TROISIÈME JOL'H
Le vieux juif et le mauvais chrétien.
Un vieux juif avait commencé h. s'instruire pour entrer dans la religion chrcliennc, dont il avait reconnu la vérité. Il ne savait pas encore le Credo qu'on s'efforçait de lui expliquer à la Trinité-du-Mont, tout en l'envoyant ensuite devant Matcr-AdmirabiUs pour qu'il l'étudiât h ses pieds. Un jour il se dit : « J'ai un jeune camarade, mauvais chré- « tien; il faut que je lui fasse remplir ses devoirs. » Il ne larda pas à l'amener près de sa chère iladonina, et le mauvais chrétien, vaincu par le vieux juif, s'approcha des sacrements; puis aussitôt il devint le catéchiste de celui qui l'avait converti, ne cessant d'employer tous les moyens pour lui faire comprendre et apprécier raclion importante à laquelle il se préparait.
La gri\ce fut abondamment donnée par Marie à ses deux visiteurs. Le juif devint bon catholique, elle mauvais chrétien devint un saint, car fidèle à lagrAce qui agissait sur son iime, ce dernier fut, en peu de semaine;:, un homme nouveau dans toute la force de l'expression. Continuellement sous le regard de Dieu, sa prière ne s'interrompait jamais. Lorsqu'il était au pied de la Mère Admirable, on le voyait étranger ii tout ce qui aurait pu le distraire; ses paroles étaient empreintes de l'esprit de perfection. Bientôt il n'aspira plus qu'à se séparer du monde. Il patientait, disail-il, voyant la volonté de Dieu en toute chose, et celte vue lui faisait faire les moindres actions aussi bien qu'il le pouvait. 11 édifiait tous ceux qui l'avaient connu si étranger à notre sainte religion. Son désir de souffrir pour le bon Dieu -était constant, et quand une
cii'coiislance pénible se présentait: «Ah! disait-il, ces « nialheurs-là sont le bonheur! »
Une tendre dévotion pour le Saint-Sacrement fut bientôt l'objet de toutes les pensées du converti de Mater- Admirabilis. Le trait suivant nous en donne la preuve.
Le jeudi saint, ce brave homme étant entré dans un couvent des religieux du Précieux-Sang, pendant l'office, sortit quelque temps après, et vint à la sacristie les larmes aux yeux : « Ils l'ont emporté!... quel malheur!...» s'écria-t-il. On comprit que c'était du très-saint Sacrement qu'il parlait, et un prêtre lui répondit : « Voulcz- « vous que je vous montre la cachette où on l'a mis « jusqu'à samedi? » Et le prêtre conduisit le pauvre homme dans une petite chapelle. 11 avait oublié les usages de ce saint jour, et il fut tout heureux de retrouver Nolre-Seigncur sur le joli rcposoir préparé dans 1 intérieur du couvent pour y abriter les saintes espèces. Il se mit en adoration, et les religieux retournèrent à leurs occupations. Le soir, lorsque la communauté se réunit au tombeau, il était h la même place et ne sembla pas s'apercevoir de l'entrée des Pères qui, de leur côté, le regardaient avec attendrissement , en disant : « C'est (' vraiment un des anges adorateurs de la très-sainte « Eucharistie. »
Cet excellent chrétien s'éloigna de Rome ; h Marseille, il écrivait :
« Je viens de recevoir le consentement d(> mes parents... Mainlenanl, jusqu'au congi'dicment que je donnerai au monde, je ne désire ((ue des prières, et le secours de Celui qui est si généreux pour ceux qui savent ne désirer que son amour! Bientôt je serai dans la relraile de la Trappe, pour n'en sortir jamais... Je suis tout îi Matcr- Admirabilis. A ses pieds, je suis venu sans pensera rien ;
TKOISIÉMK JOIK. Gl
près d'elle, j al senli qu'il fallait revenir à la relijîion... puis, toutes mes idées ont été changées . Ah! (lue mon vieux juif m'a donc amené à un bon endroit! Je lui en aurai une éternelle reconnaissance. Pliez pour moi, maintenant que je m'éloigne de la petite chapelle, où j'allais chaque jour raviver mon courage, en regardant Matcr-Admirabilis. »
L'houune dont nous avons raconté l'histoire s'est tenu parole; il est devenu Trappiste, et le vieux juif va répétant : « Mon converti a lait mieux (|iie moi encore! »
MÉDITATION
Marie préparée à devenir la Mère Admirable de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la maison de ses parents.
PiŒMiER PRiÎLiJDE. — Se représenter l'intérieur de l'habitation pastorale de Joachim et d'Anne, où la petite Marie croît sous l'œil du Très-Haut, comme une petite fleur des champs s'épanouit sous les rayons du soleil.
Deuxième puélude. — Prier l'auguste Enfant des patriarches de nous obtenir la grâce de savoir placer notre perfection dans l'accomplissement des devoirs les plus simples et les plus journaliers.
premier point.
En restant sous la lumière des saintes Écritures, on découvre le caché de la vie de Marie.
C'est pour l'âme une source de grâces que la méditation de la Yie des saints, parce que dans leurs
actions, même les plus petites, elle trouve toujours quelque chose de Notre -Seigneur, et que ce Maître de l'humilité aime beaucoup à se donner à qui le cherche ainsi, sous l'humble enveloppe de ses créatures. Il est écrit, d'ailleurs , qu'il honore étrangement ses amis. Et quel honneur plus grand que de se montrer lui-même à nous en leur personne?... Mais, s'il y a profit spirituel à imiter les saints amis de Dieu, quel sera celui que l'on trouvera à imiter la Mère de Dieu? Elle est l'image parfaite de Jésus. Le doigt de Dieu, qui est le Saint-Esprit, a librement gravé sur tout l'être immaculé de Marie cette empreinte de la substance divine, qui devait s'incarner en elle, et qui; comme un vrai Fils, voulait tenir de sa Mère toute la physionomie extérieure, et même intérieure de son humanité; de sorte, qu'en imitant Marie, nous imitons surtout Jésus Notre-Seigneur.
Que les moindres détails de ces divines existences soient l'objet de nos pieuses recherches dans la méditation et dans la prière!
On raconte que saint Thomas d'Aquin avait une dévotion particulière au caché de Dieu: aimons, nous aussi, k caché de Jésus, le caché de Marie; cherchons à nous rendre présent ce caché très-saint. Ce n'est pas, pour la foi, une entreprise téméraire : le caché est son objet; l'invisible est son monde. Connaissons la [(uissance de la foi ; usons de sa v«Mtii et iorti(i(tns-la, dans son exercice, «mi la nourrissant abondannncnt de ce pain eucharistique (|ni est son aliment propre ,
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mysiprium fidci\ et qui contient excellemment tous les secrets et lii substance même du caché.
C'est à bon droit que l'Église chante, en sa liturgie : « Si illustre est la vie de Marie, qu'elle répand sur toutes les Églises une lumière de gloire. )> La place immense qui reste à l'inconnu dans cette sainte vie, lui donne une grandeur inexprimable. 0 vous, qui êtes au-dessus de toute louange, comment vous honorer dignement?... Disons avec saint Luc : u Marie est mère de Jésus. » Et puis taisons-nous, méditons!...
Cependant , pour aider notre esprit que des lumières trop simples fatiguent, et que des vues trop générales laissent dans le vague, Marie se montre à nous dans une série de beaux mystères qui, pour ainsi parler, la dessinent et lui donnent du relief. Sans doute ce sont de simples points lumineux, hors desquels on ne voit plus qu'une profondeur où l'œil se perd. Toutefois, Marie permet encore qu'on y regarde, et qu'à force d'y appliquer des yeux purs, attentifs et ardents, on y découvre assez de clarté pour embrasser en son ensemble la vie entière de notre Admirable Mère.
Pour nous guider, d'ailleurs, dans cette pieuse et très-douce recherche, nous avons les divines Écritures. Il est merveilleux à quel point celles de l'Ancien Teitiment suppléent la sainte sobriété du Nouveau, dans lequel , cependant , la foi , la science et l'oraison nous font dé,à trouver Marie si complète et si grande.
' s. Paul.
Pour commencer l'étude du caché en la vie de la très-sainte Vierge, voyons-la former ses premiers pas dans la maison de ses parents. Elle gardait humblement les usages des autres enduits, Celle qui naissait Reine du ciel et de la terre! Vénérons ses pas enfantins, et demandons-lui d'affermir les nôtres dans ces voies immaculées. « J'ai couru dans vos voies et mon cœur s'est dilaté *. »
Marie prononce la première parole qu'elle ait adressée aux hommes. Depuis qu'elle respirait , elle parlait à son Dieu. Quelle fut cette première parole extérieure? Secret du ciel, je vous respecte, et j'attends..- Une des joies du paradis sera de vous connaître.
L'histoire se taisant, ouvrons le livre écrit par Celui qui a tout vu, tout entendu, tout retenu, nous y trouverons quelque chose du secret que nous cherchons. C'est de Marie que le roi-prophète disait : « La grâce ost répandue sur ses lèvres, parce que Dieu l'a bénie de toute éternité ^ » Et quand Salomon dans son Cantique dit : « Les fleurs ont paru sur la terre , la saison des chants est venue, la voix de la tourterelle a été entendue dans les prés * ; » qui n'entend , qui ne sent que cette tourterelle annonçant le printemps, c'est aussi, c'est d'abord la siiinte petite Marie parlant, pfUH" la première fois, dans la maison de ses pères? Dieu lui dit alors : « 0 ma colombe, du creux des 't rochers, des fentes du mur en ruines, montrez-moi
' Ps. XVIII, 32.
* Ps. xi.in, 3.
* Gant., II, IS.
« votre visage, parce que votre voix ravit mou « oreille * l »
Marie ^ dans la maison de sa mère, sert de trait d'union entre les femmes de l'ancienne loi et les femmes de la loi nouvelle.
