I»8. XLV
* ProT.jix, I.
DEUXIÈME JOUR. il
« nour d(; votre nation' ! » que fait-il tandis que Marie repose en son berceau? Hélas! il ne soupçonne pas son bonheur. Il ignore absolument le présent magnifique que Dieu vient d'envoyer à la terre.
C'est là l'image perpétuelle de ce qui se passe icibas. Trop souvent le visible seul nous charme et nous occupe ; on dirait que, hors de lui, il n'y a rien de réel pour nous. Étrangers aux choses divines, nous passons notre vie absorbés par l'humain, possédés par le sensible.
Vérité éternelle, qui êtes Dieu même, Dieu révélé par vos créatures, tout subsiste en vous et par vous, et cependant nous vivons loin de vous, parce que nous ne vivons pas de la foi!... parce que nous ne cherchons pas à découvrir les mystères de vos voies! Pour vous, ô mon Dieu, vous progressez par une suite de petitesses toujours plus infimes! Et nous, nous voulons marcher de hauteurs en hauteurs. Vos voies se déroulent par les abîmes de l'humilité; les nùtres, par les montagnes de l'orgueil!...
Notre nature superbe ne veut pas entrer dans la route royale , au fond de laquelle elle entrevoit les anéantissements de Jésus-Christ. Marie sait y entrer; sa naissance est un abîme de petitesse qui appellera tout à l'heure l'abîme de l'étable et de la crèche : un abîme en appelle un autre.
Qu'il est profitable à l'âme de se recueillir et de pénétrer dans le désert sacré pour y assister aux géné-
* Jiulitli, XV, 10.
rations secrètes de la grâce! Dans cette récollection intérieure, elle s'approche du saint berceau de Marie; elle contemple avec bonheur, et dans un silence prolongé, comment tout s'y prépare divinement, dans l'oubli, dans l'inconnu, dans une petitesse qui échappe à tout regard humain.
Quelle sera donc un jour cette enfant? La main du Seigneur est visiblement avec elle *. Cette enfant sera la Mère Admirable du Messie, et, dans quinze ans environ, un Archange, ambassadeur du Très- Haut, lui dira aussi : « Le Seigneur est avec vous. » Paroles qu'on peut entendre non-seulement de l'Incarnation qui va s'accomplir, mais encore de l'habitation de Dieu en Marie, comme dans son temple et sur son trône ; remplissant tout son entendement, toute sa volonté ; étant le principe de toutes ses pensées, de tous les mouvements de son cœur et de toutes ses actions; ne souffrant pas qu'il s'y mêle la moindre tache qui puisse en ternir la pureté.
Pénétrons donc dans ces secrets divins ; mesurons ces espaces immaculés de l'âme de la très-sainte Enfant. Plein d'amour et de joie. Dieu contemple ses propres perfections dans ce miroir limpide... Aucun (les purs esprits qui voient sa face et se tiennent dc- Nant son trône, n'en a reçu l'image, ni renvoyé la gloire avec une si piU-Caiti' fidélité. La ressemblance divine se grave donc à tout jamais sur la substance du r.d'ur de Marie, et l'K.sprit-Saint commence dès
• s. Luc, I, IG.
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lors à y préparer, dans une tranquillité suave et féconde, la demeure très-sainte du Fils de Dieu.
0 mon àmc, médite ces mystères de paix et de silence! Apprends à cette sublime école à oublier le créé, à passer dans l'invisible, à te nourrir des réalités du monde céleste que tu portes avec toi! Viens renaître auprès de Marie naissante; i"enais plus simple, plus innocente, plus semblable à ton Admirable Mère !
Marie en naissant nous offre le modèle delà sanctification chrétienne.
Il semble que le Verbe de Dieu, éternelle image de son Père, voulut, en se faisant homme, devenir l'image de sa Mère. C'est pounpioi il communifiue à Marie, dès sa naissance, les admirables qualités qu'elle devait, à son tour, lui transmettre quand il naîtrait d'elle. « Notre-Seigneur Jésus-Christ voulut, dit saint Bernard, que Marie fût vierge, pour que d'une mère sans tache il fût produit sans tache. 11 voulut que Marie fût humble et douce, pour (ju'il sortît d'elle doux et humble. » C'est pourquoi la Mère Admirable, dès sa naissance, avait reçu en elle le germe de toutes les vertus dont son divin Fils atteindra la suprême perfection. En sorte que, près de la sainte Enfant, nous pouvons déjà dire avec Isaïe : « En ce temps-là le germe de l'Éternel sera plein de magnificence.* »
Regardons et ne nous laissons pas décourager par la
' isalc, IV, 5.
