‹ MassillonChapitre 92 sur 215 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

fermées : il nous fait connaître les malades, mais il n'en

est plus le remède ce remède divin, loin de guérir

les maux de l'Eglise les a augmentés, pour ainsi dire, a donné lieu à des profanations, loin de rétablir la piété, et a fait des sacrilèges où il aurait dû faire des pénitents. »

Si on trouve dans les sermons que nous venons d'analyser, et dans quelques autres tels que les sermons sur la tiédeur^ sur la rechute^ sur la communion^ des traces évidentes de rigorisme janséniste, que ne peut excuser entièrement le désir de remuer les auditeurs par l'énergie des mouvements oratoires, peut-on accuser aussi d'exagération les tableaux de mœurs que le prédicateur a dû tracer? A^t-il représenté son siècle plus mauvais qu'il n'était ? Sur ce point, nous pouvons justifier complètement Massillon. Il n'a pas calomnié son auditoire. N'oublions pas que la plupart de ses sermons ont été composés pour être prononcés devant la cour, et que lorsqu'il prêchait dans les diverses églises de ^Paris, c'était surtout la société élégante qui se pressait autour de sa chaire. Or, quand on compare les peintures qu'il nous fait de cette société à celles que nous ont laissées divers contemporains, on est forcé de convenir que ses tableaux sont encore les moins chargés. Il connaît à fond la corruption d'une partie de l'aristocratie de son temps. Il essaie de la faire rougir en l'obligeant à reconnaître ses vices dans un miroir fidèle. Il ne parle pas pour flatter ses auditeurs, mais pour les convertir. Il tonne avec tout le zèle d'un apôtre contre ces désordres si communs, dit-il, « dans notre siècle, où le luxe confond tous les états ; où un peu de prospérité fait disputer de faste le publicain avec les princes du peuple, où les misères publiques, en augmentant les murmures, semblent augmenter les profusions ; où l'on ne connaît

plus ni les hommes à leurs noms ni les femmes à leur visage, et où l'on est modeste quand on n'outre pas le luxe établi et qu'on ne fait que se conformer à la folie et à l'excès de l'usage (1). » Ce sont surtout les vices des grands et des publicains enrichis qui excitent sa juste indignation. N'est-ce pas parmi les grands que a la déoauche plus affreuse raffine mieux sur les crimes communs, que les dissolutions deviennent un art et que pour prévenir les dégoûts inséparables du dérèglement, on cherche dans le crime des ressources contre le crime même (2) ? » N'est-ce pas parmi les grands qu'on rencontre « ces femmes molles, voluptueuses et mondaines qui blessent tous les jours nos yeux par l'indécence de leurs parures, et qui corrompent les cœurs par la liberté de leurs mœurs et les pièges qu'elles tendent à l'innocence (3) ? » N'est-ce pas parmi les grands que la recherche des plaisirs de la table a été portée aux derniers excès ? (c Dieu veut 'que de ces tables voluptueuses, où vos grands biens peuvent à peine suffire à votre sensualité et aux profusions d'une délicatess'e insensée, vous laissiez du moins tomber quelques miettes pour soulager des Lazares pressés de la faim et de la misère (4) . »

Massillon s'élève souvent avec force contre <c la fureur d'un jeu outré. » Il s'étonne qu'il y ait des chrétiens qui ne succombent pas « à l'application et au sérieux d'un jeu outré dont la plus forte tête se trouverait accablée (5). » On n'avait pas inventé à cette époque les bals de charité, mais il existait déjà des brelans de charité, (c On taxe son jeu et ses plaisirs pour les pauvres, on les fait entrer en société de son gain, et la fureur du jeu, si

(1) Sermon sur le mauvais riche, première partie.

(2) Sermon pour le dimanche de la Passion.

(3) Sermon pour le dimanche de la Passion.

(4) Sermon sur l'aumône.

(C) Sermon sur le jeûne.

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