CHAPITRE VU
sirs et de leurs débauches ; hors de cela, ils ne veulent rien savoir et rien écouter. Ils ne croient pas à la vie future, et ils s'imaginent que tout finit avec la mort. » (26 avril 1721). — « Les gens de qualité sont en ce temps beaucoup plus corrompus que les gens du commun. Chez ceux-ci, il, n'y a que galanterie ou passion vive, mais sincère; mais chez les autres, c'est pure débauche, et il n'y a plus de honte nulle part. Les femmes s'expriment d'une façon encore plus dévergondée que les hommes (1). » (27 février 1721). — « La vie déréglée et folle, à Paris, devient chaque jour plus détestable et plus horrible. Toutes les fois qu'il tonne, j'ai peur pour cette ville . Trois femmes de qualité ont fait des choses vraiment affreuses. Elles ont suivi à Paris l'ambassadeur turc. Elles ont attiré à elles son fils, l'ont bel et bien enivré, et ont passé deux jours avec ce drôle à grande barbe dans le labyrinthe de Versailles... Gela fera une belle réputation à Gonstantinople aux chrétiennes et aux dames de qualité. » (27 septembre 1720). - Toute la jeunesse de Tun et de l'autre sexe mène en France une vie des plus répréhensibles. Plus elle est déréglée, mieux cela vaut. Ils me semblent se conduire wie sauisch und wie schweine (2). » (18 novembre 1717). — « On trouve ici fort peu de femmes qui ne soient pas coquettes de leur nature, et il est excessivement rare qu'on en rencontre qui ne le soient pas. Devant Dieu, la chose est peut-être très-répréhensible, imais devant les
(1) Déjà, en 1704, une thèse de médecine sur Ja question de savoir si l'homme commence par être un ver était devenue l'entretien général des sociétés. Il fallut, pour la commodité de femmes, la traduire en français et le débit en fut énorme. (V. Lemontey. Hist. de la Régence, ch. xxi.)
(2) Le traducteur des lettres de la princesse palatine a laissé ces derniers mots en allemand. Nous imiterons son exemple. Pourtant à l'aide d'une périphrase Delille a bien dit : « l'Animal qui se nourrit de glands. »
hommes, elle est regardée comme un jeu... Il ne faut pas croire qu'on se lasse de la coquetterie; on ne peut plus s'en passer, pour ainsi dire, et on ne s'en fatigue jamais. » (17 février 1714). — a II n'est que trop vrai que des femmes se font peindre des veines bleues aûn de faire croire qu'elles ont la peau si fine qu'on distingue leurs veines à travers. » (28 septembre 1717). — « L'ivrognerie n'est que trop à la mode parmi les jeunes femmes (^). » (29 avril 1704). — « S'enivrer est chose fort commune chez les femmes, en France, et M""^ de Mazarin a laissé une fille, la marquise de Richelieu, qui s'en acquitte à la perfection.» (7 août 1699). — « La danse est maintenant passée de mode partout. Ici en France, aussitôt qu'on est réuni, on ne fait rien que jouer au lansquenet; c'est le jeu qui est le plus en vogue; mais les jeunes gens ne veulent plus danser. Pour moi, je ne fais ni l'un ni l'autre... Je ne joue jamais, pour deux très-bonnes raisons : la première, c'est que je n'ai pas d'argent ; la seconde, c'est que je n'aime pas le jeu. On joue ici des sommes effrayantes, et les joueurs sont comme des insensés. L'un hurle, l'autre frappe si fort la table du poing, que toute la salle en retentit; le troisième blasphème d'une façon qui fait dresser les cheveux sur la tête. Tous paraissent hors d'eux-mêmes et sont effrayants (2). » (14 mars 1695).
(1) Mme de Villedieu mourut des suites d'une ivresse. On vit en 1718 une princesse de Condé, veuve du duc de Vendôme, se re-j dure dans un cabinet rempli de flacons de liqueurs et mourir à| 40 ans, consumée par ces excès d'une crapule solitaire. ( Lemon-j tey, Hist. delà Régence, ch. xxi.)
(2) Fouquet, dans une partie avec Gourville, perdit 55,000 livresj en une demi-heure. — Un abbé de Gordes, en 1660, perdit avec Icj roi 1jO,000 livres en une seule séance. — Gui-Patin rapporte que M. de Garguet, intendant des finances, mourut de regret d'avoir perdu tout d'un coup un million au jeu. (Lettre du G mars 1656). — Des femmes d'un rang élevé, la maréchale d'Estrades, entre