En restant près de la petite Marie, nous habiterons, en esprit, la patriarcale demeure de ses pieux parents. Les mœurs pastorales des ancôtres du Messie , si bien dépeintes dans les textes bibliques, prendront un nouvel éclat en nous arrivant par cette Enfant de bénédiction. La très-sainte Vierge est le trait d'union entre l'Ancien et le Nouveau Testament, Elle fut juive jusqu'au moment où elle prononça Vancilla Domini. A cet instant suprême elle devint chrétienne, puisque être chrétienne n'est auti'c chose que de posséder en soi Jésus-Christ. Marie devient de la sorte la chaîne sacrée qui rattache la vertu des femmes de la Bible aux vertus des femmes de l'Évangile. C'est ce que l'ange, la saluant, lui déclarait par ces mots: « Le «Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes « les femmes,» Toutes les femmes sont bénies en Marie: toutes celles qui la figurent, toutes celles qui la re- Itroduisent. Fille des patriarches, dont elle imite les exemples et dont elle possède éminemment toutes les vertus, elle élève, en sa personne , jusqu'à la perfection évangélique, cette vie, déjà si sainte, des justes d'autrefois.
* Gant., Il, 12, 14.
En particulier, Marie nous sert à mieux connaître ces illustres femme§ que l'Esprit-Saint loue en termes si magnifiques; elle les résume toutes et les surpasse. Les noms de Sara, de Rébecca, de Racliel, de Noémi , d'Esther, de Judith, de la mère des Macliabées, viennent se concentrer, comme une couronne d'étoiles brillantes, sur la tète de notre jeune enfant : Benedida tu in niiilieribiis !
Sollicitée par ces grands souvenirs, toute femme vraiment chrétienne sent, en son cieur, le désir d'imiter celles qui savaient si bien conserver, dans leurs familles, l'ordre, la paiii et l'abondance, fruits de leur vigilante sollicitude. Que d'éclat et de grandeur dans ces demeures pastorales, où ces humbles devoirs étaient remplis fidèlement! Ces vertus domestiques étaient certainement à leur apogée dans la maison où Marie vint au monde , et, dès son berceau, elle reçut les heureuses impressions des exemples admirables que lui donnaient le saint patriarche Joachim , son père, et sainte Anne, sa mère. En fille respectueuse, elle conservait déjà, dans son esprit, tout ce qu'elle voyait en eux de saint, et elle le repassait dans son cœur. Au Temple, en Egypte, à Nazareth, à Éphèse, elle suivra encore ces beaux exemples, et, y mettant le sceau d'une perfection achevée, elle nous les ti'.iiisnx'ttra, à son tour, comme modèle.
Mais (jue faire pour imiter ce qui semble inimitable?... Marie saura tempérer la splendeur céleste qui donne à ses vertus un lustre incomparable ; elle les mettra h notre portée. SousTintluencedeson aimante
et active miitcrnité, nous pourrons nous rapprocher d'elle et lui ressembler davantage.
Que fait sainte Anne pendant que son admirable Fille la suit de la main et du cœur? Les Écritures nous le diront avec le charme et l'onction qui leur est particulière : (lEUle travaille le lin, la laine , et le conseil préside à l'ouvrage de ses mains. Elle se lève la nuit, distribue la laine à ses servantes et donne la tâche à chacune d'elles. Elle a vu un champ et l'achète. Elle a planté une vigne du fruit de ses mains. Sa lampe ne s'est pas éteinte pendant la nuit. Elle a porté la main à la quenouille et ses doigts ont tourné le fuseau. Elle a ouvert sa main aux pauvres, elle a tendu ses deux mains à l'indigent. Elle ne craint pas l'hiver, tous ses serviteurs ont deux vêtements. Elle ourdit la toile et la vend. Elle est revêtue de force et de beauté. Son dernier jour sera plein de joie : car elle a ouvert la bouche à la sagesse et une loi de clémence est sur ses lèvres. Elle a veillé sur les pas des siens et elle n'a pas mangé son pain dans l'oisiveté. Qui trouvera la femme forte? Elle est d'un prix qui surpasse toutes les pierreries *. '>
Ce texte sacré doit être médité dans son ensemble et dans chaque détail. L'admirable Ménagère de Nazareth nous donne la lumière et la grâce de ces lignes à jamais bénies 1
COLLOQUE
Demander à la petite Marie qu'elle daigne nous
* Prov., XXI, 10.
enseigner à pénétrer dans l'intime de savie cachée, en nous éclairant elle-même sur les passages des saintes Écritures qui ont rapport à ces mystères divins.
La louer et la remercier d'avoir consacré en sa personne les vertus patriarcales de ses ancêtres pour les proposer, en elle-même, comme modèles des vertus chrétiennes.
Prier sainte Anne de nous obtenir de sa très-sainte Fille l'amour des vertus simples et journalières, et la fidélité nécessaire pour les élever, dans nos âmes,, à leur perfection.
PRATIQUE
Recueillir de sa méditation un texte des saintes Écritures qui rappelle les vertus de la vie cachée de la très-sainte Vierge, afin de s'animer dans la pratique des devoirs de son état.
Désirer n'être connu que de Dieu seul. Faire dans une suave humilité ce qui dépend de nous, ce qui est indiqué par les circonstances, ce que nous voyons nous être demandé de Dieu ; puis, s'arrêter, prier et laisser h Dieu toute sa puissance.
BOUQUET SPUUTUEL.
Klle travaille le lin, la laine, et le nuiscil préside à l'ouvrage de ses mains.
Elle a ouvert la bouche h la sagesse, et ime loi do clémence est sur ;cs lèvres*.
• Prov.
QUATRIÈME JOIjR. 71
Mon Dieu! qu'avoiis-nous donc tant à faire ici-bas? Le monde va sans nous. Dieu règle et gouverne tout. Servons-le, aimons-le; et tout le reste s'arrangera'.
Guérison de M. l'abbé Blaixipin.
Après avoir prêché trois ans les nègres de l'ile Bourbon, M. l'abbé Blanipin, de la congrégation du Saint-Cœur de Marie, avait complètement perdu l'organe de la voix, ce qui le mit dans l'impossibililé de poursuivre ses travaux. Rappelé en France par ses supérieurs, il quitta avec regret le troupeau qu'il avait gagné îi Jésus Christ, et vint èpuistM' inutilement en Europe toutes les ressources de lamédecinc. Fatigué par vingt et un mois deremèdes,il se mit en voyage pour Rome, voulant essayer, comme il le dit à une personne qui s'j trouvait avec lui sur le bateau, si l'air d'Ualie lui ferait du bien. 11 y avait environ deux mois qu'il était dans la Ville Sainte, lorsque par hasard, ou plutôt par une disposition de la Providence, il accompagna Mgr Pompalier, évèque d'Océanie , h la Triiiiié, où le pieux Prélat allait se recommander aux prières de la Mère Makrena qui, alors, habitait le couvent du Sacré-Cœur.
La Mère Abbosse ayant remarqué l'infirmité du jeune missionnaire, l'engagea h venir, pendant scptjours, dire la messe, à huiuelle elle communierait, à l'intention d'obtenir sa guérison par l'intercession de Marie. Après la messe, ils allaient ensemble prier à la Madonna del
' Le P. de Ravianan.
Giglio ; \a Ubre Makrcna disait les Litanies, ef, il s'y unissait en silence. Dans l'après-midi, il rc\Tiiait et priait encore longtemps. Le l*"- samedi de novembi-e, après la messe, qui était la sixième, il alla, comme de coutume, aux pieds de la sainte Vierge. La Mère Abbesse, qui avait reçu ce jour-là l'assurance que la grâce était accordée, lui dit d'essayer de prononcer les saints Noms de Jésus, Marie, Jo.sepli,maisce fut inutile : un son rauque qu'il parvint à produire après l)ien des otlorts expira sur la première syllabe. La Révérende Mèie, pleine de confiance, lui commanda de réciter à toutes les heures truis Ave Maria, et de s'efforcer de les prononcer aussi liant que possible. « C'est ce que les médecins m'ont défendu, » dit M. Blampin tout bas, v mais je suis bien convaincu « de l'inuiiliié de ces ordonnances; et je le ferai. »
11 revint prier le soir plus tôt qu'à l'ordinaire; la Mère Makrena alla le trouver, lui fit répéter Jésus, Marier Joseph. Elle comprit intériQurement que la sainte Vierge allait manil'esler sa puissance; alors, avec un ton d'autorité, qu'on aurait pu croire inspiré : « En l'honneur do « Marie, dit-elle au jeune ecclésiastique, récitez à haute ¥ voix trois Ave Maria, » ce qu'il Ht sans la moindre difficulté. La Mère Makrcna fit aussitôt avertir la Supérieure; M. Blampin récita devant la communauté les Litanies et le Te Deum, et vint le lendemain matin dire, à voix claire et sonore, la dernière Messe de son septénaire.
Pendant (pie les religieuses du Sacré-Cœur conservaient dans le secret de leurs cœurs la joie que la très-sainte Vierge leur avait donnée, S!i gloii'C se manircsiail au dehois. M. nianqtin, en rentrant à son hôtel, ne put [)arler sans qu'on saperçrtt de la grAcedont il avait été l'objet. Les personnes de sa connaissance eu remereièi'ciit publicpienicnl la Mère de Oieii, et le lendemain, une messe solen-
nelle fut chantée à celte intention. Deux jours après, l'évcque, qui avait conduit le missionnaire à la Trinitédu-Mont, le présenta au Saint-Père Pie IX. Sa Sainteté se souvint alors de sa chère Madonnina qu'il avait bénite, et devant laquelle il avait prié, le 20 octobre précédent. Elle daigna ensuite écouler, avec beaucoup d'intérêt, le récit détaillé de celle guérison, et permit à M. Blampin de célébrer une messe d'actions de grâces devant l'image de sa bienfaitrice. Le 21 novembre, le vaste corridor des Minimes fut converti en chapelle improvisée. Les élèves de la maison assistèrent à cette première messe, qui se disait au milieu des chanls de reconnaissance, souvent interrompus pour entendre la voix claire et sonore de 1 heureux missionnaire.