4i PREMIÈRE PARTIE.
vue d'une perfection si sublime. Quand il s'agit de notre avancement spirituel l'audace est permise. Montons donc jusqu'à Marie pour arriver à Dieu ; car si elle a ses fondements sur la cime des montagnes, dit la sainte Écriture, cette Vierge sainte n'est-elle pas cependant offerte par Notre-Seigneur et par la sainte Église à notre imitation? Essayons de saisir, au milieu de ses privilèges et de ses vertus, les traits qui peuvent le mieux nous servir de modèles. Quand ce travail n'aboutirait qu'à retracer en nous une pâle esquisse de la sainteté de Marie; quand nous n'arriverions qu'à former quelques souhaits réels de vie parfaite, ce serait beaucoup pour contenter Dieu, et l'œuvre de notre sanctification serait déjà avancée. Prenons courage! Notre-Scigneur nous a dit : <( Soyez parlàits comme votre Père céleste est parfait *. » Ne dit-il pas aussi au fond de tout cœur chrétien : « Soyez saints comme ma Mère est sainte?» iN'a-t-il pas déposé en nous, par le baptême, d'une manière infuse, les vertus théologales? Et dans ces eaux purifiantes, par lesquelles tous ces mérites nous sont appliqués, n'avons-nous pas reçu une naissance réelle! qui nous fait enfants de Dieu, et nous rend tous les droits que la ftmte originelle nous avait fait perdre?... Relevons notre défaillance devant ces dogmes consolants, et unis à Dieu par le sang de Jésus-Christ, revêtus, dans le sacrement de la régénération, d'un caractère sacré qui nous met en rap-
' s. Malth., V. 48.
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port avec notre Reine immaculée, courons sur ses pas, attii-és par l'odeur de ses parfums *.
Dans cette âme préservée du péché originel, le don fondamental, c'est l'action facile, entière, libre, de l'amour divin. Le Cœur de la très-sainte Enfant est rempli de cette pureté d'intention vraie, droite, qui ne cherche que Dieu. Sa pensée, ses affections la portent incessamment vers son Créateur et Seigneur qui est la vie de sa vie. Aucune altération ni diminution, aucune distraction ne vient rompre ou partager cette direction unique du pur amour de Dieu, pour luimême. Sans doute nous sommes encore bien attardés sur ce chemin. Depuis la chute originelle l'amour de Dieu nous est devenu difficile, il n'est plus spontané : ce qui devait être le besoin le plus impérieux, et comme le cri de notre cœur, est le fruit d'un effort et presque d'une victoire... Et, quand notre Créateur, dans sa pureté, dans sa sainteté, veut que nous l'aimions pour lui-même, nous semblons le méconnaître ou l'oublier, et nous lui préférons les choses sensibles; nous poursuivons un idéal chimérique qui se borne au temps et à la terre.
Pauvres exilés, contemplons cette créature vraiment céleste qui nous arrive de la patrie, et dans le reflet calme et virginal de cette nature préservée, reconnaissons la splendeur primitive dont le péché nous dépouilla.
Aucun trouble, aucun souffle impur du dehors ne
' Cant., I, 4.
l)éiiètre clans l'enceinte de cette cité mystique, dont les murailles sont en pierres de jaspe, qui est ellemême en or semblable à du verre très-transparent*. Les sens, les puissances intellectuelles, tout en elle est soumis à l'action divine. Point de révolte, point de transaction entre la nature et la grâce! Souveraine absolue de son royaume intérieur, Marie maintient en elle l'ordre, la vérité, l'obéissance, la pureté et la paix. Elle fait plus encore; ce qu'elle a obtenu elle le donne ; elle partage avec ses amis ce qu'elle a reçu.
