‹ Mater admirabilisChapitre 18 sur 44 · FRANCS DU SOLDAT · texte numérisé non relu

FRANCS DU SOLDAT

MEDITATION

Marîe préparée à devenir la Mère Admirable de Notre - Seigneur Jésus - Christ par le saint Nom qu elle reçut.

Premier prélude. — Se représenter uue mer immense tantôt ag;itée, tantôt calme, au-dessus de laquelle brille une étoile.

Deuxième prélude.— Demander la grâce de savoir prononcer avec foi et amour le saint nom de Marie dans toutes les peines et les joies de notre vie.

PREMIER POINF.

Le saint Nom de Marie écarte tout danger pour ceux qui savent V invoquer .

Lorsque nous naissons, nous recevons un nom. Ce nom s'attache à notre sort , semblable à une semence qui croîtrait avec nous; il est plus ou moins grand et plus ou moins éclatant selon que nous avons plus ou

o2 PREMIÈRE PARTIE.

moins de mérite; il devient sacré si nous devenons des saints.

La très-sainte Enfant , « dont la glorieuse vie honore toutes les Églises, » a communiqué à son Nom béni un caractère de sainteté si éminont, que par sa vertu spéciale il est devenu comme un sacrement de l'amour et de la miséricorde de Dieu envers nous.

Dieu voulut qu'Adam nommât tous les êtres animés de la création , afin que chacun d'eux portât le nom qui lui aurait été donné par l'homme'. Nommer est un signe de souveraineté. Adam nomma tous les animaux, parce qu'il en était le roi ; mais pour les hommes, Dieu seul les nomme, parce que seul il est leur maître. Le nom qu'il donne à chacun reste, le plus souvent, secret ici-bas. On ne le saura que dans le ciel. Tous les élus y auront un nom qui sera l'expression vraie et parfaite de leur être, comme en Dieu le Verbe est l'expression vraie et parfaite du Père. Les réprouvés n'ont pas de nom : ils ne comptent pas dans les pensées divines. Dieu ne les counatt pas. Ils sont plus qu'obscurs, ils sont ténèbres; ce sont des êtres annulés. Mais les prédestinés ont un nom propre, le bon Pasteur, dit l'Evangile , les appelle noniinati' vemenl ^ Dieu connaît ce nom de toute éternité : il le prononce en prononçant C(>lui de son Christ béni, car c'est en Jésus-Christ, dit saint Paul, que Dieu crée, prédestine, appelle, bénit et sanctifie les saints. Ce nom divin va se vérifiant en mnis à mesure

' Gcn., II, 19, • s. Jean, X, 3.

que Jésus-Christ s'y forme, et quand Jésus y est pleinement formé, quand nous ne sommes plus que ce que Dieu a conçu et voulu en nous créant, ce nom éclate, et c'est là la gloire.

Mais il arrive aussi qu'en certaines circonstances importantes, et, par exemple, pour signifier et conférer une vocation extraordinaire , Dieu donne luimême un nom de grâce à ses saints. C'est ainsi qu'il changea le nom d'Abram en celui d'Abraham , le nom de Jacob en celui d'Israël, le nom de Simon en celui de Pierre. L'ange dit à Zacharie : « Ton « épouse te donnera un fils et tu l'appelleras du nom « de Jean *. » Et quand le Verbe éternel se fit chair, l'archange Gabriel dit à la très-sainte Vierge : « Vous « enfanterez un fils , vous l'appellerez du nom de « Jésus ^ »

Toute parole qui procède de Dieu est esprit et vie, vérité et grâce. Ces noms qu'il donne aux siens sont autre chose qu'une dénomination extérieure; ils contiennent et confèrent tout ce qu'ils signifient. En appelant son Fils Jésus, c'est-à-dire Sauveur, Dieu déposait en son humanité sacrée la source substantielle et divine du salut des hommes; et en appelant la Mère de ce Fils, Marie, c'est-à-dire dominatrice de la mer, Dieu dépose en cette Vierge admirable la vertu spéciale de dominer les flots de la corruption qui submerge la terre.