La petite ardoise, dont M. Blampin s'était servi pour transmettre sa pensée, fut le premier ex-volo appendu aux parois du corridor privilégié. On la voit encore à la môme place; elle porte la date de cette première guérison obtenue pav Mater-Admirabilis, le 6 novembre 1S4G.
Une circonstance fort touchante se rapporte à la guérison de M. l'abbé Dlampin. Lorsqu'il fut question de son voyage à Uonie, un frère de son ordre vint ti'ouver le 11. P. Libermann, fondateur et général de la congrégation du Saint- Cœur deMarie, etlui dit : «Ah! mon révérend Père! envoyez, je vous en prie, noire Père Blampin à Rome; l\ Très- Sainte Vierge l'attend la pour le guérir de son infirmité. » Le U. P. Supérieur ne donna à cette ouverture du frère qu'une légère importance.
Quand M. Blampin fut guéri par l'entremise de Mater- Admirabilis, il envoya au R. P. Libermann la pelile relation de sa guérison. Ce récit, dicté par la reconnaissance, fut lu en communauté, et le frère, qui avait confié h son supérieur lesinlentionsde Marie, éprouva une si profonde
émotion, que le R. P. Libermann se souvint alors de la propliétie de l'humble frère.
Le R. P. Libermann vint à la Trinité-du-Mont demander la faveur de dire la sainte Messe devant la Madone qui avait rendu la voix à un de ses fils bien-aimés, et c'est luimême qui raconta avec .consolation ce trait tout à la gloire de Mater-AdmirabUis.
MÉDITATION
Marie préparée à devenir la Mère Admirable
de Notre-Seigneur Jésus-Chriat en vouant À I>tea
■a virginité.
PREMIER PRÉLUDE. — Se figurer de beaux et vastes pâturages qui entourent l'habitation de saint Joachim et de sainte Anne ; voir la petite Marie s'y promener seule et y prier.
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander à la très- pure Enfant la grâce de savoir distinguer, au milieu même des œuvres extérieures, la voix intérieure qui nous appelle toujours à nous dégager de la terre, et à nous élever vers le ciel, soit eu nous consacrant uniquement à Dieu, soit en n'usant des créatures que pour l'amour de lui.
PREMIER POINT
Marie est appelée à consacrer' sa virginité au Seigneur.
Suivons toujours les pas enfantins de Marie. Déjà
elle se retire dans la campagne pour y prier, seule, à l'écart. Descendante des célèbres bergères de la Bible, Rébecca, Rachel, Ruth, elle aime, comme elles, la sérénité des champs, la paix des vallées, la fraîcheur des bois; là son âme, toujours unie à Dieu, se repose davantage. Cette pure et riante nature lui apporte une faible image du Paradis terrestre. L'immaculée Marie avait le droit d'y entrer, et le Chérubin au glaive flamboyant l'y aurait introduite , si elle n'avait été elle-même un jardin meilleur et plus beau, où Dieu prenait ses délices, et où l'humanité repentante et sauvée devait retrouver le fruit de l'arbre de vie.
Marie regarde le firmament qui se couvre d'étoiles, au-dessus de sa tête ; elle prie... Peut-être a-t-elle vu prier ainsi le patriarche Joachim. Imitatrice des vertus de sa mère, elle retrace aussi les mœurs et les habitudes de son père, qui lui-même garde, avec respect, les pieuses traditions de ses ancêtres pasteurs. Isaac sortait pour méditer dans les champs, au déclin du jour. * A quinze siècles de distance, l'Enfant de la promesse méditera ainsi, et, dans un de ces moments de repos en Dieu, elle enhMidra une voix divine qui l'appellera comme autrefois fut appelé Abraham. Dieu lui parlera comme à son saint aïeul, et il accomplira en elle la promesse faite alors : « Sors de ta terre et de (i ta parenté et de la maison de ton père, et viens en « la terre que je te montrerai... Et en toi seront « bénies toutes les familles de la terre'. »
* Gcn., XXIV, 93.
• Id., XII, 1.
ClNaUIÊME JOUR. 77
Que d'harmonie dans la religion, et comme Jésus, fils de Marie, en est le centre 1 Les préparations, les prophéties, l'histoire et une providence surnaturelle de quarante siècles viennent aboutir à une créature, et cette créature est une enfant ! Qui peut regarder cette enfant sans un respect mêlé d'attendrissement? Avec quelle plénitude de foi, avec quelle religion et quel amour on lui crie : « En toi ont été bénies tou- « tes les femmes de la terre * ! » Oh ! que les pensées de Dieu sont éloignées de celles des hommes !
Marie écoute encore la voix intérieure qui lui parle. Un second appel plus doux lui est adressé : u Viens, VENi! » Où ira-t-elle? Elle l'ignore encore ; mais pour aller où le céleste veni l'appelle, elle sent que d'abord il faut FUIR... oui, FUIR... C'est un mot plein de sens, un mot tout virp^inal. Il dit le détachement, l'allVanchissement intérieur, la séparation du créé. Marie entend ce mot, elle le comprend, elle l'aime et elle s'y livre. Mais où fuira-t-elle? C'est alors qu'entre Dieu et son humble servante commence ce doux colloque dont le Cantique des cantiques nous dit la substance. Méditons ces paroles sacrées. Ce sera toujours ainsi que Dieu parlera aux âmes «ju'il élève à l'honneur de ce royal appel. Pour entraîner les ûmes au péché, Satan a une formule, celle dont il s'est servi pour tenter nos premiers parents et les perdre : « Pourquoi ne « mangez-vous pas de ce fruit ? » Pour nous séduire saintement et nous gagner à lui, Dieu a aussi ses for-
* Gcn., XII, 1.
mules ; il nous dit comme à Marie : « Viens du Liban ^ « mon Épouse! » Et pourquoi ne lui dit-il pas : «Viens, (( ma Mère ? » C'est qu'avant de consommer avec Marie l'alliance unique, ineffable, dont sortira l'Incarnation de Jésus-Christ son Fils, il veut former avec cette angélique créature une alliance déjà très-intime, qui attirera sur la terre le Désiré des nations par la plus belle des vertus. Cette alliance nouvelle, c'est la virginité, gardée en vue de Dieu, afin de lui réserver toutes les forces du cœur,
La pureté rapproche de Dieu , disent nos livres saints*. Ce qui paraît une solitude est un recueillement fait à la prière.
Comme vous, ô monde, l'âme vouée au Seigneur croit à l'amour ; comme vous elle aspire à ce bien suprême du cœur ; mais elle ne le cherche pas dans les mêmes régions que vous. Le vôtre est sur la terre ; le sien, tel qu'une flamme vive et pénétrante, s'élance vers le ciel et s'ouvre un passage à travers les obstacles.
L'âme, par cette union, qui porte le beau nom de virginité, devient réellement épouse de son Dieu : la sainte Église lui donne ce titre insigne, et Dieu luimême la nomme sa colombe, sa douce fiancée, sa sœurépouse.
Épouse exilée, il est vrai, elle ne rencontrera jamais sur la terre que des frères et des sœurs ; son Époux est au ciel. Jusqu'à ce qu'elle se repose en lui, de vagues inquiétudes l'agitent, comme parle saiut Au-
* Sag., VI, 20.
gustin , mais elle se console en aimant , quoique exilée. Captivée par les parfums célestes de l'Époux invisible, elle le suit sans le voir jusque dans les régions élevées où, voisine des portes du paradis, elle se fait, au-dessus des astres, une solitude digne de ses pensées; et, quand elle redescend sur la terre, la sérénité d'un autre monde rayonne autour d'elle. La terre est son point d'appui ; mais elle ne s'y attache pas. Son amour est sans cesse porté en haut ; aussi il reste pur. Toujours jeune parce qu'elle espère , toujours jeune parce qu'elle est pure, elle voit tous ses âges colorés par les fraîches aurores de l'adolescence, qui les confond. Sous les blanches ailes de la virginité, peut-elle vieillir? N'est-ce pas à elle spécialement que l'Église a recommandé de ressembler aux enfants, on vue du royaume des cieux ? A d'autres les rapides joies de la terre ; à elle les radieuses espérances, arguments de l'éternité !
La première dans la nouvelle alliance, Marie recevra cette grùce du Très-Haut, de comprendre les joies de la virginité, et la première elle dira : « Je suis à (t mon bien-aimé, monbien-aimé est à moi ; il se plaît « parmi les lis*. J'ai soif de Dieu^ ; sans Dieu mon « Ame est une terre aride*. Venez, mes ailes, que je « m'envole et que je me repose *! La tourterelle a bien (( son nid\ J'ai besoin d'aimer plus qu'il n'est possible
« Gant., VI, 2.
* Ps. xnv, 10.
' Ps. I.XXII, 5.
* Ps. CXLII, 6.
" Ps. LIV, 7.
« ici-bas, et j'attends '... j'attends dans la solitude où «j'ai fui pour penser librementà mon amour ^ »
Mairie ouvre la voie royale où les vierges marcheront à sa suite pour être présentées à Notre Seigneur.
Dieu ravi de ces premiers accents d'amour, qui s'élèvent purs et ardents de la terre au ciel, répond à Marie : « Écoute, ma fille, vois... incline ton oreille... « oublie ta famille et la maison de ton père, et le Roi « sera épris de ta beauté ' . » Marie a compris ; elle incline son oreille, et le Yeni, sponsa mea lui fait oublier sa famille et la maison de son père. « 0 vous que « chérit mon âme, s'écrie la très-sainte Enfant, dites-r « moi oij vous conduisez vos brebis, où vous les faites « reposer au milieu du jour, afin que je ne reste pas «errante*?... Mon bien-aimé demeure aux lieux où « il cultive l'encens. Je m'en irai à la montagne de « la myrrhe, à la vallée de l'encens ^ »
Toujours, partout, et dans tous les âges, il y a des lieux bénis de Dieu, des demeures que Dieu s'est choisies. Ceux que Dieu appelle en ont l'attrait. Ils souffrent, ils prient, ils conjurent jusqu'au jour où il leur est permis d'y voler.
