‹ MassillonChapitre 94 sur 215 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de sa demeure éternelle, dit le prophète : prospexit de excelso sancto suo, et il a vu les abominations qui sont au milieu de nous ; les fidèles sans mœurs, les grands sans religion, les ministres mêmes sans piété; le sexe sans pudeur et sans bienséance, s'avilissant par des indécences dont les siècles de nos pères auraient rougi, et n'étant plus en sûreté que par le dégoût qu'en ont ceux mêmes à qui il s'étudie de plaire : prospexit de excelso sancto suo. Il a regardé du haut du ciel et il a vu les abominations en honneur au milieu de son peuple ; les rapines et les injustices revêtues des titres et des dignités publiques ; les débauches et les excès affreux autorisés par de grands exemples, un luxe monstrueux et insensé croître et augmenter avec la misère publique ; les théâtres devenus des lieux de prostitution par le dérèglement déclaré de ces victimes infortunées qu'on y court entendre ; et les mœurs publiques devenues des scandales publics : prospexit de excelso sancto suo. Il a regardé du haut du ciel, et il a vu l'intrigue, l'ambition, le schisme et l'aigreur déshonorer son sanctuaire ; la défense de la vérité devenue le prétexte des animosités personnelles ; le zèle allumé par un vil intérêt, les passions appelées à la défense de la religion qui les condamne ; la piété changée en gain et en une indigne hypocrisie ; et ce royaume, autrefois le soutien de la foi et la plus pure portion de son Eglise, devenu par la licence des discours et l'impiété des sentiments le théâtre d'honneur des philosophes et des incrédules : prospexit de excelso sancto suo. Il a regardé du haut du ciel et il a vu un souverain pieux environné d'une cour dissolue; le courtisan, toujours parmi nous servile imitateur du maître, devenir ici son censeur secret; la piété sur le trône devenue plus odieuse; les crimes se multiplier par la contrainte; le péril de la débauche en assaisonner

les excès ; l'ambition se revêtir des apparences de la piété pour attirer les largesses du souverain ; l'hypocrisie s'enrichir des bienfaits destinés à récompenser la vertu ; et la religion plus déshonorée par les mœurs et les artifices de ses faux justes que par la licence des pécheurs les plus déclarés : prospexit de excelso sancto suo. Et alors il a versé sur nous la coupe de sa fureur et de sa colère. Il a fait périr par le glaive de nos ennemis nos enfants, nos époux, nos frères et nos proches. Il a répandu sur nos armées un esprit de terreur et de vertige. Il a fait échouer nos projets... »

L'histoire justifie chaque trait de cet effrayant tableau. Massillon n*a eu besoin, pour être éloquent, d'aucun excès de sévérité. Dans ses esquisses morales il n'a jamais grossi outre mesure les vices d'une société dont il regardait les malheurs comme de justes châtiments. Pour être convaincus qu'il n'a rien exagéré, nous n'avons qu'à consulter les mémoires du temps. Saint-Simon est autrement vif que Massillon. Il est vrai qu'il lui était permis d'écrire dans son cabinet ce que le prédicateur ne pouvait pas dire en chaire. Récusera-t-on le témoignage de cet historien passionné qui mêle les anecdotes de Suétone aux réflexions de Tacite ? Nous en citerons un autre. La princesse Palatine n'a pas écrit, comme Saint-Simon, pour se venger de n'avoir pas joué un grand rôle politique et pour rendre la postérité complice de ses rancunes. Elle est pessimiste sans doute, comme l'auteur des Méînoires; mais elle est plus sincère et plus vraie. Lisons quelques fragments de ses lettres ; nous y trouverons la confirmation de tout ce qu'a dit Massillon.

a Tout ce qu'on lit dans la Bible sur les excès que punit le déluge et les débordements de Sodome et de Qomorrhe n'approche pas de la vie qu'on mène à Paris.. .. La plupart des gens ici ne s'occupent que de leurs plai-

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