Ce nom de Marie avait été donné une première

* s. Luc, I, 13.

fois à la sœur do Moïse. Lorsque le législateur des Hébreux , fuyant Pharaon , arriva au bord de la mer Rouge, il étendit sa baguette sur les flots, qui s'entr'ouvrirent, laissant à découvert le lit de la mer que le peuple de Dieu allait traverser pour atteindre l'autre rivage. Partageant alors la multitude en deux bataillons, celui des hommes et celui des femmes, Moïse confia ce dernier à sa sœur qui , précédant celles qu'elle conduisait, traversa la première la mer Rouge à sec; car les eaux étaient comme une muraille à droite et à gauche *. En souvenir de cet illustre événement, la sœur de Moïse fut appelée Marie, ou dominatrice de la mer.

Quelle grande figure de la Mère de Jésus 1 C'est bien elle qui doit s'appeler Marie! C'est bien elle qui, la première, s'est avancée, immaculée, au milieu des tlots des siècles corrompus!.... Le péché a fui devant elle comme les vagues sous les pieds de la sœur de Moïse. Ainsi encore notre Marie conduit au rivage de la terre promise les générations chrétiennes.

Notre vie n'est-elle pas un passage à travers les vagues amoncelées du monde et de ses scandales?.... Qu'il est, rude, qu'il est long, qu'il est périlleux!.... Mais pourquoi nous arrêter à considérer la tempête? Pourquoi écouter les mugissements des flots irrités?.... Portons plutùt les yeux sur la très-sainte Enfant que Dieu vient de donner à la terre : cette vue reposera nos regards fatigués,... C'est M;n-ie, lii cIoinin;itrice

• Exode, XV, 20.

TROISIÈME JOUR. oo

de la mer! Prenons sa petite main, suivons ses premiers pas ; appelons-la sans cesse à notre secours, et nous verrons bientôt le péché fuir devant l'éclat de sa pureté : la première elle posa sur le serpent le talon victorieux qui devait lui écraser la tête. A ses côtés, on marche à pieds secs pour traverser la mer d'iniquités qui envahit la terre; et paisible et assurée, lame qui la suit voit les flots des passions s'élever comme une muraille à sa droite et à sa gauche, sans en être atteinte!.... Je vous salue, avec amour, dominatrice des mers : Ave, Maria!

Le saint Nom de Marie nous éclaire et nous console.

Go qui semble le plus opposé aux desseins de la bonté divine, y tend et y revient encore en des façons admirables. Quand le péché originel a introduit icibas la lutte , la souffrance et la mort , non-seulement Dieu les a bénies pour qu'elles devinssent un remède au péché même qui les avait causées, mais encore il ne cesse de les tempérer par sa miséricorde, et de les adoucir par sa grâce. Sa bonté les a touchées ; elle en a fait des instruments de sa tendresse compatissante.

Au milieu des afflictions de la terre d'exil , un des secours spirituels le plus puissant est de prononcer avec toi, espérance et amour, le saint Nom de Marie. Aussi , outre le sens principal de dominatrice de la mer, ce Nom a-t-il plusieurs significations en rapport avec les différents ministères de grâces que la très-

sainte Vierge exerce à notre égard. Si elle écarte les dangers de notre chemin, si elle nous obtient ces grâces prévenantes de Jésus par lesquelles notre robe baptismale conserve intacte sa blancheur, Marie est pour nous, alors, l'étoile brillante du matin : son Nom le dit aussi. 11 signifie encore éclairée et éclairante.