A l'heure de l'ajjpel de Marie, le lieu le plus saiul
• Ps. LXXXIIl, C.
Ps. XXXIX, 1.
' Ps. LIV, 8.
• Cant., 1,6.
' r.ont., IV, 5.
de la terre était le Temple de Jérusalem. C'est là que le cœur de Marie se sent divinement attiré. L'aimable Enfant, qui compte trois ans à peine, demande à ses parents d'être conduite au Temple pour habiter à l'ombre du Tabernacle , dans les parvis rései^és aux vierges d'Israël. Seule avec Dieu, et demeurant dans sa propre maison, elle sera tout entière et toujours occupée à entendre la voix qui a dit : « Venez, ô mon « Épouse ! » et qui retentit encore au fond de son cœur. Ses parents l'écoutent ; ils admirent ce que Dieu fait en leur fdle, et, foulant aux pieds les sentiments humains qui pourraient s'opposer à la sainte volonté du Seigneur qu'ils adorent, ils conduiront eux-mêmes leur petite Marie au Temple de Jérusalem, afin qu'elle y vive pour aimer et servir Dieu uniquement.
Bienheureuse l'âme qui entend ainsi, dans l'intime de son cœur, le veni divin 1 Dieu convie cette âme au banquet eucharistique sur la terre, et au banquet des noces de l'Agneau dans le ciel 1
Que de privilèges sont accordés à la virginité dans le temps et dans l'éternité ! Dans l'éternité , les vierges, dit saint Jean, seront les prémices des créatures, pour être présentées, à la suite de Marie, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'elles entoureront de plus près. Dans le temps, elles n'ont point à redouter ces grandes tribulations de la chair, dont parle saint Paul et dont le monde parle encore plus que lui ; à la place, elles ont les joies et les délices du chaste amour de leur Époux... « Je suis à mon bien-aimé, peuvent-elles s'écrier après
« Marie, et mon bien-aimé est à moi ; il se repaît parmi « les lis. )> Le lis par excellence, Jésus est leur vie... Les misères passagères attachées aux vicissitudes de ce monde n'atteignent les vierges qu'à distance, et les flots tumultueux des passions humaines ne peuvent les submerger I Elles n'entendent leurs mugissements que comme un écho lointain... Et si elles ont leurs peines, leurs souffrances , le souvenir du Yeni, sponsa mea, auquel elles ont répondu : « Me «voici, EGCE VENio... » sera, pour elles, une source de reconnaissance et d'amour qui les fera tressaillir d'allégresse, même pendant l'épreuve, dont elles découvrent la valeur à mesure qu'elles s'unissent plus intimement à Jésus-Christ.
Le bonheur de l'âme vouée au Seigneur est vraiment ineffable en tout temps, que dire de celui qu'elle goûte à sa dernière heure ?... Eiit-elle épuisé une longue série d'épreuves, de travaux, de pénitences, dès qu'au milieu des étreintes de l'agonie la Vierge dislingue le veni éternel, elle s'écrie : « Ai-je souffert? « Ai-je été humiliée, oubliée, méconnue, méprisée?... « Non, mille fois non !... »
Dans ces sentiments de confiance et de sainte dilection, la Jérusalem céleste apparaît à l'Épouse de Jésus-Christ : à travers les portes éternelles elle entrevoit les perspectives infinies de la voie royale que la Vierge des vierges foula la première. Elle s'élance par les ardents désirs de son Ame ; elle voudrait briser les liens qui la retiennout encore ici-bas ; il lui tarde de voir Celui qui possède l'unique amour de son
CINQl^IÊME JOUR. 83
cœur. « Venez bientôt , mon bicn-aimé , mon âme a « soif de vous ! » C'est le cri qui lui échappe sans cesse.
a 0 mon Sauveur, je vous ai tout offert dans la sim- « plicité de mon cœur; vous êtes mon appui, mon « refuge et mon libérateur ; je suis votre heureuse « Épouse. Ah ! que rendrai-je au Seigneur pour tous « les biens qu'il m'a faits?... » Et si l'on murmure doucement à son oreille : « Courage ! voici qu'il « vient!... » on voit sourire, mais d'un sourire ineffable et céleste, celle que la mort couvre déjà de son voile funèbre!... Enfin l'heure suprême est arrivée ; d'une voix éteinte l'Épouse de Jésus-Christ dit encore : « Tout est paix, tout est calme au rivage où j'aborde ; « je me perds dans l'immensité du Cœur de Jésus* ...»
Et la mort vient consommer cette unité... car cette fois , Notre-Seigneur ne dit plus seulement : Yeni, SPONSA MEA 1 c'est lui-même qui vient chercher son Épouse pour qu'elle le suive partout où il ira.... et pour qu'elle chante éternellement le cantique que personne ne chantera que les vierges.
Bienheureuse épouse de Jésus 1 « elle a été rachetée entre les créatures pour être avec l'élite de la terre offerte à Dieu et à l'Agneau ^ ! »
COLLOQUE
Louer, bénir, exalter Marie de ce que, la première
* Toutes CCS paroles ont été recueillies textuellement auprès du lit d'une religieuse mourante.
• Apoc., XIV, 13.
dans la loi nouvelle, elle a reçu de Dieu le titre d'Épouse.
La prier d'inspirer le courage de suivre le royal appel à toutes les âmes à qui Jésus fait l'honneur de s'adresser ; et s'il nous a été donné d'y répondre déjà, remercier mille fois Notre-Seigneur de nous avoir appelés, dans son amour, aux plus beaux privilèges du temps et de l'éternité.
PRATIQUE
Consulter Dieu dans le recueillement, la retraite et la prière, avant de prendre les décisions importantes de notre vie.
Porter notre cœur haut, dégagé, et maintenir notre âme dans les régions supérieures de la foi.
BOUQUET SPIRITUEL
Ecoute, ma fille, vois... incline ton oreille... A la suite de la Reine, les vierges sont amenées au Roi.
Les compagnes de la Reine sont présentées à l'Époux, au milieu de la joie et de l'allégresse, et introduites dans le palais du Roi ' .
J'ai méprisé le monde, et tout son prestige, et tout son échit pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus- Christ, que j'ai vu, que j'ai aimé, en qui j'ai cru, et qiHî j'ai choisi par iM'éfércnce '.
' P». XMV, 15, ic.
• Brev. rom.
Lorsque le cœur est pur, il ne peut pas se défendre d'aimer, parce qu'il a retrouvé la source de l'amour qui est Dieu.
Notre-Seigneur dit à l'âme de ses vierges : « Je t'ai (( faite si grande qu'il n'y a que moi qui puisse te « remplir... Je t'ai faite si pure qu'il n'y a que moi qui « puisse te nourrir*. »
Une Victoire de Mater-Admirabilis
TRADUIT DE U'iTAHEN.
Je n'avais que douze ans quand je perdis ma mère; au milieu de ma douleur profonde, Marie, qui m'aimait avant même que je pusse la connaître, m'accepta pour fille, quand de mon cœur d'enfant je cherchai en elle un appui, pour combler le vide laissé par la perte de celle qui était tout pour moi! Le premier gage de cette protection sainte de ma divine Mère fut de me faire admettre dans une maison du Sacré-Cœur pour y être élevée; mais j'y demeurai des mois entiers sans rien comprendre à la vie de communauté qui se déroulait devant moi : maîtresses et compagnes m'étaient à charge; je me l'étais bien plus à moi-même, et je demeurai ainsi triste, concentrée en mes pensées, nourrissant particulièrement celle de sortir de ce couvent. Devant Dieu, je restais sans prière, et mon âme n'avait pas la force de s'imposer le plus léger sacrifice.
Le 12 octobre arriva; on nous engagea à faire pieuse-
* M. Vianncy, Esprit du curé d'Ars.
ment la neiivaine préparatoire à la fête de Mater-Admirabilis. C'était la première fois que j'entendais donner à Marie ce titre béni, par lequel la joie et la paix devaient m'être données. Chaque soir, après la Cena, toutes les élèves se rendaient à la chapelle des Enfants de Marie; là, devant une simple image de Mater-Admirabilis on récitait des prières, on chantait des cantiques; on nous donnait, pour le lendemain, la pratique d'une vertu. Le soir, les fidèles seules prolongeaient la visite à la sainte Vierge, pour entendre la relation des miracles opérés devant la fresque de la Trinité-du-Mont. Ces pieux récits me faisaient une impression profonde, et je me disais sans cesse : « Puisque Marie se montre admirable avec tant « d'autres, pourquoi ne le serait-elle pas avec moi qui « suis son enfant, depuis la mort do ma mère? »
Le 19 octobre, t\ six heures du soir, je me trouvai seule à la chapelle. Tout à coup je me sentis comme glacée d'effroi, n'osant lever les yeux sur le Tabernacle; il me semblait que Dieu allait exiger ce que je lui refusais depuis longtemps, et ma crainte était excessive.... Marie, sans doute, intercédait pour moi h celte heure, car je sentis subitement une grâce forte et douce succéder à ma première impression de terreur; mon cœur, fermé jusque là, s'ouvrit k celte salutaire influence. Jésus-Christ avait remporté la victoire; je venais de lui promettre de faire tout ce qu'il me demanderait.... Un profond sentiment de reconnaissance s'empara de mon Ame; en m«^me temps une voix intérieure, la voix de ma Mère Admirable, sans doute, me disait : « Qu'est-ce que tu rendras au Seigneur « pour un tel bienfait? » Je regardai l'image de Marie, et je répondis ce ((u'elle m'inspirait : «Seigneur, je serai à « vous pour réternilé. »
Cette parole était trop vague; je pouvais la révoquer;
Marie voulait un serment solennel.... Pressée par sa maternelle tendresse, j'en vins à dire : « Jeserai religieuse.... « et religieuse du Sacré-Cœur 1 » A ces mots, tous les sacrifices les plus douloureux se présentèrent à mon esprit; la nature jeta un cri de terreur ... Mais, ô ma Mère Admirable ! vous étiez là pour soutenir votre enfant ; et à tout je n'eus enfin d'autres paroles que celles-ci : « Prenez, « Seigneur; recevez tout!... »
Ce moment si précieux où la grAce débordait en mon âme, passa; quant h l'impression profonde et salutaire, elle est restée ineffaçable.
