçon que le confesseur du roi crut devoir donner à Boileau lorsque le satirique alla lui lire son épître sur l'amour de Dieu. En racontant à Racine le résultat de son entrevue avec le P. La Chaise, Boileau dont l'humilité était le moindre défaut, fait pourtant cet aveu : « 11 m'a dit que la matière que je traitais
était fort délicate et demandait beaucoup de savoir
qu'il fallait faire une grande différence de l'amour affectif d'ayec l'amour effectif; que ce dernier était absolument nécessaire et entrait dans l'attrition ; au lieu que l'amour affectif venait de la contrition parfaite, et qu'ainsi il justifiait lui-même le pécheur; mais que l'amour effectif n'avait d'effet qu'avec l'absolution du prêtre (2). » S'il ne s'était jamais écarté de cette doctrine, Massillon n'aurait pas poussé l'exagération jusqu'à prêcher en quelque sorte l'inutilité du sacrement de pénitence. Les saints tribunaux, dit-il, (c ne servent plus qu'à, nous découvrir les maux; les guérisons n'y sont plus en usage. Nous y voyons aborder une multitude de pécheurs, nous n'en voyons presque pas sortir de pénitents: on nous y expose des plaies et le bain sacré n'en voit presque jamais de
(1) Si enim, audita confessione. judicaverit neque in enumerandis peccatis diligentiam, neque in detestandis dolorem penitenti omnino defuisse, absolvere poterit. — Cathech, adparochos, pars ii. De pœnit, sacram., num. 82.
(2) Voir la lettre de Boileau à Racine (à Auteuil, mercredi 1697.) On a dit que le 'petit théologicti dont il est question à la fin de cette lettre n'était autre que le P. Cheminais. Mais il est difficile d'admettre que le P. Gaillard ait appelé le dernier des hommes un jeune religieux, une des gloires de la compagnie. Il est possible que Boileau n'ait pas rapporté très-fidèlement les paroles du P, (laillard. — V. le duc d'Orléans et le choficelier Daguesseau, par M. Ot,car de Vallée, p. 271.