Éclairée^ ce nom est pour elle. Comme l'astre bienfaisant qui préside à la nuit , qui diminue par sa douce clarté les ténèbres de notre terre, comme cet astre, dis-je, n'a pas de lumière propre, mais qu'il la reçoit toute du soleil, ainsi Marie n'a rien d'ellemême : elle n'est que Jésus reproduit. C'est Jésus qui l'anime, qui l'illumine et la rend lumière féconde. Si elle communique toutes grâces, elle les a toutes reçues. C'est un miroir si pur, que tout ce qui lui est envoyé, elle le reflète. C'est pour cela qu'elle est éclairanle. Ce nom est pour nous. Marie nous envoie J 'sus; la lumière de Jésus passée à travers une mer de cristal; Jésus déjà exprimé , déjà tout reproduit par une simple créature.

Mettons notre entendement sous la pure lumière qui nous vient de notre admirable Êclairnnie. Alors se lèvera, pour notre àme, la véritable étoile de Jacob que Halaam annonçait quinze siècles avant le jour où saint Joachim et sainte Anne, par une insi)ii'ati(>n divine, appelèrent .Marie l'enfant pleine de grâces (pii leur était donnée. C'est ainsi (pie le pur rayon (jui sembhî sortir de ce .Nom inell'able, apporte un doux reflet de celui de Jéhovali.

TROISIÈME JOin. 57

Nous dovoiis nous habituer à réveiller en nous la pensée de ces grandes similitudes, lorsque nous prononçons, avec recueillement, le Nom de Marie. C'est alors qu'il devient poumons, dans l'exil, réclio sacré des sublimes harmonies de la patrie. Si nous ne pouvons atteindre jusqu'à ces sphères élevées du monde invisible, du fond de cotte vallée de larmes où nous sommes, gémissant et pleurant, disons du moins avec amour: Marie! une puissante consolation descendra bientôt en notre âme et séchera nos pleurs.

Qu'il est touchant, quand on lit attentivement la vie des saints, de voir le culte qu'ils avaient pour le Nom de Marie! Combien de fois ce Nom sacré était-il sur leurs lèvres? Ils en faisaient le doux refrain de leurs cantiques, h^ texte le plus fréquent de leurs prières, de leurs aspirations, de leurs méditations. Ce Nom gracieux et virginal se trouvait le matin dans leurs premières paroles ; le soir, ils le balbutiaient encore au moment du sommeil. S'ils entreprenaient un travail quelconque, ils disaient : Mauii:! alln de lui consacrer leurs labeurs.... Fatigués, ils répétaient : Marie ! pourse reposer.... Accablés, ils murmuraient : Marie! ])0ur avoir force et rafraichissenient.... Troublés, ils invoquaient Marie pour se pacifier.... Mourants, ils s'écriaient: Marie!..., i»ourétre sauvés....

Disons donc aussi suis cesse : Marie! Que l'invocation de ce Nom salutaire entre dans nos dévotions intimes et habituelles. Nous n'avons, hélas! que trop de dangers à écarter et à éviter; trop de douleurs à soulager; nue mort trop certaine à attendre!

COLLOQUE

Demandons la grâce de bien comprendre la signification profonde que Dieu attache au Nom de son Admirable Mère, afin de recueillir, par lui, les grâces qui émanent, même à notre insu, de sa vertu spéciale.

Prions Marie do mettre elle-même sur nos lèvres son Nom béni, toutes les fois que nous en avons besoin.

Offrons-lui les palpitations de notre cœur comme signe du désir où nous serions de répéter sans cesse son Nom, au moins de cœur.

Demandons tous les jours la grâce de mourir en prononçant les Noms sacrés de Jésus et de Marie.

IMlATiyUE.

Dire : Marie, toutes les l'ois que l'on se sent incliné à préférer la nature à la grâce, la chair à l'esprit, le joug des sens au joug de Dieu.

BOUQUET hPI RITUEL.

Marie!.... Mario, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre morll

Dans les dangers, dans les angoisses, dans les perplexités, pensez à Marie, invoquez Mario' I

^ s. Bernard, Uom. ii sup. Misius.

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