Le lendemain, 20 octobre, fêle de Matcr-Admirabilis^ dans la communion que j'eus le bonheur de faire, il me sembla que Notre-Seigneur daignait changer mon titre d'esclave et de servante en celui d'épouse. Je passai la journée en actions de grtîces aux pieds de ma bienfaitrice, en lui demandant d'entrer au noviciat du Sacré- Cœur dans cinq ans. Je croyais ce laps de temps nécessaire pour tout conduire avec prudence et maturité.
Cinq ans après, jour pour jour, je me trouvais à la porte de la Trinité-du-Mont, h. Rome, sollicitant le bonheur d'être admise dans la Société du Sacré-Cœur. Lorsque j'aperçus, pour la première fois, la fresque vénérée, je restai ravie et je tombai à genoux remerciant ma libératrice d'avoir rompu mes liens, d'avoir vaincu en moi et pour moi et de m'avoir amenée enfin à être l'épouse trèsindigne, mais très-heureuse, du Sacré-Cœur de Jésus.
MÉDITATION
Marîe préparée à devenir la Mère Admirable de Ifotre-Seigneur Jéaui-Chritt en te séparant de sa famille.
PREMIER PRÉLUDE. — Se représenter encore la maison patriarcale où Marie prit naissance... puis le chemin qui conduit de Nazareth à Jérusalem.
DEUXIÈME PRKLUDE. — Demander à la sainte Enfant la grâce de savoir se séparer de tout ce qui est obstacle aux desseins connus de Dieu sur nous.
PREMIER POINT
Marie offre à quelques âmes élues de faire route avec elle de Nazareth à Jérusalem.
Lorsqu'une âme a senti les véritables ascensions du cœur, elle ne tend plus que vers un centre. Ce centre, c'est Dieu cherché dans le temps, atteint dans l'éternité... Un suprême besoin de détachement, d'isolement, s'empare de cet âme ; elle comprend le fuyez qui fait partie duVENi : venez, mon épouse! et la grâce de fuir lui est donnée avec la lumière. Elle rompt ses
liens avec force et douceur. Si elle rencontre des obstacles, si la lutte s'engage, Dieu lui redira doucement à l'oreille du cœur : veni !... et elle passera outre... Passer outre : grand moyen de sanctification ! Toute grâce de vocation religieuse donne la force d'en faire usage.
Marie, pour se consacrer au Seigneur, à l'âge de trois ans, pour demeurer dans le Temple où elle sera privée des soins de sa mère, de la protection de son père, et dans un âge aussi tendre, a certainement dû éprouver beaucoup d'obstacles; mais la voi\ de Dieu lui a redit: veniî... Et ce mot rend capable de tout... Marie acquiert, dans cette lutte, des mérites efficaces pour toutes les âmes religieuses qui s'uniront à elle,, à l'heure douloureuse de la séparation.
La voici qui, marchant entre son père et sa mère, se dirige vers Jérusalem. Qu'elle est admirable ! « Pe- « tite colombe, vous allez vous cacher dans le creux du « rocher* !... 0 mon Dieu! vous regardez avec amour « celle qui vient du Liban et du sommet de Sanir et « d'IIermon, des antres du lion, des repaires du léo- « pard *. .. » « Elle est toute petite, notre sœur, et déjà elle se lève, parcourt la ville, cherche dans les chemins , sur les places publiques , celui qu'aime son cœur *.
Le ciel contemple avec délices la très-sainte Enfant,, au moment où, dans un acte de pur amour, elle ré-
• Gant., Il, 14.
• I«l., IV, 8.
• Id.,m, a.
SIXIÈME JOUR. 9i
pond, œmme jamais créature n'avait fait, à cet appel de Dieu, rempli pour elle de grâces inaccessibles à d'autres. La terre reste étrangère aux scènes admirables de la Rédemption qui commencent à s'accomplir : Marie les inaugure, et personne n'y fait attention ..Il en est toujours ainsi au regard des grâces les plus éminentes que Dieu fait à l'humanité. Restons dans les mystères divins avec le petit nombre des initiés; suivons Anne et Joacliim; cheminons en compagnie de la petite Marie. La sainte Voyageuse franchit la Galilée, la Samarie et la Judée. Dans quelques années, elle parcourra les mêmes contrées emportant son fils Jésus dans ses bras : aujourd'hui, modeste enfant, elle regarde avec respect et amour ses parents qu'elle va quitter pour Dieu seul. Vénérons les tracesde ce modèle des vierges, qui rompt tous les liens humains pour entrer, volontairement, dans un lieu de prière et de retraite et se vouer librement à son Créateur et Seigneur.
Que d'àmes choisies, que d'ûmes élues, que d'âmes privilégiées suivront l'exemple de Marie ! Depuis dixneuf siècles, le voyage de la très-sainte Fille de Joachim et d'Anne sert de modèle à toutes les âmes qui entendent du ciel l'appel royal. En compagnie de la A'ierge des vierges, elles trouvent la force de faire le plus grand des sacrifices : celui de se séparer de tout ce qu'elles chérissent légitimement sur la terre. Avec elle, elles franchissent courageusement le chemin qui sépare la maison paternelle du saint lieu où elles ambitionnent de se consacrer à Dieu seul... ce chemin
est celui de la Croix : qui le parcourt avec générosité suivra de plus en plus Notre-Seigneur, montant au Calvaire. Mais arrivé à la cime du Calvaire, on n'est plus séparé du ciel que par ce court instant qui s'appelle la mort !
En voyageant en esprit avec Marie de Nazareth à Jérusalem, on sanctifie tous les pas que l'on fait dans la vie habituelle.
En cheminant en esprit avec Marie, l'âme méditative arrive aussi à Jérusalem, où les parents de la sainte Knfant disposent tout pour sa remise au Temple.
Cette pieuse pratique de voyager, par la pensée, avec les saints personnages dont l'Évangile nous décrit les diverses pérégrinations, apporte à l'âme un grand profit spirituel. Ici les saintes Écritures ne donnent aucun dotai ; mais l'Église, en instituant la fête de la Présentation de Marie au Temple, découvre aux âmes d'oraison les saintes conjectures qui sont la conséquence naturelle de cotte fote.
Dans ces voyages spirituels, entrepris à la suite de Marie ou de Jésus, les mystères apparaissent avec des charmes qui les rendent comme présents. Pour donner à cette sorte de méditation toute sa grâc(! et toute sa force, il faut, hors du temps de la méditation môme, conserver en son ccour, repasser dans son esprit, ainsi qu'il ostdit do la tiôs-saiuto Viorgo, les pieuses circonslancos (juc lou a considérées, et soles appli- (juir, tout en suivant le cours de ses occupations
journalières. Cette sorte d'oraison prolongée sanctifie chacun des pas que l'on l'ait, si l'on est attentif à les unir, au moins de temps en temps, à ceux que Jésus et Marie faisaient en se rendant d'un lieu dans un autre.
Rien ne repose autant une personne assujettie à un grand nombre d'œuvres extérieures que d'avoir quelques soutiens intérieurs qui l'équilibrent, en quelque sorte, et la fixent dans une vue de foi près de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Or, dans ces petits voyages, l'esprit, suivant de ponit en point les événements de la vie de Jésus et de Marie, se trouve tout naturellement occupé de détails qui finissent, à la longue, par bannir les impressions trop sensibles, produites par les objets matériels. Ces lumières, si précieuses dans l'habitude de la vie chrétienne, présupposent déjà une certaine vigueur pour chasser de l'esprit ce que l'impressionnabilité laisse, après elle, de perturbation dans une âme encore peu mortifiée. Il en coûte pour laisser tomber les chimères et les fantômes dont on déplore la représentation, hélas! tout en l'aimant, afin d'y substituer la contemplation pure et réglée des saintes actions de Notre-Seigneur et de sa divine Mère I Ce fut là, cependant, le travail des saints, et nous ne deviendrons saints nous-mêmes, qu'en soutenant cette laborieuse lutte de notre esprit contre la fantaisie.
Essayons donc de voyager avec la petite Marie, et tout en vaquant ensuite à nos occupations, figuronsnous que nous marchons silencieusement à ses côtés,
en nous unissant aux saintes pensées de son âme. Traversons paisiblement, avec elle, les vallées de la Galilée et celles de la Samarie. Que les horizons de la Judée, à jamais sanctifiés par les regards divins de Jésus et de Marie, soient l'objet de nos représentations intérieures, et nous serons étonnés de voir bientôt s'effacer les funestes images des passions humaines, dont trop souvent nous conservons l'amer souvenir.
Ah I qu'il y a de grâces à recueillir en la terre d'Israël , où les noms des moindres lieux révèlent les faits touchants de la Bible et du saint Évangile !
La sainte famille, composée alors de Marie, d'Anne et de Joachim, s'approche de Jérusalem. Des hauteurs de Silo et de Béthel, l'aimable Enfant voit le faîte du Temple, et, pieusement, elle s'incline vers ce lieu où la majesté de Dieu réside. Son âme se remplit de joie à la pensée, que ses jours vont s'écouler dans la maison du Seigneur ; qu'ils y seront partagés entre la prière et le travail, et que, seule, sous les yeux de Dieu seul, elle pourra l'aimer et le servir sans obstacle. Elle répète, avec délices, ces accents de son royal aïeul : « Je me réjouis de cette parole qui m'a été « dite : Nous irons dans la maison du Seigneur. Nous (( établirons notre demeure dans tes parvis, ù Jérusa- « lem! Que la paix règne dans tes remparts et l'abon- « dance dans tes palais *. »
Tout en repassant en son esprit ces psaumes qu'elle a appris do la bouche do ses pieux parents, l'auguste
' l's. CXXI, 2, 7.