Près du berceau de l'auguste Enfant, ne sentonsnous pas s'arrêter le trouble, la fluctuation de nos pensées, de nos désirs? Ah! recueillons les grâces et les mérites attarbés au beau jour de la naissance de la Reine du ciel et de la terre! Elle habite parmi nous; ne la quittons plus, suivons ses premiers pas, prononçons avec elle sa première parole; renouvelons-nous en ces beautés nouvelles et immaculées qui changent aux yeux de Dieu la face de la terre !
COLLOQUE
Demandons à Marie di; guérir, par sa naissance, les plaies de notre cœur blessé par le péché originel, et sans cesse bouleversé par le péché actuel.
i'rions-l.i (h; ncais rendre, près de son berceau, l'iimocence que le saint baptême nous avait fait recouvrer.
' Apoc, XXI.
Laissons-nous animer du désir d'atteindre, par le secours de Marie et le travail don elle nous rend capables, une perfection qui nous rapproche de notre Mère Admirable.
PRATIQUE
Aller à Dieu en toute droiture et simplicité, avec la candeur d'un enfant, afin de participer à la sainte enfance de Marie.
BOUQUET SPIRITUEL
Comme le lis entre les épines, ainsi ma bien-aimée s'élève au-dessus des jeunes filles. Nous courrons, sur ses pas, attirés par l'odeur de ses parfums '.
Celle-ci est la fieurdes champs de laquelle est né le précieux lis des vallées*.
Les dix francs du soldat.
Chaque mililaire, converti aprc's le siégo de Rome devant la fresque de la Trinité, portait h la sainte image un amour vraiment filial. Souvent, entre eux, ils prenaient le nom de fils de Maler-Admivabilis. Quand ils pariaient d'Elle, leur visage se couvrait de rougeur et de joie sainte.
* Cant., I, 3.
* S. Augustin, Servi, xviii.
« Ah! disait Tun, ses yeux baissés me remuent le cœur « à quatre cents lieues de dislance, »
« Elle me donne encore la p:iix à travers la mer et la « terre qui me séparent d'Elle, disait un autre, et quand « je songe à Elle, le soleil intérieur luit au firmament de « mon âme, et il fait beau temps au dedans de mon cœur « tant que ce souvenir me dure. »
Ces seniiuients se couipreunctit; aux pieds de la Mère Admirable, dans le corridor béni, s'était accompli Pacte le plus important de leur vie; là, ils avaient compris (jue l'éternité vaut bien la peine d'y penser et d'y donner sa vie, comme ils le répétaient eux-mêmes. Revenus en France, les fils de Mater-Admirabilis restaient fidèles à leurs devoirs religieux, et loi'S(iue leur service militaire était rempli, ils consacraient à la religion leurs meilleurs loisirs.
Un d'eux vint un jour lieurler h la porte d'un des couvents du Sacré-Cœur de France, en disant à la sœur portière : « Vous avez, sans doute, des relations avec vos « sœui'S de Rome; eh bien ! voici dix IVancs; cette somme « est ptmr envoyer à celle qui est chargée de l'autel de « Matcr-AdmirabiHa, afin qu'elle achète foi/i ce qu'elle « voudra pour la saint(î Vierge. »
La sœur, charmée de la naïveté du soldat, qui croyait apporter tout l'argent de la terre, lui dit : « Mais comment, « avec votre paye, avez-vous pu compléter celle somme? « —Ah! c'est bien simple, ma sœur: depuis longtemps « je n'use ni de tabac, ni d'aucun soulagennmt pour la « boi.sson, et je peux nu'ltre de cAté eu cousé(|uencc.... « Envoyer un petit souvenir à la chapelle de Malcr-Admi- « rabilis où j'ai appris h revenir au bon Dieu, était ma « pensée; de clia(|ne jour. »
Les mômes pièces d'argent, objets de si longs sacrifices,
furent envoyées précieusemcnl au couvent de la Trinité, avec le détail de ce qu'elles avaient coulé au pauvre bienfaiteur de Mater-Admirabilis. On les a fait percer pour introduire une petite chaînette, et elles sont exposées en ex voto, près de la sainte image, avec ces mots : les dix