Voyageuse traverse Béthaiiie ; elle entre dans Jérusalem en passant près du jardin des Oliviers. N'est-il pas singulièrement touchant de voir la Mère Admirable de Jésus, âgée de trois ans, dans les mêmes lieux, où, quelques années plus tard, Reine des martyrs, elle suivra la voie douloureuse du crucifiement de son divin Fils?
Pure et douce Enfant, allez fortifier votre âme dans la retraite et la prière, et lorsque votre heure sera venue, vous deviendrez la Mère des douleurs, parce que, dès vos plus jeunes années, vous avez dû vous soumettre entièrement à la volonté divine.
COLLOQUE
Demander à la royale Voyageuse de savoir, à son exemple, se séparer de tout ce qui arrête dans le devoir, dans la recherche du meilleur...
La prier de nous donner cette grâce pratique de la méditation, qui place surnaturel lement l'âme audessus du sensible, en sorte qu'en dehors du temps consacré à la prière, nous restions en haut, au milieu même des occupations les plus extérieures.
Unir nos pas à ceux que Jésus et Marie ont faits pendant qu'ils étaient pèlerins sur la terre d'Israël.
PRATIQUE
Dans ses occupations habituelles, se souvenir souvent du mystère de Notre-Seigneur ou de la trèssainte Vierge médité le matin.
Vivre intérieurement occupé des actes divers de ce même fait évangélique, afin de dominer le courant de la vie naturelle par les pensées de l'ordre surnaturel.
BOUQUET SPIRITUEL
Elle se lève... parcourt la ville, cherche dans les chemins, sur la place publique, celui qu'aime son cœur.
Notre-Seigneur contemple avec amour une âme pure; il lui accorde tout ce qu'elle demande. Gomment résisterait-il à une âme qui a tout quitté afin de ne vivre que pour lui, par lui et en lui ? Elle le cherche, et Notre-Seigneur se montre à elle ; elle l'appelle, et il vient; elle ne fait plus qu'un avec lui; elle enchaîne sa volonté*.
Les joyaux de Mater- Admirabilis.
C'était en 1846, depuis pUisieurs mois, un jcunoPérede la Compagnie de Jésus était retenu h rinlirmerio du Collège romain par une maladie de poitrine qui le conduisait lontoment au tombeau. Les supérieurs, affligés de la perte probabhî d'un sujet do si grande espérance, envoyèrent il la Trinité-du-Mont demander des prières à Matcr-Admirahilis en faveur du malade. Cette première dépulation fut bienttU suivie d'une seconde, car le Père
• M. \' imacy, Esprit du curé d'Ar$.
était h toute extrémité. On redoubla d'instances auprès de la très-sainte Vierge, et elle se laissa toucher; le lendemain, le moribond élait en parfaite santé; voici comment les choses s'étaient passées.
La \eille au soir, le malade était à l'agonie ; le R. P. Recteur et les autres religieux qui l'entouraient furent obligés de s'éloigner quelques instants (c'était l'heure du souper); ils le firent avec peine, recommandant au frère infirmier de les appeler au moindre signe d'une fin prochaine. Quelques minutes après, le malade, qui depuis plusieurs heures élait dans un assoupissement total, se réveille, s'assied sur son lit et dit d'une voix forte et sonore : « Mon « frère, je suis guéri; donnez-moi des vêtements. «Voyant riiésltation et l'incrédulité du bon frère, il lui répète sa demande et l'assure qu'il n'est point en délire, que sa guérison est complète. L'infirmier, ne pouvant en croire ses yeux et ses oreilles, donne les vêtements au jeune Père, et court avertir le Supérieur. A peine la communauté s'était-elle rassemblée pour rendre grAce à Marie de cette insigne faveur, que celui qui en était l'objet se présente pour mêler ses accents de reconnaissance à ceux de sa famille religieuse. A dater de ce moment, il a pu prendre part à tous les exercices communs. Ses parents, pleins de joie et de gratitude, ont fait don à Mater-Admirabilis d'une couronne de vermeil.
Deux voyageurs se présentèrent un jour à la porte d'une maison du Sacré-Cœur, qui possède une des plus belles copies de Mater-Admirabilis; on était au mois de mai 1861. L'un des voyageurs était prêtre et devait en
passant remplir une commission. La Mère supérieure, ayant voulu faire reposer ces messieurs un moment, le prêtre lui confia la peine profonde que lui causait l'état maladif de son compagnon. Celui-ci portait, en effet, sur son visage les traces visibles du marasme qui détruisait sourdement en lui Tâme et le corps. Cet homme respectable, dont autrefois les biens et les facultés étaient consacrés à Dieu et à son pays, était devenu incapable de s'occuper de ses propres affaires.... Poursuivi par des terreurs imaginaires, il regardait sa guèrison comme impossible.
La Supérieure le conduisit près de la douce et radieuse image de la Mère Admirable : il y resta tremblant, n'osant fixer les yeux sur elle. Ce fut de la même manière qu'il assista le lendemain matin à la messe de son curé. On lui donna la médaille de Mater-Admirabilis, en lui recommandant de la prier tous les jours; et ces messieurs repartirent sans qu'on pensât les revoir jamais.... On fît toutefois une neuvaine pour ce pauvre malade en priant Mater-AdmirablUs, causa nostrœ lœtitiœ, de lui donner l'allégresse du cœur.
Le i" août, le malade paraissait de nouveau au Sacré- Cœur, rayonnant de satisfaction cl de santé; avec lui était son curé et une famille amie. Il portait dans ses mains un cœur en vermeil et pria la Mère supérieure d'y insérer elle-même l'attestation de sa guèrison, signée d'avance par les personnes qui l'accompagnaient. 11 se fil une joie de raconter que, depuis sa première visite h la Mûre Admirable, il l'avait priée chaque jour, et que le 2 juillet, jour de la Visitation de la sainte Vierge, il s'était trouvé guéri à son réveil. La paix, le calme et la joie lui avaient été rendus inslanlanémenl avec les forces corporelles. Il y avait un mois qu'il jouissait de ces biens,... Il venait de
plus de cent lieues remercier la Mère Admirable! Il communia à son autel le lendemain matin.
L'année suivante, le soir du i" juillet, une femme de charge arrivait au Sacré-Cœur, apportant un calice en vermeil, tribut de reconnaissance envoyé par l'heureux protégé de Mater-Admirabilis pour célébrer l'anniversaire de sa guérison. Au pied du calice est gravé , sur un écusson, le nom de sa bienfaitrice entouré de cette légende : « Nulla tam Mater Admirabilis! Nulle mère n'est semblable à la Mère Admirablel »
MÉDITATION
Marie préparée à devenir la Mère Admirable
de Notre-Seîgneur Jésus -Christ par sa présentation au Temple de Jérusalem.
PHi'MiER PRÉLUDE. — Se représenter les parvis extérieurs du Temple ; voir l'escalier qui conduit à la porte Dorée, et considérer comment le peuple afflue sous les portiques sans s'occuper de l'arrivée de la sainte Famille, Marie, Anne et Joachim.
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Prier Marie de faire passer en notre cœur quelques élans d'amour et de dévoûment, qui rappellent à Dieu ceux avec lesquels elle se consacra à lui, lorsqu'elle entra, à l'âge de trois ans, dans le Temple de Jérusalem.
PREMIER POINT
La Présentation de Marie se célèbre dans un grand mystère de petitesse.
L'arche d'alliance fut jadis apportée au Temple avec la pompe et l'éclat d'un triomphe ; l'arche de
l'alliance nouvelle y est remise sans bruit, sans apparence de fête. Comme tous les mystères de la loi de grâce, la Présentation de Marie s'accomplit dans l'ombre et le silence. Marie, qui est l'avant- courrière de Jésus, ouvre toutes ces voies royales où l'inconnu, le caché, l'oublié mènent à l'humiliation, au mépris, à l'opprobre : jalons mystérieux, étapes inévitables de la route que feront désormais les âmes saintes, pour suivre jusqu'au paradis leur bien-aimé Seigneur et Sauveur Jésus-Christ !
Que de pompes, que de magnificences pour la marche triomphale de l'arche figurative 1 Que de modestie, que de simplicité pour l'entrée de l'arche véritable, où le Verbe éternel va lui-même se renfermer et habiter aussi réellement qu'il réside au sein de son Père I
Suivons, dans les textes sacrés, le contraste frappant qui se trouve ici entre la figure et la réalité, et notre cœur sera entraîné à la suite de Marie vers tout ce qui est oubli et mépris de la part des créatures.
David s'écriait devant l'arche sainte: «Écoutez, mes (( frères et mon peuple, j'ai pensé à édifier une maison <( où résiderait l'arche d'alliance du Seigneur, le mar- (( chepied de notre Dieu. Je donne trois mille talents « d'or d'Ophir et sept mille de l'argent le plus pur pour « dorer les murailles du Temple'.» Et Salomon, réalisant les vastes et généreux desseins de son père, après avoir bâti la maison où devait reposer le marchepied de Dieu, introduit lui-mcmo l'arche d'alliance en son
• I l'arnl., xxviii, M.
sanctuaire... Le roi Salomon et toutes les tribus d'Israël immolèrent des brebis et des bamfs sans nombre, tant était grande la quantité de victimes. Les prêtres portèrent l'arche du Seigneur en son lieu, c'est-à-dire dans l'oracle du Temple, sous les ailes dos chérubins... Les lévites et les chanteurs faisaient retentir l'air de leurs cymbales, psaltérions et cithares, se tenant debout du côté de l'orient de l'autel, avec cent vingt prêtres qui sonnaient de la trompette.
Telle avait été la figure ; voici maintenant l'original. L'arche du Testament nouveau était depuis trois ans dans l'humble cité de Nazareth ; il est convenable qu'on en fasse la translation, afin qu'elle repose, elle aussi, dans l'oracle du Temple, sous les ailes des chérubins. Marie arrive à Jérusalem sans suite et sans bruit; ses parents la remettent entre les mains des prêtres, et ceux-ci la confient aux femmes chargées d'élever lesjeunes vierges d'Israël.
Que se passa-t-il alors? Nous l'ignorons. La sainte Écriture nous dit jusqu'au nombre des prêtres, qui sonnaient de la trompette à l'entrée de l'arche figurative dans le Temple, elle se tait sur la Présentation au Temple de l'Admirable Mère de Notre-Seigneur. La tradition seule nous instmit de ce mystère ; sans doute la fête que l'Église institue pour le célébrer en garantit la certitude; mais définitivement que savonsnous? sinon que Marie, déjà cachée à Nazareth, quitte volontairement ses parents pour venir se cacher plus
* Il Parai., v.
profondément encore dans le Temple, au milieu des jeunes vierges que, selon un antique et saint usage, on y recevait pour les élever.
Quelle sera la cérémonie de la Présentation même de Marie? Toujours l'inconnu, l'oublié qui ouvrent le champ aux pieuses conjectures. La très-sainte Enfant se sépare de son père et de sa mère en leur demandant leur bénédiction. Alors dut s'accomplir l'acte solennel par lequel celle qui se donnait à Dieu prouvait qu'elle le faisait librement et de bon cœur; mais encore une fois, cet acte, si beau aux yeux de la cour céleste, est resté le secret des cieux.
0 ma Mèrel je m'unis à vous dans le moment suprême où vous vous êtes séparée volontairement de tout ce qui n'était pas Dieu lui-même, et, quel que fut alors le mode de votre consécration, je me tiens à vos côtés pour suivre votre exemple et me donner avec vous tout entière au Seigneur!
Marie, en se consaci'ant au Seigneur par un vœu, porte en son Cœur Immaculé tous les ordres religieux qui suivront son exemple.
Si nous sommes forcés de nous borner aux pieuses conjectures sur l'acte extérionr de la Présentation do Marie, nous pouvons du moins entrer, avecc(M'tilii(le, dans quelques détails sur les sentiments qui animèrent s(>n Ame pondant ((uo ses pieds enfantins franchissaient joyeusement les degrés qu\ montaient au Temple. Pour exprimer ce (|ue »'(^tte très-sainte \li\-
SEPTIÈME JOUR. i05
tant devait penser, servons-nous des textes sacrés, sûrs par ce moyen de mieux comprendre Marie, puisque nous prendrons les propres paroles de l'Esprit- Saint. « J'ai cherché partout un lieu de repos, et je de- « mourerai dans l'héritage du Seigneur. Le Créateur « m'adonne ses ordres; Celui qui m'a créée s'est reposé « sous ma tente et m'a dit : « Habitez dans Jacob, jetez « de profondes racines parmi mes élus * . » Et Marie, en se redisant à elle-même ce beau passage, que sans doute elle a souvent médité, monte au Temple en répétant déjà : Voici la servante du Seigneur!
Cette Vierge Admirable a désiré avec ardeur le moment où elle est enfin arrivée. A l'insttuit de son Immaculée Conception, elle était entrée dans une connaissance parfaite do Dieu, et dès lors elle l'aima plus dans son petit cœur d'enfant, que tous les saints de l'ancienne loi réunis ne l'avaient aimé. Le terme d'un tel amour était nécessairement un dévoûment sans limite. Oui, se dévouer parce qu'elle aimait, se dévouer pour ce qu'elle aimait, se dévouer à ce qu'elle aimait était l'aspiration incessante de son âme, et elle avait hâte de formuler, par un acte solennel, cette consécration de toute elle-même qu'elle renouvelait à chaque battement de son Cœur Immaculé. L'humilité seule lui avait fait attendre l'âge de trois ans, pour ne devancer que de quelques années le moment où il était d'usage de présenter les jeunes filles de Sion au Seigneur.
' Eccl., XXIV, 11, 12, 13.
Marie ne peut contenir en son âme les ardeurs de dévoûment, dont l'acte d'un vœu solennel ne lui paraît encore qu'une faible expression. Ici s'ouvre un profond mystère. Dans le besoin incommensurable que Marie éprouve de se vouer au Seigneur, elle imite l'acte suprême par lequel le Verbe se dévoue de toute éternité à son incarnation dans le temps ; elle dit comme lui : EcGE VENio! Prononçant cette grande parole dans laquelle elle met tout son cœur, elle nous apprend d'avance à la répéter aussi, et pour sa part, elle mérite à un grand nombre la grâce de livrer à Dieu tout ce que ces deux mots signifient. C'est pourquoi la Présentation de Marie au Temple charmera et fortifiera désormais les âmes qui voudront se séparer du monde ^ et, comme pour constater et consacrer la grâce spéciale de ce mystère, ce sera une inspiration générale et un usage régulier dans l'Église de renouveler, au jour béni de son anniversaire, les vœux, les consécrations, les promesses de tout genre par lesquels on se sera lié à Dieu.
Que de consolation , et aussi quelle élévation de cœur ne reçoit pas l'âme religieuse, en pensant que, par ses vœux prononcés et renouvelés librement, elle remontai la source virginale du devoûmont de la Mère de Dieu!... qu'elle imite on vérité ce (juc Marie a fait réellement la iiremière, le jour où, très-pure Enfant de trois ans, elle se sépara de sa famille et consacra à Dieu son cœur, sa volonté, sa liberté et son corps virginal I
Ue I'Eggeancilla DoMiNide Marie, l'âme religieuse
s'élève facilement à l'EccE venio du Verbe éternel, et, clans sa reconnaissance d'être appelée à s'unir à un dé- \oùment si divin, elle s'écrie : «Oh! que je vous aime, a état sacré de la servitude religieuse , qui rend « l'homme agréable à Dieu, égal aux anges, terrible « au démon et recommanduble aux fidèles* 1... »
COLLOQUE
Prier Marie de nous montrer clairement notre vocation, et lui demander la grâce de la suivre fidèlement et énergiquement quand elle nous sera connue.
Nous présenter à Dieu, en suivant son exemple, à son entrée dans le Temple de Jérusalem.
Si nous ne sommes plus au temps où la vocation se détermine, nous rap})rocher lepluspossil>ledes sentiments de dévoûment de Marie, en consacrant à la pratique de nos devoirs tout ce que nous avons reçu de Dieu: biens, santé, talents, cœur, esprit, sans vues humaines, mais uniquement pour aimer et servir le Seigneur.
PRATIQUE
Penser sérieusement à faire un pas réel dans la perfection, en prononçant avec Marie un acte de dévoûment formel. Si nous avons le bonheur d'être dans la vie religieuse , renouveler , avec plus d'amour que jamais, nos saints vœux en union avec Marie.
' Imilation de J.-C, III, x , 6.
BOUQUET SPIRITUEL
J'ai cherché partout un lieu de repos et je demeurerai dans l'héritage du Seigneur*.
Etre à Dieu tout entier! être à Dieu sans partage : le corps à Dieu, l'âme à Dieu!... Un corps chaste, une âme pure : oh! il n'y a rien de si beau! ^
La Tradition
SUR LA FÊTE DE LA rRÉSENTATlON DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE MARIE AU TEMPLE.
On ne peut assigner, d'one manière précise, roriginc de la fêle de la Présentation de la très-sainte Vierge. Elle n'a été instituée obligatoirement qu'à la fin du xvi« siôc'e par Sixte-Quint, Elle avait cours antérieurement, h titre de fête de dévotion, et venait de l'Église d'Orient où on Va retrouvée en 895 environ. Nous avons le sermon de Georges de Nicomédie qui donne, sur l'esprit de cette fêle, les détails les plus précieux.
Le souvenir du séjour de Marie dans le Temple était si récent et si vif, que Mahomet même, dans son Coran, ne put se soustraire aux croyances généralement admises, et nous empruntons son étrange témoignage pour le mettre aux p'mds de Mater-Admirabilis, comme les Hébreux, du temps de Moïse, consacrèrent à Jéliovah les dépouilles profanes de l'Egypte.
* Eccl., XXIV, 2.
• M, Vianney, Esprit du cun' d'Art
SEPTIÈME JOLH. 409
An chapitre xx", v. 16, on lit ceci : « Parle, Coran, et dis « comment Marie se retira de sa famille et alla du côté du « Temple, au levant, et se couvrit d'un voile qui la déroba « à leurs regards. » Ces paroles supposentmême une cérémonie de prise de voile, qui aurait fait comme partie essentielle de la présentation des jeunes filles d'Israël au Temple du Jérusalem.
Quant h la vie de prière, de séparation et de mortification que menaient les enfants élevées à l'ombre du sanctuaire, il n'y a pas de doute possible •: la loi judaïque, les textes des saintes Écritures viennent à l'appui de cette vérité. Dans plusieurs Psaumes on retrouve les jeunes filles de Sion faisant partie des cérémonies religieuses, et relevant la pompe sacerdotale par l'harmonie de leurs cantiques.... « Dieu fit entendre la voix des vierges qui chantent la victoire'. » Et cependant ces vierges ne se mêlaient pas aux troupes des lévites; elles vivaient séparées dans des appartements réservés. Quand l'impie Hèliodore entra dans le Temple, on lit dans le 11' livre des Machabées, chap. iii«, v. 19, que les jeunes filles de Sion, qui auparavantdemeuraient enfermées, couraient les unes vers le grand prêtre Onias, les autres vers les murailles extérieures, et d'autres regardaient, effrayées, du haut de leur enceinte.
Nous lisons au chapitre xxxviii de l'Exode, que des femmes veillaient à la porte du Tabernacle. Ces habitudes de vie contemplative et active n'étaient nullement étrangères aux mœurs Israélites. Judith, restée veuve, avait au plus haut de sa maison une chambre secrète où elle demeurait enfermée avec ses femmes de service, et, portant sur ses reins un cilice, elle jeûnait tous les jours de sa
• Ps. LXVII, iî.
ilQ PREMIÈRE PARTIE.
vie, excepté les jours de sabbat, les néomcnies et les fêtes de la maison d'Israël'. Là, elle étudiait la loi et en conférait avec les prêtres qui venaient la visiter.
Esther, au milieu de sa cour, avait aussi ses heures de solitude, ses pénitences secrètes. De tout temps, les âmes supérieures ont su s'isoler et se renfermer pour trouver Dieu à loisir et converser avec lui dans le silence. Dans son Histoire générale de VÈglise, M. l'abbé Darras s'exprime ainsi : « La substitution des lévites à tous les premiers-nés d'Israël dans le service du culte, n'avait pas dispensé les Hébreux d'être, comme peuple, le royaume sacerdotal, et, comme individus, les imitateurs de la sainteté de Jéhovah. La route de la perfection était donc ouverte pour les âmes, en même temps que celle de l'équité l'avait été pour la nation. C'est ainsi que l'institution légale du Nazaréat permettait à toutes les âmes d'élite, qui se sentaient appelées aux dévoùments plus complets, aux sacrifices plus généreux, de donner un libre essor à leurs nobles aspirations, à leurs désirs de perfection absolue. »
Et qu'on ne dise i)as que cette institution légale du Nazaréat ne regardait que les hommes. Un n'en peut rien conclure, au sujet de la sainte Vierge. Le docte Suarcz explique expressément ([ue, de même que les parents pouvaient consacrer à Dieu un de leurs fils, ils pouvaient également lui offrir une de leurs filles; et de là, il établit avec saint Ambroise qu'il y avait au Temple une partie réservée aux femmes ([ui s'étaient aussi vouées â Dieu, et il en montre un exemple en cette sainte femme, Anne la prophétesse, qui ne quittait le temple ni le jour ni la nuit, passant sa vie dans les jeûnes et les prières.
• Jud., viii, 0.
SEPTIÈME JOUR. m
Voici quelques fragments des lois du Nazaréat. « Or le Seigneur s'adressa à Moise : « Parle aux enfants d'Israël « et dis-leur : « L'homme ou la femme qui aurait fait vœu « de se sanctifier et qui aura voulu se consacrer au Sei- « gneur, s'abstiendra de vin, de tout ce qui peut enivrer; « il ne boira pas de vinaigre, ni d'aucun autre breuvage « exprimé du raisin ; il ne mangera pas de grappes fraî- « ches ou sèches. Durant les jours de sa consécration à « Dieu par vœu, le rasoir ne passera pas sur sa tête. Du- « ranl ce temps, il n'ira point près des morts, et il prè- « seutera son oblalion : un agneau d'un an sans tache, « pour le péché; et un bélier sans tache pour victime pa- « cifique. 11 présentera aussi une corbeille de pains sans « levain, arrosés d'huile, et des gâteaux sans levain et « des libations'. » Telle est la loi du Nazaréen qui s'est offert au Seigneur, au temps de sa consécration, sans y comprendre les vœux personnels (\\\"\\ pourra faire de lui-même. Tout ce qu'il aura voué au Seigneur, dans la ferveur de son esprit, il l'accomplira pour obtenir la perfection sainte qu'il se propose.
Cette loi fut révélée au ciel comme à la terre et les anges eu apprirent les règlements sacrés pour les rappeler aux hommes, comme nous le voyons dans plusieurs passages des saintes Écritures. Un ange apparut à la femme de Manné et lui dit : « Tu auras un fils dont le « rasoir ne touchera point la tète, car il sera Nazaréen, « consacré ii Dieu dès son enfance. »
Et au commencement du Nouveau Testament nous trouvons que l'ange Gabriel rappelle à Zacharie les lois austères et pénitentes du Nazaréat quand il lui dit : « Ta « femme te donnera un fils et tu l'appelleras du nom de
' Nombres, vi, 1-15.
Jean. Il sera grand devant le Seigneur et ne boira ni vin, ni liqueur fermentée, et il sera rempli du Saint-Esprit '. » Et saint Jean se trouve ainsi le dernier des Nazaréens et le premier des anachorètes, pour montrer que dans le culte divin, Dieu inspira toujours aux âmes élevées une perfection qui tend au dégagement radical des créatures.
De ces enfants prédestinés et consacrés au Seigneur, Samuel reste comme un souvenir plein d'innocence et de candeur qui amène admirablement à contempler Marie dans le Temple. Sa mère aussi s'appelait Anne et elle dit à Elcana son mari : « Je n'irai pas au temple jusqu'à ce « que mon fils soit sevré et que je le conduise pour qu'il pa- « raisse en la présence du Seigneur et qu'il y demeure à « jamais. » Et elle amena son fils à Silo, dans le temple du Seigneur, ayant pris avec elle trois génisses, trois mesures de farine et une amphore de vin. Or l'enfant ne parlait pas encore. Et ils immolèrent une génisse et présentèrent l'Enfant à Hcli. Et Anne dit : « J'ai prié pour cet enfant; « le Seigneur a exaucé ma demande; c'est pourquoi je « l'ai voué au service du Seigneur, afin qu'il soit à lui tant « qu'il vivra. » Et ils adorèrent là le Seigneur.
Après cela, Elcana et Anne revinrent à llamatha dans leur maison. Or Samuel, enfant, servait en la présence du Seigneur, revêtu d'un éphod de lin, et sa mère lui lissait une tunique qu'elle lui apportait aux jours .solennels, lorsque montant à Silo, avec son mari, elle venait offrir le sacrifice annuel selon l'usage. Il arriva donc (|u'un jour, avant que la lampe de Dieu fiU éteinte, comme Samuel dormait dans le Temple où était l'arche d'alliance, le Seigneur appela Samuel, lequel répondant dit : « Me voici*! »
• Luc, I, lo.
* I Rois, I, II, m.
Ne sommes-nous pas initiés insensiblement à la vie que Marie va mener dans le Temple, à l'ombre du sanctuaire? Plus encore et mieux que Samuel, la très-sainte Knlant, vouée au Seigneur, passera son adolescence en i)résence <le Dieu. Et la lampe qui éclaire le saint des saints scintillera dans Pombre, devant l'arche d'alliance, pendant que l'aurore naissante du plus beau des jours se lèvera radieuse pour dissiper les ténèbres qui couvrent <>ncorela terre! ..
MÉDITATION
Marie préparée à devenir la Mère Admirable
de Notre-Seigneur Jésus-Christ
en réalisant en sa personne toutes les figures bibliques.
PREMIER PRÉLUDE. — Considérons Mater-Admirabilis se présentant à nous comme la cité de Dieu, le tabernacle, le propitiatoire, le saint des saints, l'arche d'alliance, etc....
DEUXIÈME PRÉLUDE. — Demander à l' Esprit-Saint la grâce de bien comprendre comment la personne, les vertus et le ministère de Marie sont signifiés par tous ces symboles.
PREMIER POINT
Marie adolescente dans le Temple devint le înonument vivant de VIncarnation.
Le centre et comme la raison de la vie de Marie,
c'est le mystère de l'Incarnation. Si elle vientprendre séjour dans le Temple, c'est pour y recevoir de Dieu tous les développements de nature et de grâce, qui doivent la mettre en proportion avec ce mystère tout divin dont elle va être le lien et l'instrument.
Dans la série de ses belles solennités, la sainte Église propose à notre culte et à nos méditations tout le mystère de la vie de Jésus Sauveur et Rédempteur ; elle nous le présente alors sous sa forme historique, et selon l'ordre des faits humains par lesquels il s'est successivement développé : c'est l'Annonciation , la Nativité ; c'est ensuite la Passion , la Résurrection et l'Ascension au ciel ; mais il nous est permis aussi, et singulièrement profitable, de considérer ce même mystère dans les divines préparations par lesquelles Dieu disposait de toutes choses pour son accomplissement.
Marie, dans le Temple de Jérusalem, apparaît à nos yeux comme une lumière douce et pure qui vient éclairer ce monde ancien et biblique, où tout est figure du Messie et symbole de sa mission rédemptrice. Rien de l'Incarnation du Verbe n'est encore accompli ; tout ce qui concerne ce grand mystère est en préparation, tout se dispose pour l'entrée du monarque universel ; mais voici qu'avec Marie les symboles se réalisent, les figures s'animent et prennent vie. Toutes ces splendeurs éparses rayonnent autour de la Royale Enfant des patriarches et des prophètes; et, comme (les aflluents nombreux viennent se jeter dans un seul lleuve (pii les conduira tous
ensuite h la mer, de même tout ce que Dieu a \ersé de \érité et de grâce sur le monde, se concentre à présent en Marie, de laquelle doit naître Jésus, fin de la loi et de toutes choses.
Moïse, sur le Sinaï, avait entendu la voix de Jéhovah : « Bâtis-moi un sanctuaire afin que j'habite au «milieu d'eux... Fais-moi une arche de bois incor- « ruptible de Sétim , que tu couvriras, au dedans « comme au dehors, d'un or très-pur... Tu feras aussi « un propitiatoire d'or très-pur que deux chérubins, « d'or battu, ombrageront de leurs ailes. »
Dieu fait lui-même en réalité ce qu'il a ordonné de faire en figure, et voici que sous ses mains, pleines d'amour et d'intelligence, une jeune Vierge, incorruptible, grandit et se développe, recouverte au dedans comme au dehors de l'or très-pur de toutes les vertus... Sanctuaire immaculé du Très-Haut, le Verbe y habitera bientôt, pour habiter au milieu de nous. Propitiatoire virginal. Dieu nous y fait entendre, par un organe doux et suave, que le pardon va être donné à l'humanité coupable... Et les chérubins ombragent de leurs ailes la Mère Admirable de Celui qu'ils adorent déjà dans les cieux.
Marie nous est encore la cité qui s'édifie dans l'Église. 11 semble que nous assistions à l'opération intérieure par laquelle Dieu, comme un architecte divin, construit le monument sacré de l'Incarnation...., monument vivant et virginal dont le plan conçu dès
' Ex., XXV, 8,10, tl, 17, 18.
m PREMIÈRE PARTIE.
le commencement, ébauché au sein de l'humanité, depuis la chute originelle, reçoit enfin sa forme parfaite pendant les années qui précèdent le suprême